1er–6 avril, Tashkent-Samarkand, arrivée au pays de Tamerlan !


Pas de problème au décollage de Bangkok, plutôt une bonne surprise même, puisque l’Iliouchine d’Ouzbekistan Airlines que je m’apprêtais à prendre pour rejoindre Tachkent s’avère être un Airbus A 330 de fabrication pas si antédiluvienne… « C’est pas une poisson ? » que je fais à l’hôtesse qui nous accueille à bord de l’appareil. Elle n’a pas eu l’air de goûter la plaisanterie ! Faut dire que de ce côté là en revanche, c’est pas vraiment une bonne surprise, mais bon, il n’y en a que pour 6 ou 7 heures, selon les aptitudes du pilote à piloter. C’est tout à fait heureux et entiers que nous atterrissons à Tashkent 6 heures plus tard, Tashkent où je sais que m’attend Anvar, le fils bien aimé d’Alisher, l’accorte patron de la pension où j’ai réservé une chambre pour deux nuits. Malheureusement pour lui, la navette qui nous attends sur le tarmac me conduit avec les autres passagers dans le hall des correspondances, qui n’est évidemment pas celui des sorties, et j’ai toutes les peines du monde à faire comprendre au personnel de l’aéroport que je souhaite m’arrêter ici, que je ne poursuis pas comme les 9/10ème des passagers vers quelques destinations aussi exotiques que Tel Aviv ou Londres. « Vous allez à Tashkent..? » me questionne-t-on avec de grands yeux à trois ou quatre reprises… C’est pas que la répétition me lasse, mais elle m’inquiète. Est-ce si incroyable, si "unusual" ? Serait-ce même risqué..? Pas de réponse, mais une chose est sûre, c’est qu’Anvar m’attend, et qu’il sera aussi soulagé de m’accueillir que moi de le savoir toujours là quand je sortirai de cet aéroport au bout de deux heures !

A la pension, l’accueil est également chaleureux… Alisher, qui a pratiqué le français au Congo où il a travaillé de nombreuses années comme traducteur pour une société soviétique, garde de cet apprentissage un vocabulaire fleuri, plein d’expressions imagées et une verve presque gauloise… « Voici ta chambre, prends une douche et ensuite on fête ton arrivée ! » Ayant pris possession de l’une et prise l’autre, j’arrive donc sur la terrasse où sont déjà cinq-six personnes, et c’est parti ! Une assiette blé-viande m’est apportée (il est 4h00 de l’après-midi), un petit puis un grand verre me sont présentés, le premier est aussitôt rempli de vodka tandis que le second mousse d’allégresse à mesure qu’une bonne bière locale et tiède l’envahit. On se regarde, on lève son verre (le petit) un toast est porté, et l’on boit. Personnellement, je trempe modestement les lèvres dans la vodka, mais sitôt que les verres des autres sont vides, on les remplit de nouveau, et devant le mien mi-plein, on me fait comprendre que ce n’est pas comme ça qu’il faut faire. Et hop, cul sec. Je m’exécute, on me ressert, on toast, on trinque, et on avale. J’oubliais, entre le verre, une bière pour faire couler. Puis on emplit, on toas, on trique, et aval ! Pis plit, oast, hic et val… Heureusement que j’ai de quoi manger… C’est donc (le ventre) plein, tout ragaillardi, que je vais faire une petite sieste vers 6h, pour me réveiller à 9h frais et dispo craignant quand même un peu de devoir remettre ça ! Heureusement tout le monde est sorti, et ne m’attend plus qu’une femme d’un certain âge, avec qui j’avais évoqué dans un moment d’égarement l’idée d’aller dîner au restaurant où danse sa fille. Finalement, ce n’était pas une si mauvaise idée, le spectacle alternant chants et danses ouzbèkes étant tout à fait sympathique, et la table à la hauteur de mon appétit ! Etait-ce la vodka précédemment ingurgitée, mais seul le vin local m’a semblé passablement passé… Le lendemain est entièrement consacré à ne rien faire, à l’exception d’une sortie jusqu’à la gare en compagnie d’une guide qui se propose de m’accompagner gratuitement pendant mon séjour afin d’exercer son français.


Chez Alister à Tashkent

C’est donc en compagnie de Chahksanam que je me rend à Samarkand le lendemain, dès 7h00 du matin… Et je commence à comprendre l’histoire de la gratuité… Parce qu’une guide, c’est sensé parler, expliquer, traduire, faciliter l’organisation du voyage. Là, pas grand chose à en tirer question conversation ! Arrivant dans cette ville que je me fais une joie de découvrir, je lui demande si elle connaît un hôtel… Elle me dit que ce n’est pas la peine, qu’on peut visiter dans l’après-midi et reprendre le train dans la soirée pour Boukhara… Je finis tant bien que mal par lui faire comprendre que je ne suis pas si pressé, et qu’après trois jours à Samarkand, où je compte notamment rencontrer la responsable de l’Alliance Française, j’irai à Boukhara dont je partirai directement pour le Turkménistan. « Sans passer à Khiva ? », me demande-t-elle soudain effrayée ! Je sais que Khiva est très belle, mais je ne peux pas m’éterniser dans chaque pays, surtout quand les suivant sont si rigoureux avec les dates et lieux de délivrance des visas. Bref, nous prenons un taxi auquel elle demande de nous amener dans UN hôtel, sans préciser… il s’avère évidemment ne pas être le moins cher de la ville ! Je dis non, elle discute, je fais appel à mon self control et à mon guide de voyage pour lui donner un nom et une adresse où nous rendre, en plein cœur du centre historique. Le taxi nous traîne dans un autre, loin, que je refuse à nouveau, et lorsque j’obtiens gain de cause (simplement être amené là où je demande…) elle nous fait déposer devant un hôtel à 50 mètres de celui que je requérais, et entre aussitôt discuter avec la patronne. Las, je cède et nous nous installons pour la nuit. Mais il est surtout l’heure de manger, ce que je l’invite à faire avant d’aller visiter le fameux Registan. C’est terrible, la salle est au trois quarts vide, pas un bruit ne vient distraire l’attention d’une assiette qui n’a rien d’engageante et pour couronner le tout Chahksanam semble de moins en moins loquace… Et puis elle me regarde, rassemble toute son énergie pour me dire que tout ça ne se passe pas exactement comme elle l’avait prévu, que si nous attendons trois jours ici, deux à Boukhara, et que nous nous séparons ensuite, ça lui convient moins… d’autant qu’elle aurait « tellement aimé me présenter sa famille à Khiva, et nous aurions pu aller loger dans l’hôtel de son oncle..! » Nous y voici ! Il y avait donc un but moins altruiste que celui de m’accompagner, moins culturel que celui de pratiquer le français… Je reste ferme (sur mon programme) mais courtois : si tu veux, je comprends, tu peux retourner à Tashkent, je me débrouillerai. Et elle, de me demander comment rentrer, comme si j’avais une idée des horaires de train, ou du prix des taxis collectifs… Bref, je pourrais m’étendre encore longtemps sur son cas, mais c’est sans intérêt. Elle est finalement rentrée le lendemain matin par le train de 7h00 dont je lui avais indiqué l’existence, sur la foi de mon guide Lonely, dont la précision est parfois assez relative… j’ai payé pour l’apprendre.

Une fois débarrassé, j’avais comme objectif premier de rendre visite à Dilya, responsable du Centre Culturel. Je m’appuie donc sereinement sur les indication du guide (une adresse et la direction sur le plan de Samarkand, à 500 mètres hors cadre…) Ni une ni deux, je suis la flèche, et lorsque je sors du cadre, je me renseigne… Personne ne voit, ni sur le plan, ni même où se trouve la rue Boukhara mentionnée… Je tourne deux bonnes heures (longues plus que bonnes d’ailleurs) dans un rayon d’un kilomètre autour de la flèche, sans négliger aucune ruelle, lorsque je passe devant un cybercafé… En désespoir de cause je vérifie l’adresse sur le site de l’Alliance Française, il s’agit en fait de la rue Baraka. Et quand je demande où cela se trouve, naturellement, c’est dans une direction assez éloignée de celle indiquée… Je n’en jette pas mon guide pour autant, ça peut arriver, mais c’est mieux quand ça tombe sur les autres, c’est tout.


Registan à Samarkand

A l’Alliance, je fais donc enfin la connaissance de Dilya, responsable du Centre Culturel, et d’Anne, étudiante française en FLE (Français Langue Etrangère) qui est ici en stage pour un an. L’une et l’autre font tout pour me rendre le séjour agréable. Anne me met en contact avec une de ses étudiantes qui travaille le français pour devenir guide. Guyla s’avère très agréable à écouter (et à regarder, ce qui détourne un peu l’attention des monuments, mais ne gâche rien), maîtrisant parfaitement l’histoire de sa ville et des monuments qui en font la richesse, très heureuse également lorsque je la corrige à l’occasion de rares fautes de français. Dilya, quant à elle, outre m’inviter à déguster un "plof" de sa composition (plat national ouzbek, composé de riz, de carotte et de viande) m’arrange tout pour la suite du trajet, réservant l’hôtel à Boukhara, le taxi qui pourra m’emmener à la frontière, se renseignant pour moi des horaires de train… A ces détails techniques s’ajoutent de très intéressantes discussions sur la situation politique, économique, des mentalités, des femmes … en Ouzbékistan, qui sont évidemment de précieux éclairages pour comprendre le pays. Et si l’on excepte l’après-midi où il a commencé à neiger, j’ai trouvé que le temps passait bien vite dans cette ville magnifique. Est-ce un effet du subconscient, les trois jours prévus ont d’ailleurs bien faillis devenir quatre, puisque le dernier dîner, avant de prendre le train de nuit, s’est déroulé tant et si bien que nous n’avons pas vu le temps passé, et que j’ai réalisé à 1h00 du matin qu’il ne me restait que peu de temps (3/4 d’heure) pour aller à la gare et acheter mon ticket !!! Si trouver un taxi à cette heure-là relève déjà de l’exploit, tomber sur un guichetier réveillé et compréhensif est en revanche mission impossible (pour moi en tout cas qui ne pratique pas la langue vernaculaire, ni aucune de celle utilisée dans le coin : Ouzbek, Tadjik, Russe…) Je me suis donc dirigé directement vers un policier qui barrait l’accès au quai, suis monté dans le train sous son escorte, puis il m’a dirigé vers le contrôleur, lequel avait pitié de l’étranger égaré, puisqu’il m’a trouvé aussitôt une couchette, au tarif en vigueur s’il vous plaît ! 4000 soums, 4 dollars, pour une nuit tranquille jusqu’à Boukhara où je suis arrivé à 8h00 du matin, frais et dispo !


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