19-27 mai, Sérénissime Venise.

 

Venise qui marquera comme je l’ai déjà dit ma prochaine étape… Je crois qu’ainsi se terminait la feuille de route précédente (je suis même certain, je viens d’aller vérifier !) Et bien voilà, j’y suis. Pas mécontent d’y arriver après quelques heures de train… italien ! Non qu’ils soient inconfortables, bien au contraire, mais quand on voyage avec un incertitude permanente sur l’heure d’arrivée, on se fatigue plus. L’entrée en gare de Venise Santa Lucia récompense cependant toutes les attentes. Car il faut pour y accéder que le train emprunte le pont qui enjambe la lagune, et l’on se sent ainsi porté avec enchantement au cœur de l’île. On sait qu’on se trouvera au sortir de la gare nez à nez avec "son" premier canal vénitien…

Bon, pour être tout à fait honnête, il faut d’abord traverser la foule qui, émerveillée comme tout un chacun peut l’être en arrivant dans cette ville, fait du parvis de la gare une des places dotée de la plus forte concentration touristique de Venise, au même rang que San Marco, le Rialto ou près du Pont des Soupirs… Sans compter la présence d’un groupe d’indiens tout en plumes et en peaux (de bêtes) qui pousse la chansonnette, stratégiquement placé entre la gare et le premier des trois ponts qui enjambent le Grand Canal, créant à la fois une attraction originale (surtout quand les-dits indiens ressemblent à s’y méprendre à ceux, vêtus d’un poncho, qui jouent de la flutte de pan dans le métro parisien…) et un attroupement fort dommageable à la fluidité des masses en transit ! Une fois traversée la foule, et le pont, je me retrouve dans le secteur de Santa Croce (l’une des six zones "administratives" de Venise) où je sais que se trouve l’Osteria Alba Nova, restaurant que Marie, française, et même mieux, charentaise, tient ici depuis quelques années. Je fais donc sa connaissance, et par son entremise, de coup de fil en coup de fil, je rentre en contact avec Patrick, marqueteur de son état, qui habite non loin un appartement dont une chambre est, c’est malheureux, inoccupée… Marie, Patrick, tout le monde est si sympathique que l’affaire est vite entendue. J’irai habiter quelques jours dans cette agréable "pension" et j’en profiterai pour venir manger chez cette excellente cuisinière !

 

                                       Cortour à Venise


Je peux à présent me rendre au rendez-vous que m’a fixé la responsable du Centre Culturel Français, Mme Ferrari, à la présentation de l’artiste sélectionné par la France pour la prochaine Biennale d’Art Contemporain de Venise : Annette Messager ! Les connaisseurs apprécieront (et je ne dois pas connaître assez…) Mais plus qu’une introduction à l’éclectisme de l’art moderne, cette visite me sert surtout d’introduction auprès de son assistante, Amandine, qui m’aidera par la suite à identifier dans la ville (et alentours) les lieux où Corto est représenté par Hugo Pratt, qui me renseignera sur le moyen de les rejoindre, afin d’effectuer le petit travail photographique qui m’amène ici. C’est également Amandine qui attire mon attention sur l’existence d’un petit guide, style Guide du Routard, retraçant les Ballades de Corto à Venise… Insoutenable légèreté de l’être ! Je connaissais évidemment l’existence de ce document, je suis même passé plusieurs fois devant, pas plus tard qu’à Sienne au sortir de l’exposition consacrée à Pratt, et je n’ai pas été capable de réaliser qu’il pourrait m’être utile dans ma quête vénitienne… Je me dirige donc vers la première librairie, où ils ne l’ont qu’en italien. Je maîtrise évidemment "parfaitement" cette bella linga, mais puisque je sais qu’il existe en français, pas la peine de crâner… Je pars donc vers une deuxième librairie, où ils ne l’ont plus du tout, vers une troisième où l’on m’en indique un quatrième où, peut-être… Une cinquième me renvoie vers la librairie française (ils ne pouvaient pas le dire plus tôt !) comme ultime recours… J’apprends finalement là-bas que la version française est en rupture de stock sur tout Venise, et qu’il me faut donc me résoudre à travailler mon italien avec cette « édition 2005, la 7ème, plus de 40.000 exemplaires vendus » vante la jacquette. Un beau succès de librairie, certes, mais toute édition 2005 qu’elle soit, les prix affichés sont encore en Lires Italiennes, ce qui ne fait pas très sérieux quand même… Je rentre donc chez Patrick après cette journée de traque, tout de même heureux de pouvoir me plonger dans l’étude de ce précieux document. Et là mon hôte me demande pourquoi je n’ai pas acheté ce livre en français, puisqu’il est disponible à la Librairie X, derrière la Place Saint Marc… Et bien non, je ne craque pas, le voyage apprend la patience et développe l’adaptabilité face aux aléas : je m’y rends aussitôt et, non content d’avoir effectivement l’ouvrage tant désiré en stock, ils me reprennent même le premier exemplaire acheté. Ais-je oublié de préciser que je l’avais acquis chez un concurrent..? Peut-être ! Toujours est-il que cette "aventure" se solde finalement de la meilleure manière possible. Comme quoi, avec un peu de temps, de confiance, de relations… on y arrive toujours !

 

                            

 

Le temps qui reste, je le passe entre la visite des hauts lieux touristiques de la cité lacustre (place San Marco, Grand Canal, Arsenal, abords de la Fenice…) et les endroits plus reculés où l’on va moins, ou moins facilement. Il y a bien sûr les îles de Burano, du Lido, plus loin dans la lagune, mais également toute cette série de lieux magiques et secrets dont Venise regorge, et qu’il faut pour découvrir beaucoup de chance ou l’appui d’un guide bien renseigné… Par bonheur, j’ai un peu des deux ! La Chance, ça ne se commande pas, quant aux guides, en sus de celui évoqué plus haut, fruit d’une traque acharnée dans les librairies de la Sérénissime, je dispose de la plus adaptée des encyclopédies sur le sujet : les albums de Pratt eux-mêmes, qui diffusent mieux que tout la fantaisie nécessaire pour pénétrer la Venise de Corto. C’est par exemple attiré par le nom de Maison des Esprits que je me suis laissé guidé vers cette masure au nord de Venise, et c’est en arrivant par le quai qui lui fait face à l’Est que je me suis rendu compte qu’il s’agissait également de la maison de « l’Ange à la Fenêtre d’Orient » de l’album Les Celtiques… Le reflet d’un pont à trois arches, unique à Venise, dessiné par Pratt, m’est apparu le soir de l’inauguration d’un restaurant juif du Vieux Ghetto, au bord du canal qu’enjambe ce pont. Avouez qu’il faut quand même un peu de chance pour être invité à l’inauguration d’un restaurant juif du vieux ghetto près d’un pont dont seul le reflet est dessiné dans la Fable de Venise…

 

                                    

 

Bref, après une semaine de pur enchantement dans cette cité magique, je reprends le chemin vers la France, après un bref passage en Suisse où je dois rencontrer les directeurs de Cong SA, la société qui gère l’œuvre et les droits d’Hugo Pratt. Cette rencontre s’étant excellemment bien déroulé, je finis donc ma route vers Paris avec plein de projets et tête, au premier rang desquels la suite du périple vers l’Afrique dès le 1er juillet : Yémen, Somalie, Djibouti, Ethiopie, Kenya et Tanzanie ! Nous irons ensemble…

 

 

 

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