5-10 mai, Rhodes, je craque pour la cité des Chevaliers
Après la Turquie des sauvages, au fin fond des terres de l’Est (comme dans le Seigneur des Anneaux, oui…), après un passage absolument réconfortant dans la campagne proche d’Izmir où me reçoivent avec tous les égards deux étudiantes agronomes françaises en stage dans la région (un grand merci à Aurelle et Myriam dont les qualités d’accueil sont à l’épreuve des conditions d’hébergement les plus sommaires, -soit dit sans inquiéter leurs familles…), après un retour à la plus moderne des civilisations touristiques en passant une nuit à Marmaris (la St Trop’ de Turquie), j’embarque enfin pour l’Europe, celle dont les frontières sont bien établies à ce jour : Rhodes, la plus orientale des îles grecques.
Une petite heure de bateau sépare les rivages turques de Rodhes, tant et si bien que l’on pourrait presque voir depuis ceux-ci le fameux colosse de celle-là, s’il tenait encore sa place à l’entrée du port comme c’était le cas aux temps antiques. Mais il n’y a plus de colosse à Rhodes, et d’une certaine manière c’est heureux car je ne suis pas sûr que les paquebots immenses qui ont remplacé les barcasses de pêcheurs passeraient encore entre ses jambes sans lui causer quelques douloureux dommages… La cité qui se dresse dès la sortie du port est en revanche identique à celle où devaient déambuler les chevaliers de Saint Jean en route pour leurs Saintes Croisades… Seule différence aujourd’hui, comme l’expliquent les dépliants touristiques disponibles à la sortie des douanes, « le grand choix de boutiques, magasins de souvenirs et restaurants offert aux visiteurs [très nombreux déjà à 9h00 du matin] qui se promènent dans les ruelles de la citadelle à la découverte de la richesse architecturale sur les traces du passé de la place forte de Rhodes » !
Plus de toursites que de preux chevaliers...
J’imagine tout à fait ce que devaient ressentir les pèlerins ou croisés d’antan, en route pour Jérusalem, lorsqu’ils débarquaient dans cette ville sans avec armes et bagages savoir où aller, dans quelle auberge trouver refuge, au milieu d’une foule bigarrée dont les langues multiples devaient sans nul doute évoquer la richesse de Babel ! Je traverse en effet ce dédale de ruelle chargé de mon sac à dos, sans plan mais investi d’une mission qui vaut presque la quête du Graal, au milieu d’une foule dont la diversité des langues évoque assurément la richesse de Babel… Je reconnais même au passage, et c’est fort car ils n’ont plus de heaume, les lointains descendants de quelques chevaliers teutoniques ! A force de tourner –en rond– dans la vieille ville, je finis pas me dire qu’il n’y a décidément pas où trouver refuge ici, et je pars en quête d’un asile dans la ville moderne qui jouxte l’ancienne juste au dehors des remparts. La première personne que je croise, une vieille dame tout de noir vêtue, à laquelle j’adresse un petit signe de tête en signe de paix, me tend un bout de pain avec un grand sourire… Après ces quelques jours passés au vert à Izmir, n’allez pas croire que je faisais peine à voir, c’est vraiment un cadeau qu’elle me fait sans arrière pensée. Quel meilleur accueil pouvais-je imaginer ? D’autant que je trouve dans la foulée un hôtel plutôt bon marché à deux pas des portes de la ville ancienne, en plein nouveau centre-ville, qui me permet d’envisager le séjour sous les meilleurs auspices !
Je pose donc enfin armes et bagages, passe à la douche et reprends mon "arme" (Canon, ça ne s’invente pas !) afin d’aller faire quelques shoots du côté des remparts. L’avantage de cette halte sur les traces de Corto, c’est que les dessins et mentions de Pratt sont assez claires. Je sais exactement ce que je dois chercher. Et comme la partie ancienne de la ville a été particulièrement bien préservée depuis les temps anciens, cela facilite grandement la reconnaissance des lieux ! Je commence donc par le couple de cerfs qui figurent en première page de la Maison Dorée de Samarkand, situés à l’entrée du port à l’endroit qu’occupait le Colosse auparavant.
le couple de cerfs
Puis vient le tour de la Mosquée Kawakly, dite "du Platane". Là c’est un peu plus dur. A l’office du tourisme, la dame (absolument charmante qui, comme moi, parle indifféremment grec, allemand, anglais ou français !), ne trouve aucune indication concernant cette mosquée. Mais en revanche, m’affirme-t-elle, s’il en est une digne d’intérêt c’est bien la mosquée de Soliman, qui ressemble en plus beaucoup à celle que je cherche. Les croissants de lune au sommet de ses coupoles pourraient surtout tout à fait être ceux sous lesquels Corto avait trouvé les manuscrits de Lord Byron qu’il venait chercher à Rhodes ! Et comme derrière cette mosquée se trouve la Tour de l’Horloge, qui surplombe la vieille ville, l’occasion est tout trouvée d’avoir un point de vue global et aérien sur les quartiers environnants. En plus, pour le prix de l’entrée (5 euros quand même…), un verre est offert en terrasse là-haut. Une occasion poussant l’autre, me voici donc à déguster mon premier Ouzo du Cortour à l’ombre d’une pergola sur la terrasse aérienne de la Tour de l’Horloge… C’est pas facile tous les jours, mais je me suis promis de surmonter toutes les épreuves pour arriver au bout… une de plus en moins !
Un peu plus loin dans la citadelle se trouve la fameuse rue des Chevaliers de Saint Jean, dont parle également Pratt. Il s’agit de la principale artère de la cité médiévale, qui aboutit au Palais des Grands Maîtres, bordée de magnifiques bâtiments, parmi lesquels ont remarque encore quatre des sept auberges (une pour chacune des langues de l’ordre) où logeaient jadis les chevaliers. Cette rue, agréablement pavée, sans la moindre boutique (ce n’est pas neutre !), au long de laquelle s’aligne les façades ornées du sceau des confréries d’autrefois, suit le tracé d’une voie antique conduisant jadis à l’Acropole. Débordant alors un peu sur les seuls impératifs du Cortour, je profite d’être ici pour verser un peu dans le tourisme pur et dur, et donc aller visiter cette Acropole. Quelques kilomètres –à pied– plus loin, je tombe en arrêt devant… trois piliers dressés au milieu d’un champ, surplombant les gradins refaits à neuf de ce qui fût le Stade de la ville au IIIème siècle avant JC. J’exagère un peu, mais à peine, et je garde un souvenir plus marqué –aux pieds– de la promenade pour y aller que de la visite du site à proprement parler. Qu’importe, Rhodes est une ville merveilleuse, et le reste de l’île semble à l’avenant. Au cours de mes errements dans la vieille ville, je découvre hors des artères majeures vantées par les guides touristiques toute une série de petites venelles, passages, ruelles sombres, qui débouchent ici sur une place ombragées, là sur une église byzantine ou une mosquée, ici les maisons sont directement adossées aux remparts, là elles montent sur une colline improbable et s’élèvent au dessus de la nuée… Et parfois la terrasse d’un petit restaurant ou la pancarte d’une modeste pension se dévoilent au détour du chemin, entre deux ruines (pardon, projets de restauration), tout ceci forme un ensemble plein de surprise, riche d’une ambiance authentique et vraiment attachante… Mais je laisse à chacun le soin de venir découvrir le coin, foi de moi vous ne le regretterez pas. En ce qui me concerne, il faut bien avancer vers la suite du voyage.
Couleurs chatoyantes aux détour d'une rue Cliquez sur lecture pour voir défiler les photos, puis sur le bouton droit du mulot pour afficher un zoom "plein écran" Ce logiciel fonctionne uniquement avec Internet Explorer... Si vous n'arrivez pas à lire les photos, téléchargez le fichier vidéo en vous reportant à la page Photos
Prochaine étape prévue par rapport aux albums de Corto : Venise. Mais quasiment sur la route se dresse Rome, où se trouve l’une de mes petites sœurs préférées dont c’est justement l’anniversaire le 8 mai. N’étant pas à un crochet près, je prends un billet d’avion pour Rome le 7… puis appelle pour m’assurer qu’elle sera bien là. Personne, au bout du fil. Renseignements pris auprès de notre mère supérieure (pardon Maman, c’est juste une blague !), l’enfant s’est échappée pour le week-end, et je comprends qu’elle ne rentrera que le dimanche 8. J’en serai donc quitte pour l’attendre 24 heures sur place. Mais finalement à l’aéroport, le 7 à 6h00 du matin ! l’avion est annulé pour cause de mauvais temps. Très bien, me dis-je, plutôt que d’attendre à Rhodes, ou à Rome, je vais prendre un bateau pour Athènes où je passerai deux jours avant de reprendre le cours de mon périple. Sitôt dit sitôt fait, et rentrant de l’aéroport à 8h00, j’attrape le bateau qui part pour le Pirée à 10. Et c’est parti pour 12h00 d’une traversée nettement plus sympathique que celle de la Caspienne. Moins prestigieuse, certes, mais autrement plus vivante, dans un immense paquebot dernier cri, où l’on peut lire, boire, travailler, manger et discuter, voire se reposer sans être craindre de se réveiller bourré de puce, c’est bien plaisant…
Arrivée à l’heure au Pirée, reste à rejoindre Athènes et trouver un hôtel. Au taxi qui me prend à bord, j’indique la rue Ermou et le quartier de Psiri, que l’on m’a dit être celui des grandes nuits athéniennes (ça tombe bien, on est samedi…). Pour une somme très modique, il m’amène quelque part, mais pas là où je souhaitais. Quant à comprendre ce qui l’empêche de poursuivre, il faudrait pour cela que son Grec et le mien s’accorde mieux, mais allez savoir pourquoi… Bref, je reprends armes et bagages pour partir en quête d’un endroit où dormir. Encore une fois, sans guide, sans idée de l’endroit où aller, ce n’est pas facile, surtout que les bouteilles de Ouzo dont je me suis chargé (pour faire un cadeau, c’est tout !!!) commence sérieusement à me poser. Mes deux heures de pérégrinations me permettent cependant de trouver la rue Ermou et de comprendre pourquoi le chauffeur ne souhaitait m’amener jusque là : c’est au coude à coude que les gens avancent dans les ruelles pavées, entre les terrasses de café et les sorties de bars ou discothèques… Je fais grande impression avec mon bardas, l’on me demande si je compte planter ma tente dans le coin, l’on rigole, mais pour ce qui est de m’indiquer un hôtel… Si, quand même, il est question à un moment du Jason Hôtel, où je me rends donc confiant, même si le faste du hall n’est pas sans m’inquiéter… Malheureusement ma toison n’est pas d’or, et même pour 80 euros on ne peut me loger faute de place. On m’y indique toutefois une deuxième adresse pour Argonautes où la chambre, hors petit déjeuner cela va sans dire, ne coûte que 100 euros. Je pense qu’ils n’ont pas bien vu avec quoi je me ballade sur le dos pour me proposer ça… ou alors si, justement, ils ont bien vu que je ne pourrais pas continuer à tourner éternellement (il est minuit passé). Quoiqu’il en soit, après deux vaines tentatives dans des hôtels spécialement choisis pour l’aspect miteux de leur entrée, je finis par trouver mon bonheur. C’est pas tout à fait miteux, ni tout à fait classe, mais il reste de la place, et pour l’heure et le prix (18 euros), je dis Banco. Salve par l’hôtel Regina. Comme quoi la persévérance…
En puis, les choses de la vie… Serais-je descendu à Athènes si j’avais pris cet avion pour Rome..? Aurais-je eu moins soif si le taxi du Pirée m’avait déposé directement à l’hôtel de mes rêves sans m’obliger à cette longue traversée du centre d’Athènes..? Aurais-je préféré rester à l’hôtel si la chambre avait été plus douillette et la salle de bain privative..? Peut-être pas… Toujours est-il que malgré l’heure avancée, je ressors aussitôt en quête d’une boisson fraîche, houblonnée si possible. Quel heureux hasard, quelle incroyable providence guide alors mes pas vers LE bar que je ne devais surtout pas rater…? Je n’en ai pas la moindre idée, mais assurément elle mérite mes plus sincères remerciements !!! En fait si, j’ai une petite idée, et je remercie d’autant plus sincèrement ma si chère cousine Isabelle de m’avoir mis sur la piste de cet îlot de "Prattitude", à proximité de la rue Ermou effectivement, rue Kareskaki pour être plus précis… Quelques conseils pour qui souhaiterait s’y rendre : pas avant 22h00, prévoir les boules Quies et savoir jouer des coudes pour approcher du comptoir. A part ça les amateurs du marin seront ravis, des reproductions géantes tirées d’albums recouvrent tous les murs de la "disconight". A défaut de parler ça permettrait de lire si ce n’était en grec, évidemment ! Quant au patron, il joue l’homme invisible les deux soirs où je passe… Et si c’était Raspoutine !
Le Swinging Bar
Mais je n’ai malheureusement pas le temps de me perdre en conjecture, je compte bien faire cette fameuse surprise à ma jeune sœur et me rendre à Rome où mon arrivée impromptue la laissera sur le… sur ses deux ronds de flanc, c’est bien comme ça qu’on dit ? Bref, lundi 10 à 16h, me voici –finalement– dans l’avion qui mène à Rome, heureux de ce passage Athénien et plus globalement de ce séjour en Grèce.