CORTO MALTESE est né à Malte le 10 juillet 1887. Quoiqu'officiellement résidant d'Antigua, aux Antilles, la seule demeure qu'on lui connaisse se situe à Hong Kong.
Son père était un marin des Cornouailles et sa mère une célèbre gitane Sévillane "la Niña de Gibraltar" dont le tableau d'Ingres "la Belle Zélie" reprend les traits. Corto Maltese tient de son père,  outre la nationalité britannique, un héritage celtique peuplé de brumes, d'enchanteurs, de fées et bien sûr de pirates. De sa mère gitane, il a hérité son goût pour la magie, la lecture du passé ou du futur. On connaît peu de choses de son enfance et de son adolescence, passés à Malte puis à Cordoue, sinon le fait qu'il entra à l'âge de 12 ans à l'école juive de Valette (Malte) où étudia la Thora, le Talmud, le Zohar et "l'Arbre de vie" d'Isaac Luria.   
Une anecdote sur sa ligne de chance, révélée par Pratt dans le premier livre qu'il lui consacra, est toutefois significative : Amalia, gitane amie de sa mère, s'aperçoit qu'il lui manque cette ligne alors qu'elle voulait lui lire les lignes de la main. A la suite de cet incident le jeune Corto dit à sa mère : "la chance, c'est moi qui la fais" et prenant un rasoir de son père, se dessine un "long sillon profond" qui devient sa ligne de chance.
C'est vers 1904, peu avant "La jeunesse", que Corto alors âgé de 17 ans s'engage sur le "Vanita Dorada". Corto le quitte au Caire pour partir à la recherche des mines du roi Salomon.
On retrouve sa trace, en 1905, pour sa première aventure. L'histoire se situe à Port Arthur (aujourd'hui Lüshun, au Japon), pendant la première guerre russo-japonaise, c'est l'album intitulé "La jeunesse" (Casterman, 1985). Au cours de cette aventure il fait la connaissance du correspondant de guerre Jack London, et de Raspoutine, déserteur de l'armée du tsar, avec lequel il embarque pour l'Afrique à la recherche de mines d'or en Ethiopie.
 
 
Au début de "La Ballade de la mer salée" (Casterman, 1975), on retrouve Corto à la dérive, crucifié sur le radeau sur lequel il a été abandonné par son équipage mutin. Il est à ce moment recueilli par le catamaran du capitaine Raspoutine. Nous sommes le 1er novembre 1913 quelque part entre la Nouvelle-Calédonie et les îles Fidji. Corto et Raspoutine sont pirates dans la mystérieuse organisation du MOINE. Dés le début de la guerre, ils écument, à partir de l'île d'Escondida (169° de longitude ouest et 19°de latitude sud), le pacifique sud à la recherche de charbon pour l'Allemagne. 
C'est dans cette histoire qu'apparaissent les personnages de Pandora, de son cousin Caïn Groovesnore tous deux recueillis, suite au naufrage de leur bateau, par Raspoutine. On trouve aussi un autre personnage attachant, le marin maori Tarao. Cette aventure se termine, un jour quelconque de janvier 1915, avec le départ du ketch de Corto, accompagné de Tarao et de Raspoutine.
Premier épisode publié des aventures de Corto, par planche pour une revue périodique, on voit le personnage évoluer au fil de l'album pour prendre seulement dans la seconde partie sa vraie dimension de personnage principal et surtout pour que les principaux traits de personnalité qu'on lui connaîtra jusqu'à la fin soient vraiment façonnés.
 
Viennent ensuite les aventures sud-américaines de Corto relatées dans 2 albums "Sous le signe du Capricorne" (Casterman, 1979) et "Corto toujours un peu plus loin" (Casterman, 1979). On y retrouve Corto, en 1916 et en 1917, qui se balade sur le continent sud-américain au Brésil,aux Antilles,au Honduras, au Venezuela, à la Barbade et dans la forêt amazonienne.
C'est dans cette histoire qu'apparaissent les personnages du professeur Jérémiah Steiner, de Tristan et Morgana Bantam et bien sûr de Bouche Dorée. On y parle également pour la première fois du royaume perdu de Mû.
En 1917, Corto est de retour en Europe dans "Les Celtiques" (Casterman, 1980). Son périple sur le vieux continent débute à Venise, où il entame une chasse au trésor avec Venexia Stevenson et se termine sur les plages de la Somme au printemps 1918.
 
Ce voyage passe par la mer Adriatique et par l'Irlande du Nord où Corto rencontrera outre Banshee Finnuncan et le major O'Sullivan, les légendes Celtes de son père au cours d'un songe d'un matin d'hiver.
Pour Corto, la suite de l'année 1918 se passe sur le continent africain, avec "Les Ethiopiques" (Casterman, 1978). Il arrive au Yémen , sous occupation Turque, où il rencontre Cush, le Béni Amer. Ce voyage le conduira également en Somalie britannique, en Ethiopie et en Afrique orientale allemande.
Au début de "Corto Maltese en Sibérie" (Casterman, 1979) on retrouve notre héros, en novembre 1918, chez lui dans sa demeure de Hong Kong.
Corto et Raspoutine partent ensemble pour le compte d'une société secrète, les Lanternes rouges, à la recherche d'un train d'or de la Russie impériale. 
Corto croise le Colonel Ungern Von Sternberg, le célèbre baron fou, partant à la tête de sa cavalerie asiatique "en avant ! …A la recherche de nos folies et de nos gloires ".
Cette aventure se termine dans la province chinoise du Jiangxi, en avril 1920 par une ultime rencontre de Corto et de la révolutionnaire Shangai Li. Dans cette histoire, apparaît également un major de l'armée blanche répondant au nom de Nino Iaroslav, inspiré du chanteur Nino Ferret. 
Corto fait ensuite escale, le temps d'une fable, à Venise pour l'album "Fables de Venise - Sirat Al-Bunduqiyyah" (Casterman, 1984). L'action se déroule au mois d'avril 1921 et a pour but la quête d'une superbe émeraude appelée "Clavicules de Salomon".
Il rencontre Hipazia Theone, la bande de Petit Pied d'Argent, les chemises noires, des francs-maçons ainsi que Louise Brookzowyc (hommage rendu par Pratt à l'une des grandes actrices du cinéma muet Louise Brooks), dont la disparition le conduira plus tard en Argentine dans "Tango".
Auparavant, en 1922, "La Maison dorée de Samarkand" (Casterman, 1986), l'entraîne dans un nouveau périple qui le conduira de Rhodes jusqu'en Afghanistan.

CORTO traverse la Turquie, l'Azerbaïdjan, l'émirat de Boukhara, le Tadjikistan à la recherche du trésor d'Alexandre, ou pour sauver Raspoutine emprisonné dans la maison dorée de Samarkand.
Le 4 août 1922, Corto rencontre un autre personnage historique le général turc Enver Pacha, bourreau des Arméniens, à la mort duquel il assiste. 
En 1923, dans "Tango" (Casterman, 1985), Corto part donc à la rechercher son amie Louise Brookzowyc ainsi que de sa fille. Louise travaillait pour un réseau polonais de prostitution, la "Warsavia". Il retrouve dans cette histoire 2 amis, Fosforito et Butch Cassidy, célèbre hors-la-loi américain qu'il a connu lors de sa première visite en Argentine 15 ans auparavant.
En 1924, Corto se rend en Suisse en compagnie du professeur Steiner chez l'écrivain Herman Hesse. Dans cet album "Les Helvétiques" (Casterman, 1987), Corto est bien malgré lui, au travers d'un songe, confronté à la mythologie helvétique dans laquelle il rencontre la Mort, le chevalier Klingsor, King Kong, et Jeanne d'Arc.
 
En 1925, dans le dernier tome de ses aventures, "Mû" (Casterman, 1992), Corto part dans les fonds marins des Antilles à la quête du continent englouti de Mû. Dans ce dernier album, il retrouve de nombreux personnages déjà croisés au cours de ces précédentes aventures (principalement ses aventures sud-américaines) comme Levi Columbia, initiateur de l'expédition, le professeur Steiner, Tristan Bantam, et bien sûr les femmes Bouche Dorée et Soledad. 
La fin des aventures de Corto n'a jamais été mise en image par Hugo Pratt, mais de nombreux témoignages attestent d'une longue suite de péripéties et d'engagements jusqu'aux jours d'une mort dont les conditions sont elles aussi bien incertaines.
 Cush, le guerrier Danakil, explique, dans le premier tome de la série "les Scorpions du Désert", aux lieutenants Stella et Koinsky qu'il aurait "disparu pendant la guerre d'Espagne".
 


Mais de nombreux autres témoignages lui prêtent une longévité bien supérieure.
Il se serait tout d'abord livré en 1928 au commerce d'alcool sur les côtes du Massachusetts contre les lois de la Prohibition, jusqu'à avoir frôlé l'arrestation dans le port de Salem au lendemain d'une livraison. Délaissant l'Amérique, il aurait rejoint avec le professeur Steiner les rives de Djibouti où il aurait notamment croisé Henri de Monfreid et Teilhard de Chardin, avant d'entamer en 1929 un tour du monde qui le mena à Hong-Kong où il retrouva Changaï-Li, puis Antigua, l'île qu'il s'était acheté pour en faire sa demeure, Buenos Aires, Cuba, le Cap Horn, le Chili, l'Ile de Pâques et les îles du Pacifique… On le retrouve ensuite en 1935, fuyant Hong-Kong menaçant d'être envahie à bord du "Vanité Dorée II" sur lequel il a embarqué sa collection d'œuvre d'art (2 Gauguin,  1 Picasso…) pour rejoindre Antigua, en passant par Ceylan, la Mer Rouge, Suez, les rives de la Méditerranée…
D'Antigua,  Bouche Dorée le charge en 1936 au nom de sa société la "Financière Atlantique",de gérer l'approvisionnement clandestin des républicains espagnols. L'échec de sa mission l'incite à s'engager dans les brigades internationales, où il côtoie notamment Ernest Hemingway et Sydney Franklin, et vit avec horreur le carnage de Guernica ! Intégré à l'aviation républicaine, il fait alors la connaissance de Malraux.
Puis, retiré à Antigua au début des années 40, il garde avec le monde qui l'entoure un contact privilégié en y favorisant la passage et la rencontre des grands décideurs… Ce ne sont ensuite que des rumeurs de plus en plus faibles qui permettent de le situer du côté d'Istanbul en 1941, près du Caire puis dans le Pacifique l'année suivante, avant de perdre définitivement sa trace.
Certains racontent encore l'avoir vu quitter en 1955 le port de Boston à bord du Vanity Dorée II, en direction de l'Ile du Prince Edouard, puis qu'il serait parti au larges des Iles de la Madeleine à la recherche de l'épave de l'Essex, expédition durant laquelle une tempête l'aurait surpris et envoyé par le fond. Mais de ceci, pas plus que de tous les témoignages relatifs à ces dernières années d'ailleurs, l'on ne peut être vraiment sûr ! Toujours est-il qu'il ne semble pas avoir reparu depuis…

 
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