7–8 avril, Boukhara, la perle en terre cuite !


Rejetant systématiquement les taxis qui se propose m’accompagner pour 4 ou 5 $ de la gare au centre de Boukhara (15 kilomètres les séparent), je trouve sans problème, au point que j’en suis moi-même étonné, le bon marshrutnoe qui couvre le même trajet pour 0,20 $ ! Qu’est-ce qu’un marshrutnoe ? me direz-vous. Et je rigole d’avance rien que de vous imaginer le prononcer… Bon prince, je vous répondrais toutefois qu’il s’agit d’une sorte de monospace de l’est, des années 70, qui suit un trajet défini pour un prix fixe, dont on descend où bon nous semble à condition d’en faire la demande au chauffeur. Très pratique, à condition de savoir à quel trajet correspond chaque numéro, ou encore de savoir lire le cyrillique… Mais bon, en l’espèce, j’ai trouvé, et je n’ai pas été long à rejoindre dans le cœur de Boukhara l’hôtel réservé par Dilya depuis Samarkand, à 50 mètres du Lyabi-Hauz, la place la plus célèbre au cœur de la ville. Une douche, et je descends pour le petit déjeuner dans la salle à manger décorée à l’ouzbèke, c’est à dire au style un peu ampoulé à mon goût, mais ça ne fait rien, il est bon de se restaurer avant de partir à la découverte de cette cité qui me semble plus riche encore que la précédente ! Et puis ce petit déjeuner est l’occasion de faire la rencontre de trois français, étudiants en architecture, en stage pour quelques mois à Boukhara, qui loge dans une petite maison louée par l’hôtel. Catherine, Emilie et… Thibaut sont là depuis quelques semaines, travaillent sur des relevés topographiques de Boukhara, font des photos de l’architecture ancienne ou moderne (10 photos pour un panoramique à 360°, faudrait que je m’y mette aussi !), des études de pratiques sociales, de poésie architecturale… Dire que j’ai tout compris serait sans doute exagéré, mais je dois en revanche reconnaître que j’ai passé de très bons moments en leur compagnie, ce qui renforce mon idée que les voyages sont vraiment un moyen facile et agréable de lier connaissance. Et pas seulement entre étrangers…


Zindon, la maison dorée

Après le petit déjeuner, je commençais donc ma découverte de Boukhara. C’est à la fois très simple et un peu plus compliqué que ça… Très simple, si l’on s’en tient à suivre le parcours pavé qui relit l’essentiel des lieux historiques, marqués, référencés, sur le sentier que l’on pourrait qualifier de battu s’il n’y avait ces pavés… Un peu plus compliqué, parce qu’il y en a vraiment un multitude, sur une surface assez restreinte, qu’on en découvre d’autres encore si l’on s’écarte des chemins évoqués, et qu’on se rend compte que le côté travaillé de la ville historique n’ôte rien au charme des ruelles à l’écart, où se passe la vraie vie des Boukhariotes. Bref, j’avais prévu au moins deux choses : monter au sommet du minaret Kalon, qui domine la ville de ses 47 mètres et offre un point de vue incomparable lorsqu’il fait aussi beau que le jour de mon arrivée. Mission remplit. J’avais aussi prévu d’aller visiter l’ancienne prison Zindon, dont de nombreux indices me laissent penser qu’il pourrait bien s’agir de la fameuse Maison Dorée évoquée dans le titre d’un album de Corto… Mais voilà, l’enfer est pavé de bonnes intentions, et lorsque je redescends les 105 marches du minaret, je me laisse embarquer par une troupe d’enfants qui vendent des souvenirs à deux pas. En discutant, je parle de ma mission photographique autour du monde, et sors mon appareil, dont ils s’emparent aussitôt pour réaliser quelques clichés à leur façon. Les photos s’enchaînent, la discussion s’éternise, je suis invité pour le thé chez l’une, et lorsque je sors de là, toujours entouré d’une cohorte de gamins hurleur, il est trop tard pour aller voir Zindon ! Qu’à cela ne tienne, je décide d’y retourner le jour suivant, avant de participer à l’anniversaire d’une des petites qui m’a invité pour dîner le lendemain soir. Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions, le saviez-vous ? La matinée qui suit, je pars avec mes trois architectes découvrir un lac artificiel au nord de Boukhara, au bord duquel s’accroche une ancienne piscine en béton tombée à l’abandon, digne des meilleurs documentaires sur la décrépitude des bâtiments hérités de l’ancien empire soviétique… Nous visitons un quartier pavillonnaire en rentrant, histoire de se faire une idée de la manière dont vivent les trois quart des boukhariotes qui ne sont pas dans le centre historique. Nous en profitons pour longer la prison moderne (là, pas question de prendre des photos, c’est en tout cas ce qu’il me semble lire dans le regard maton des gardes qui tiennent leur rôle au haut des minar… pardon, des miradors), puis visiter un cimetière musulman, dont la mosquée centrale est en pleine activité en ce jour de vendredi ! Je passe un bon moment après le déjeuner à la recherche d’une banque susceptible de me délivrer quelques dollars avant de partir pour le Turkménistan, on n’est jamais trop prudent… En vain ! Lorsqu’enfin j’arrive à l’ancienne prison, avec une bonne demie-heure sur l’horaire de fermeture mentionnée dans mon guide… évidemment je trouve porte close ! J’en suis quitte pour faire quelques photos d’extérieur, et me hisser sur un poteau afin de constater, par dessus l’enceinte, que l’intérieur n’avait de toute façon pas l’intérêt photogénique que j’escomptais. C’est au moins ce que je me dis pour me rassurer.

                                                                                      
                                                                                                                                                              Cliquez sur lecture pour voir défiler les photos,
                                                                                                                                                                                                    puis sur le bouton droit du mulot pour afficher un zoom "plein écran"

Retour à l’hôtel pour une petite douche, avant d’aller rejoindre mes hôtes d’un soir pour un dîner d’anniversaire en famille, autour du traditionnel Plof des jours de fête. Je bénéficie en y allant d’un coucher de soleil absolument époustouflant, donnant au ciel une couleur mordorée qu’on ne lui voit que rarement, la multitude des coupoles bleues ou marrons se découpant sur ce décor en technicolor pour le plus grand bonheur du spectateur. C’est un moment magique et fugace comme celui-là qui confirme mon sentiment d’avoir une chance inouïe de vivre aussi librement ces quelques mois de voyage ! D’autres moments renforcent encore cette conviction, comme cette soirée "chez l’habitant", où la faculté d’accueil de cette famille me permet de passer un moment également inoubliable.


Chez l'habitant

Les choses se sont d’abord engagées calmement, puisque je me suis retrouvé entouré des enfants uniquement, pour ce qu’il est convenu d’appeler chez nous un goûter d’anniversaire, à l’heure du dîner. De 5 à 19 ans, ils étaient une quinzaine à venir fêter là les 12 ans de la benjamine. Entre bonbons, plof et limonades fruitées, la fête battait son plein lorsque les parents, qui dînaient de leur côté avec oncles et grands parents, sont venus se joindre à nous. Papa, passablement fatigué, n’a pas été long à aller se coucher. Mais Maman, et son frère, m’ont en revanche entretenu longuement des choses de la vie, et du goût de la vodka. Nous avons dansé (pour ma part, essayé, je maîtrise encore mal le pas ouzbek !), mangé, discuté et un peu bu aussi, ceci jusqu’à une heure avancée de la soirée. Je gardais en mémoire depuis que j’avais lu son livre les propos de Bernard Ollivier (Istanbul-Xi’an à pied sur la route de la Soie) sur la grande hospitalité des habitants des pays qu’il avait traversés, mais également sur la difficulté qu’il avait rencontrée pour refuser toute invitation à boire en compagnie de ses hôtes. Aujourd’hui, avec une expérience qui est loin d’égaler la sienne, mais quand même, je confirme, l’un et l’autre aspect ! Sauf que je ne réalise pas un exploit sportif et que je n’ai pas sa rigueur quant à la consommation de boissons fortes… Du coup, répondant à leurs pressantes invitations, heureux d’accueillir un étranger un soir sous leur toit, et un peu inquiet (à tort, promis) sur ma capacité à retrouver l’hôtel, j’ai finalement accepté de dormir chez cette charmante famille. Ce qui m’aura valu, en plus d’un petit déjeuner au plof dès 6h00 le lendemain, des reproches de la patronne de ma pension qui n’aurait pas fermé l’œil de la nuit, inquiète de ne pas me voir rentrer… Quand on vous dit que l’enfer est pavé de bonnes intentions !


Ceci étant, pas rancunier pour deux sous –et surtout pas pour 20$– son mari m’a conduit comme convenu à la frontière ouzbeko-turkmène, à 80 kilomètres de là, en fin de matinée. J’ai donc quitté, un peu vite, mais véritablement charmé, l’Ouzbélistan, 10 jours après y être entré. Un peu inquiet aussi sur la manière dont aller se passer mon passage de frontière. Evidemment pas tant sur la sortie d’Ouzbékistan que sur celle l’accession au pays suivant, n’ayant en tout et pour tout qu’un numéro de dossier à présenter aux douaniers pour obtenir mon visa de transit…


Retournez à Samarkand

Continuez le voyage au Turkménistan

 
[ Ouzbékistan ]
Copyright © cortour.com