9–15 avril, le Turkmenistan, c’est épatant !


Deux kilomètres de No Man’s Land séparent Allat, frontière Ouzbèke, de Farap, côté Turkmène. Deux kilomètres au milieu du désert, une longue et rectiligne bande de bitume, que j’ai eu l’excellente idée d’affronter à midi ! Ce n’est pas la meilleure que j’ai jamais eue. Parce que si le soleil n’est pas à son zénith, c’est tout comme…et deux kilomètres seul au milieu de l’immensité, ça laisse le temps de gamberger. Comment ça va se passer de l’autre côté..? Et maintenant que je suis sorti d’Ouzbékistan, je n’ai plus de visa, donc plus moyen de faire demi-tour. J’ai jamais vu Corto porter un sac à dos, pourquoi je me suis embarrassé d’un truc aussi lourd. Et cet ordinateur que je trimbale dans un sac à part comme un bijou dans un écrin, est-ce que ça valait le coup. D’autant que là-bas, ça ne va peut-être pas leur plaire, un journaliste avec un appareil photo moderne et l’ordinateur portable qui va avec…


Humble parmi les humbles, le Président Niazov

 L’avantage quand on gamberge, c’est qu’on ne voit pas le temps passer. A tel point que j’ai presque atteint le poste frontière "adverse" sans m’en rendre compte. C’est une file de camions stationnés, immatriculés en Iran, Turquie, Ouzbékistan… qui m’a mis la puce à l’oreille ! En effet, voici qu’un képi pointe le bout de sa casquette. Enfin képi… Plutôt un bob couleur kaki, avec un pin’s symbolisant son état militaire. Stop, me fait-il. Un petit signe en direction de la casemate cent mètres plus loin, une main pointée sur son épaule vers les grades qu’il n’a pas puis trois doigts fermés portés à la bouche, j’en conclu que les officiers sont en pause déjeuner ! Ca commence bien. Ceci étant, le planton me propose sa chaise à l’abri d’une tôle ondulée, et nous attendons là que la digestion des supérieurs se fasse. Une heure, repas frugal ! Ensuite, tout s’enchaîne très vite. Je montre mon passeport, un papier sur lequel figure mes références de dossier, et l’on m’entraîne vers un bureau à l’étage, où je suis accueilli au son d’un fort « Hello, my Friend, we were waiting for you since yesterday !» Mon visa était en effet quérable dès le 8 ! Un officier rigolard, une sous-officier charmante, un sans-grade amoureux de la langue française qu’il aimerait tant parler, voici l’équipe qui me délivre en un temps record et dans une parfaite convivialité mon visa, poussant même jusqu’à m’accompagner de l’autre côté de la frontière (en territoire turkmène donc) afin que j’aille changer au noir quelques dollars qui me serviront à payer toutes ces formalités (taux officiel 1$ = 5600 mannat, taux au noir 1$ = 24000 mannat). Je n’ai, honnêtement, jamais passé plus agréablement une frontière que celle-ci. A la sortie m’attend même un taxi qui m’amène à 40 kilomètres au sud à Turkmenabat, seconde ville du pays, où j’imaginais passer la nuit. Le Lonely dit « quelconque sans être déplaisante… Beaucoup de voyageurs en transit pour l’Ouzbekistan y passent la nuit, … sinon, elle ne recèle rien qui mérite de s’y attarder » C’est exactement le constat que j’y fait en traversant la ville (deuxième du Turkménistan), direction la gare. A la gare, j’ai toute les peines du monde à comprendre le système des guichets, des trains, les horaires des départs… d’ailleurs je n’y comprends rien. Il faut dire, bien que le pays reviennent nettement vers une latinisation de son alphabet, que les affiches en gare sont encore toutes en cyrillique ! Du coup, j’opte pour un taxi collectif qui se trouve juste à l’extérieur. Bien m’en a pris. D’abord parce que l’artiste au volant ne ménage pas sa machine (pour la première fois depuis les routes désertiques de Mandchourie je suis dans une voiture à 130 km/h !), ensuite parce que cela me donne l’occasion de constater qu’on ne se déplace pas comme ça au Turkménistan (un ou deux barrages aux entrées et sorties de chaque agglomération, avec relevé des numéros de plaques minéralogiques et passeport !), enfin parce qu’arrivée à la nuit à ma ville de destination, je me rends compte que l’hôtel sur lequel j’avais jeté mon dévolu est en travaux. Du coup mon chauffeur prend la peine d’en chercher un autre avec moi. Le suivant est complet, c’est donc le troisième (et de toute façon dernier) qui s’avère le bon. L’Hôtel !The Hotel ! Je n’ai plus que 50 dollars en poche, le prix de la chambre, plus quelques mannat échangés à la frontière, mais la réceptionniste, au terme d’un laborieux échange anglo-russe, m’assure qu’elle accepte les cartes de paiement ! Je me rue donc sur le restaurant où je commande tout ce qu’il y a de bon. C’est effectivement bon. Vient le moment de régler, je demande à ce que cela soit porté sur ma note que je règlerai en partant d’ici deux jours… Et j’apprends alors incidemment que les cartes ne sont en fait pas acceptées, seul le cash est ici en odeur de sainteté! Je règle donc le restaurant en mannat, et propose à la réception un règlement en euros, que j’avais emportés pour les coups durs ! C’en est un en effet, puisque l’euro, ici, est nettement inférieur au dollar, et qu’elle me propose un arrangement à 100 euros la nuit. J’en arrive à me demander si je n’aurais pas été plus heureux de passer la nuit avec mes gardes frontières… Nous transigeons sur le fait qu’il est l’heure de se coucher et qu’on verra demain s’il fait jour. Il va de soi que je laisse mon passeport à la réception, des fois que me prenne l’envie de m’éclipser avant le lever du jour.

                                                                     

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  Le lendemain, va te mettre en chasse d’une banque ouverte le dimanche… Je décide donc d’acheter pour quelques mannat encore en poche un billet direction Achgabat, et de ne passer que cette seule journée ici. Lundi à Achgabat, je devrais trouver rapidement quelques billets dans l’une ou l’autre monnaie. Je m’en sors assez bien cette fois, juste 5 guichets alignés qui se renvoient la balle (c’est moi) jusqu’à ce que l’un d’entre eux, de guerre lasse, me délivre pour 15000 mannat le précieux ticket pour Achgabat en train de nuit, départ 1h45 du matin. Je rentre donc en fin de matinée régler ma note avec les derniers dollars qui me restent, et pars pour une longue ballade jusqu’à l’heure du train à la découverte de cette ville.

Quelle ville ? C’est vrai, j’ai oublié de préciser. Mais il faut dire que je me faisais une telle joie de partir enfin à sa découverte, et ça n’a tellement pas été ça, que peut-être je fais un blocage… Il s’agit, désolé mon petit Papa, de Mary ! C’était de toute façon sur la ligne directe pour rejoindre Turkmenbashi (anciennement Krasnovosdk) depuis l’Ouzbékistan, mais j’avais prévu d’y passer pour découvrir cette ville dont je me disais qu’elle te devait peut-être son nom… Non ! Cette Mary ci ne te ressemble pas. C’est grand… c’est vide et sans âme, c’est complètement refait, surfait ! Il n’y a qu’un petit coin où il m’a semblé te retrouver : au cœur du parc Niazov se dressent quelques manèges, une grande roue, un piste d’auto-tamponneuses, des pédalos évoluent sur un canal (à l’eau douteuse) et, attiré par cette seule source d’attraction, une myriade d’enfants et d’adolescent viennent s’arracher quelques frayeurs sur des installations qui ne passeraient évidemment pas le premier contrôle de conformité sous nos latitudes. Pour le reste, à part les omniprésentes représentations du président, pas croisé grand monde en ville ! A si, un autre point qui m’a fait penser à toi en quittant la ville à minuit passé : La route des aigles… A une heure de Mary se dressent les vestiges de la cité antique de Merv, point culminant de l’intérêt historique du pays. Je suis passé à côté sans visiter, contraint par des impératifs financiers que tu sais… Voilà pour Mary. Que ceux qui me lisent sans comprendre pardonnent cet aparté, je leur dois une explication : mon papa aussi s’appelle Mary !


Le salon de l'auto...

C’est donc un peu déçu, mais néanmoins soulagé, que je quitte Mary, troisième ville du pays (pour le moment le podium est assez léger !) en direction d’Achgabat, capitale que l’on pourrait qualifier de royale, voire d’impériale, quand on réalise l’importance et l’omniprésence du Chef !


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