Non, je n’ai pas succombé à Rome, quoique le charme de cette ville me laisserait volontiers sur le carreau (sur le pavé serait plus approprié) à chaque fois que j’y mets les pieds… Ceci juste pour dire que j’y ai profité d’une bonne semaine sans véritable impératif pour récupérer, c’est tout. Mais n’anticipons pas. Car nous nous sommes quittés dans l’avion qui arrivait d’Athènes, avec cette ambition folle d’aller faire une surprise à la demoiselle de mon cœur, qui se trouve pour l’heure être ma sœur. Arrivé sans encombre ni retard à Rome Fiumicino (l’aéroport), je rejoins Rome Termini (la gare) à proximité d’où habite l’enfant. Et je trouve, presqu’aussitôt, la rue, l’adresse, et le nom sur la sonnette. Je sonne. Nous sommes lundi 10 mai, il est 20h00. Personne à la maison. Qu’à cela ne tienne, je me poste en embuscade au bar du coin, prêt à bondir sur l’heureuse victime de la farce. Une bière pour patienter. Il est 21 heures. Pas de mouvement chez l’ennemi, je reste à l’affût. Une seconde bière, une porte s’ouvre en face… c’est un vieux barbu. Pas d’affolement, juste un peu de lassitude. Pour passer le temps, je m’imagine dans une palombière à guetter le pigeon ! 22h00, une question m’effleure : et si le pigeon n’était pas là, ou plus encore, si c’était moi, le pigeon… Je décide que la phase de surveillance a assez duré, je vais tenter de pénétrer chez l’ennemi. La porte s’ouvre à nouveau derrière une qui n’est pas ma victime, je lui emboîte le pas et me rend l’appartement du troisième. « Qui é ? » me dit à travers la porte une voix que je sais n’être pas celle que j’attendais… « Sono il fratello d’Hélène, » dis-je dans un italien des plus purs ! La porte s’ouvre sur le visage plus que méfiant d’une jeune femme, qui ne connaît des frères d’Hélène que le plus jeune, et ce n’est manifestement pas moi… Sans lui laisser le temps de reprendre ses esprits, je m’engouffre dans la brèche, et m’enquiert rapidement de savoir quand va rentrer la petite…
Mercredi..! MERCREDI..! Elle est en Espagne jusqu’à mercredi ! Qu’à cela ne tienne, je vais l’attendre ici, et repousser la surprise de quelques jours. Mais tout n’est pas de cet avis. Car Antonella, la colloc, est déjà en ligne avec Hélène pour savoir si « quelqu’un qui dit être son frère » est effectivement son frère.
La nef de la Basilique St Pierre
Bref, personne pour se réjouir de mon arrivée inopinée, c’est rageant, et qui plus est une surprise avortée, un coup de maître quoi !!! Mais bon, il s’agit finalement de bien peu de choses au regard du plaisir à retrouver deux jours plus tard une jeune sœur en pleine santé, les cheveux subtilement teintés en rouge et noir (sans doute parce qu’elle est trop jeune pour avoir subi Jeanne Mass…) et toute heureuse de ces quelques jours passés en Espagne. Une semaine à Rome me donne ensuite le plaisir de voir également mon frère (aîné cette fois) spécialement venus pour passer un week-end avec nous avant qu’il ne parte s’installer en Inde pour quelques années… A quelques mois près je serais sans doute passé le voir entre la Thaïlande et l’Ouzbékistan, mais le Cortour maintenant me mènera vers de toutes autres directions, Afrique-Amérique du Sud… C’est donc un vrai plaisir que de se retrouver ici pour deux trois jours dans cette ville inondée de soleil, qu’en plus le vieux (de nous trois) ne connaît pas ! Et je croise encore avec plaisir mon ami Olivier, curé de St Germain des Prés, délégué par ses confrères pour assister à la béatification –finalement repoussée– de Charles de Foucauld, je vais aussi déjeuner chez Hubert, propriétaire à Rome depuis quelques années du Bistrot du même nom (via Sardegna, pour les gens de passage, une adresse à visiter !)… Bref, je sens que je reviens en terrain connu, c’est drôle et assez agréable à la fois.
Tout de même, deux rencontres inédites qu’il serait tout à fait injuste de négliger dans le cadre du Cortour… Sagement installé à la terrasse d’un quelconque bistrot sur la place Campo dei Fiori en compagnie d’Olivier, quelle n’est pas notre surprise de voir tranquillement passer devant nous, l’air de rien et comme sortis de notre imaginaire embrouillé par le martini, non pas un, mesdames et messieurs, mais deux Corto Maltese en grand habit de cérémonie… Je veux bien croire que je suis un peu obsédé par le personnage depuis que j’ai pris la route dans ses traces il y a cinq mois, mais je n’ai jusqu’alors, pas même au plus fort de mes vertiges éthyliques du fin fond de l’Ouzbékistan, jamais été victime d’une telle hallucination… Alors je me précipite, tel un singe en rut vers une vieille décrépie et un jeune juge en bois brut, pour tirer l’affaire au clerc, au clair pardon..! « Que fais-tu là vous deux, lui dis-je. Ca fait cinq mois que je te-vous cours après… » Et tout s’éclaire soudain quand les deux copies me tendent un tract et une entrée gratuite pour l’exposition dédiée à Hugo Pratt, organisée au Palazzo Squarcialupi de Sienne à l’occasion des dix ans de sa disparition. Et je réalise que ce temps que je croyais mort pour mon projet sur Corto Maltese est finalement rentabilisé… D’autant plus que j’ai le plaisir le lendemain d’être accueilli par Patricia Zanotti, veuve d’Hugo Pratt et directrice des éditions Lizard qui publient tout ce qui a trait au maestro en Italie. L’occasion de lui présenter de vive voix mon projet et, qui sait, de poser quelques jalons pour une prochaine publication autour de ce voyage…
Que fais-tu là vous deux, me dis-je à eux -même... Cliquez sur lecture pour voir défiler les photos, puis sur le bouton droit du mulot pour afficher un zoom "plein écran" Ce logiciel fonctionne uniquement avec Internet Explorer... Si vous n'arrivez pas à lire les photos, téléchargez le fichier vidéo en vous reportant à la page Photos
Du coup, le chemin qui doit m’amener vers la prochaine étape, Venise, fera un petit détour par Sienne sur laquelle je ne saurais décemment pas faire l’impasse. Et je ne suis absolument pas déçu. D’abord pour Sienne, superbe ville de Toscane, qui a elle seule mérite le détour. Ensuite pour cette fameuse "mostra" intitulée Periplo Immaginario (que je ne vous ferai pas l’affront de traduire…). Dans un magnifique palais, toute une série de dessins originaux sont présentée par thème, en l’occurrence séparé en sept zones géographiques abordées dans l’œuvre d’Hugo Pratt. Cette exposition se tient à Sienne jusqu’au 28 août prochain ; une fois encore je ne saurais trop conseiller aux gens de passage dans le coin d’y aller faire un tour. Et pour les autres, un magnifique catalogue en trois langues (italien, français, anglais) existe, en Italie au moins pour le moment, certainement ailleurs déjà et sinon bientôt puisqu’il suivra à tout le moins l’exposition qui devrait voyager un peu partout dans le monde dans les mois suivants. Peut-être nos routes se recroiseront-elles d’ailleurs, puisqu’en ce qui me concerne j’ai encore un peu de route sur les traces du marin à faire d’ici la fin de l’année, à commencer par Venise qui marquera comme je l’ai déjà dit ma prochaine étape.