Pourquoi ne pas l’avouer une fois encore tout de suite… J’ai pris du bon temps en Azerbaïdjan, je me suis reposé et je n’ai pas tellement prospecté ! Armé des meilleures intentions en débarquant sur le sol Azéri après la traversée de la Caspienne que l’on sait, il faut dire que tout s’est rapidement ligué contre moi pour réduire à néant cet excellent état d’esprit. Le cousin assez lointain (nous ne sommes toujours pas parvenus à définir quelle généalogie nous unissait…) que j’y retrouve est arrivé ici quelques mois plus tôt pour manager le projet de club hippique - champ de course de Bakou. Et bien entendu, un complexe équestre, ce n’est pas en plein centre ville. Lorsque je l’y rejoint après une demie heure de taxi (plus une autre demie heure passée à négocier le tarif !), Patrick m’annonce qu’il m’a réservé une chambre dans le complexe hôtelier où il loge, encore un peu plus loin de Bakou mais au bord de la mer, « avec piscine, jacuzzi, sauna, tout ce qu’il faut… » me prévient-il. Comment refuser ? D’autant qu’il me fait aussitôt part du programme de la soirée : « on va aller se chercher un peu de poisson, du caviar et de la vodka et ce soir on fête ton arrivée ! » Ce qui est bien quand on est itinérant, c’est qu’on a toujours une arrivée ou un départ à fêter…
Et de fait, après avoir fait le tour du complexe hippique, des écuries au club-house en passant par la piste en attente de l’ouverture des courses dans le pays, nous allons au village à proximité pour acheter un peu de tout ce qu’il m’a annoncer. Et nous arrivons à l’hôtel. Je prends possession d’une chambrière tout à fait charmante, et finit de me remettre du voyage en faisant quelques longueurs de piscine entre deux séances de sauna. Et je suis fin prêt pour passer à table. J’avoue avec un peu de honte avoir profiter d’une vacance au Vatican pour me gaver de caviar sans crainte d’être damné pour crime spirituel de gourmandise… voire en l’occurrence de Gloutonnerie, n’ayons pas peur des mots ! Quant à la vodka, il faut bien aider les petits œufs à passer…
Pendant ce petit casse-croûte, Patrick m’informe qu’il s’est renseigné à mon intention auprès de l’Ambassade de France en Azerbaïdjan, et que le passage par l’Iran pour rejoindre la Turquie est fortement déconseillé, la région étant également frontalière avec l’Irak et la Syrie, un peu agités ces temps-ci. Que me reste-t-il alors pour rejoindre Van, sachant que je ne vois pas qu’un avion aille à Van (frontière Turquo-iranienne) sans passer par Istanbul ou Ankara, avec les coups qui s’en ressentent… Par terre, il me reste l’Arménie à l’ouest, mais les frontières sont closes d’un côté comme de l’autre, avec l’Azerbaïdjan comme avec la Turquie ; la Géorgie au nord, mais éviter l’Iran pour la Géorgie, c’est aller de Charybde en Scylla (fallait le placer ça !) Et bien c’est là qu’on se rend compte de ses lacunes en géographie géopolitique : il existe au sud de l’Arménie, complètement coupée de la mère patrie, une enclave azérie autour de la ville de Nakhitchevan, frontalière de la Turquie sur 10 kilomètres… Je prendrai donc l’avion qu’il m’a réservé auprès de son employeur. Et oui, le propriétaire du club et du champ de course, ainsi d’ailleurs que de l’hôtel où nous nous trouvons… l’est également de la compagnie aérienne Azérie et de tout l’infrastructure de l’aéroport de Bakou. Entre le caviar, la vodka et un tel entourage, j’ai l’impression de nager en plein Dallas au pays post-soviet !
Une bonne nuit dans une chambre comme je n’en ai pas fréquenté depuis celle de l’Empereur à Dalian me remet de toute la fatigue de ces derniers trajets, et c’est complètement frais que j’aborde la journée du lendemain dont le programme se résume en trois mots : kebab, piscine et soleil. J’en profite aussi pour me mettre à jour de mes carnets de route, du classement de mes photos et de quelques autres tâches que je trouve bien administrative quand un tel emploi du temps m’attends dehors… Le soir, c’est l’anniversaire de la femme du patron. Je n’ai pas le loisir d’être convié, mais en revanche celui tout aussi appréciable de voir défiler le gratin de la nouvelle société azérie, sa panoplie de grosses voitures et de gardes du corps fort amènes. Tiens, Amen, cela me fait penser au nouveau Pape qui est élu ce même soir. Je n’ai pas oser l’annoncer à l’heureuse reine de la soirée, et puis je crois qu’elle s’en contrefichait…
Les délices de Bakou
Avec Patrick qui profite d’une journée de repos le lundi, nous partons tout de même en visite à Bakou, où je découvre une ville ancienne tout à fait remarquable. Au milieu d’une enceinte d’épaisses murailles, les bâtiments anciens sont tous réhabilités ou en passe de l’être, les ruelles serpentent et s’entremêlent sur la colline qu’entourent ces remparts, tandis qu’en bas le front de mer et sa fête foraine sont le théâtre d’une agitation qui contraste évidemment par la modernité qu’ils dégagent. Rien à dire sur le reste de la ville, moderne, en plein développement depuis l’indépendance du pays, où les constructions sont aussi nombreuses que dans certaines villes chinoises en plein essor. Je ne passe qu’une journée à Bakou mais tombe véritablement sous le charme de cette cité. Peut-être mon jugement est-il influencé par les expériences récentes du Turkménistan, allez savoir…
Je prendrais bien un peu plus de temps pour visiter le pays, mais Patrick s’étant chargé de mon billet, je ne vais pas le faire décommander. Et puis de toute façon le passage de Corto en Azerbaïdjan n’est mentionné qu’à Bakou, et m’appelle en Turquie. Je n’ai donc pas tellement de temps à perdre si je veux aller découvrir ce qui m’attend là-bas. Je décide donc de ne passer que deux ou trois jours dans cette fameuse région autonomes de Nakhitchevan avant de traverser la frontière.
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Mais voilà, n’est pas touriste qui veut à Nakhitchevan… Quoiqu’en transit depuis Bakou pour une région du pays, fût-elle autonome, je ne pensais pas avoir besoin de justifier autant ma présence à la descente de l’avion ! Ce n’est pas que je sois particulièrement paranoïaque, mais l’accueil du douanier qui me demande « Vous êtes journaliste photographe » laisse à penser qu’il attendait mon arrivée… Supposition gratuite et sans fondement, mais l’heure passée à expliquer que je ne suis là par pur oisiveté finit par me convaincre que je ne suis pas le bienvenu, et je cède devant l’insistance des gardes frontières qui m’accompagnent jusqu’à la sortie de l’aéroport pour me montrer le bus qui se rend en Turquie… Après tout, puisque je n’ai rien de précis à faire ici, à part maintenant tenir tête à la maréchaussée, je rends les armes et cède aux avances du premier taxi venu qui se propose de me conduire à la frontière pour 20$ (le prix que m’ont préalablement annoncé certaines personnes avisées à Bakou). Mais je n’ai pas de monnaie. Aussi cet escroc s’empresse-t-il de prendre le billet de 100 que je lui tends pour faire le change, et se servir au passage et au préalable du prix de sa course. Je laisse faire… Mal m’en prend, puisque deux cents mètres plus loin celui-ci me transfère dans un bus, dont le chauffeur se plaint au bout de quelques kilomètres, de n’avoir rien touché pour ma « prise en charge ». Je voyais le coup venir, malgré l’échange de monnaie auquel ils avaient procédé à l’arrière de la camionnette pendant que je chargeais mon sac… J’en suis finalement quitte pour laisser les derniers Manat azéris qui me restaient (environ 5$) et qui ne me seraient de toute façon plus d’aucune utilité une fois la frontière passée. C’est donc un peu vexé, moins pour la somme que pour le principe, que j’arrive en Turquie ce 21 avril 2005 ! Et la première chose que j’apprends d’une avocate turque anglophone qui était dans le même avion que moi, c’est qu’elle vient de faire en bus le même trajet depuis Nakhitchevan pour… 3$. Merci les amis avisés de Bakou ! Et au revoir…