Cortour Celtique 2 : Stonehenge et Tintagel

 

Début du voyage en France 

 

Première nuit en Angle… terre !

 

L’arrivée sur Douvres dans la nuit anglaise est assez impressionnante. Les hautes falaises, éclairées d’une lumière ocre, ne semblent laisser aucune place pour le débarquement. Et puis naturellement, ça passe… Retour au volant, premières prises de contact avec la conduite à gauche. Il paraît que cela remonte à Napoléon. La décision ayant été prise la veille de son sacre de conduire à droite dans Paris, les anglais auraient aussi décrété l’inverse pour ce qui les concerne… Juste pour ça, une simple question d’orgueil national… ? M’étonnerais, c’est franchement pas le style !!! Bref, il est onze heure (PM), nous prenons la route de Londres, via Ashford, où nous faisons halte pour goûter enfin l’ambiance de notre premier pub anglais. Il y a-t-il un lien de cause à effet avec le fait que nous nous fussions embourbés quelques kilomètres plus loin en cherchant un petit coin de verdure pour passer la nuit, je ne saurais le dire… Toujours est-il que nous voilà repeints de pieds en cap, et la voiture avec, aux couleurs de la terre anglaise. Ceci étant, lorsque nous avons fini par trouver LE lieu idéal, et que nous y avons passé la nuit, le réveil est magnifique, au beau milieu des vertes prairies du Kent, sous le soleil éclatant qui monte dans un ciel d’un bleu sans faille (c’est pas comme ça que la voiture va être lavée…).

 

 A en croire la carte… d’Europe que nous avons pris soin d’emmener avec nous pour cette virée sur les départementales britannique, il ne devrait plus rester qu’une centaine de kilomètres avant Londres. Nous y arrivons donc tranquillement pour déjeuner, envisageant avec plaisir le petit pique-nique à Trafalgar Square, entourés de touristes et de pigeons, certes, mais avec une vue incomparable sur la statue de l’amiral Nelson, et un peu plus loin sur la magistrale horloge de Big Ben. Coup de chance, une place est libre à deux pas de Leicester Square, nous garons donc le véhicule préalablement passé au jet d’eau, tout de même, et acquittons notre dette à l’égard du parcmètre que nous régalons d’une pleine livre sterling. Peine perdue, puisque lorsque nous revenons de ce rapide en-cas, le temps était écoulé. Pas depuis longtemps, certes, 10 minutes tout au plus, mais suffisamment pour que les forces en place aient eu le temps non seulement de dresser le procès verbal, 50 £, pour dépassement inconsidéré (trois minutes, mentionne le billet !, zèle dont nos fonctionnaires savent aussi faire preuve, ne blâmons pas trop l’anglais), mais aussi d’affubler les roues de notre carrosse d’un ridicule sabot jaune, qui nous condamne à l’immobilité, et surtout à payer l’amende afin de lui rendre sa liberté de mouvement. Nous entamons donc la traversée de Londres vers le bureau central de la répression des stationnements abusifs, sur Hyde Park. Hugues entend bien faire valoir l’abus que caractérise la somme exigée pour un retard de trois minutes, au motif notamment que « si nous étions revenus trois minutes plus tôt, personne ne nous aurait remboursé le trop versé… » Sait-on jamais, peut-être l’administration est-elle plus compréhensive que je ne l’imagine. Il semblerait en effet, puisqu’en guise de réponse, derrière sa vitre blindée, le factotum nous signale que nous bénéficions déjà d’un tarif de faveur destiné aux étrangers : pour la même infraction, un londonien se serait vu infliger une amende de 120£. Devant tant de mansuétude, nous remballons tous nos arguments, sortons notre portefeuille et nous acquittons d’une somme qui nous donnera, au moins, le droit de rester en place pendant une heure après l’enlèvement du sabot. De quoi nous permettre de visiter les alentours, avec pour ma part une visite au centre Pierre Chanel, sur Leicester Square, pour rencontrer les animateurs du Centre de Réfugiés, qui offre son soutien aux demandeurs d’asile et réfugiés, quels que soient leur âge, sexe, origine ethnique et appartenance religieuse.

 

Notre Dame de France, église catholique francophone de Londres, étant en travaux, c’est à Saint Patrick, sur Soho Square, qu’ont lieu les offices ce dimanche là. C’est également là que je rencontre Edouard Pun Sin après la messe, responsable de l’Association des Mauriciens de Londres, « association apolitique et caritative, dont l’objectif essentiel est de promouvoir l’avancement de la communauté mauricienne, ici et ailleurs. »

Puis nous profitons du reste de la journée pour aller chercher l’amour à Notting Hill, ou, quoiqu’il en soit, admirer les costumes de Carnavaliers, écouter la musique que des groupes de toutes origines (géographiques et musicales) envoient à pleins tubes à chaque coin de rue, relayés par une impressionnante débauche d’amplis et de baffles.

Repus de foule et de bruit, nous quittons le quartier en fin d’après midi en décidant d’avancer dans la soirée vers Stonehenge, que nous visiterons donc le lendemain.

 

C’est en traversant le petit village de Larkhill, à quelques kilomètres, pardon, quelques miles du site de Stonehenge, que nous apercevons une petite église tout à fait charmante, mais plus encore que l’édifice, c’est la pelouse grasse et impeccablement tondue tout autour qui retient notre attention. C’est décidé, nous passerons la nuit ici. Le ciel est dégagé, la lune est pleine, pas d’averse en vue, c’est donc une auberge à la grande ourse, comme disait Rimbaud, qui nous attend. Mais elle attendra encore un peu, auparavant nous souhaitons quand même remplir nos devoirs en allant saluer les autochtones où ils se trouvent, c'est-à-dire au Pub. Pas difficile à trouver, il n’y en a qu’un à Larkhill. Mais un grand. Aussi sommes nous un peu déçus en rentrant dans une salle à moitié vide, peuplée à 99% de mâles britanniques, si l’on tient compte de la serveuse. Et bien quoi, les filles n’ont pas le droit de sortir ici… ? Nous serions nous trompés sur le genre de cet établissement, ou bien quelque chose d’autre encore… ?

 

Troisième nuit, camp mili… taire

 

Et bien c’était quelque chose d’autre. Le pub fermant à 11h30, nous ne l’apprîmes que le lendemain, lorsqu’au premier rayon du jour, ce fût une jeep de l’armée qui vint nous tirer des bras de Morphée et de nos duvets : « Sorry sirs, it’s a military place here, you can’t stay ! » Oui, c’est à Larkhill que se trouve l’Ecole Royale d’Artillerie, au beau milieu de laquelle nous avions installé notre bivouac. Réveil en fanfare, donc, mais honnêtement, je ne pense pas que ces messieurs de Saint Cyr auraient réagi différemment. Et si pareil cas se présentait, j’aimerais qu’ils soient aussi courtois que ces bons militaires britanniques le furent.

 

Avantage de ce lever matinal, nous sommes ainsi arrivés dès l’ouverture de Stonehenge pour la visite, profitant d’une très belle lumière et d’un site dégagé de la foule qui ne tarderait pas à suivre. Visite assistée d’un système de guide audio, très agréable, sans personne alentour, toutes les conditions étaient donc réunies pour entamer le safari photo à la recherche du corbeau qui vint réveiller Corto, endormi dans ce lieu par un matin brumeux de 1917…

 

Pour être honnête, ce n’est pas de le trouver qui fut le plus dur, mais de lui demander de garder la pause le temps que mon appareil HP850 Smart daigne faire la mise au point et prendre le cliché… Mais avec un peu de persévérance, on arrive à tout.

 

Nous quittons donc Stonehenge vers 10h30, alors même que les cars nippons commençaient à déverser leur flot de maniaco-photographes, autrement mieux équipés que nous ! La leçon involontairement donnée par les vaillants soldats de sa Majesté est bien enregistrée : le réveil à l’aube est la meilleure des armes pour éviter la foule touristique… Puisque nous ne sommes pas les bienvenus à Larkhill et que nous avons vu tout ce qu’il y avait à voir dans le coin, nous profitons donc d’avoir encore toute la journée devant nous pour filer directement vers la Cornouailles, vers les terres de naissance du Roi Arthur. Et comme notre carte d’Europe ne nous donne guère de renseignements sur les meilleurs spots de bivouac à proximité de Tintagel, nous optons pour une destination en fonction de son nom : Port Isaac.

Et nous ne sommes pas déçus. Il s’agit d’un minuscule village de pêcheurs, encaissé au pied des falaises qui constituent ici le littoral atlantique.

 

Rien de mieux ici qu’écouter, une pinte de bière à portée de main, les goélands disputer aux corbeaux leur suprématie en ces lieux, attendre que le soleil cède la place aux autres étoiles et regarder la mer qui se retire en imprimant aux bateaux du port un doux roulis qui nous entraîne dans de profondes méditations, que les non-initiés prendrait sans doute pour de vagues somnolences…

 

Quatrième nuit… « nominale » !

 

Après l’incontournable fish & chips, si cher au cœur de nos voisins d’outre-manche, renforcé par quelques spécialités des mers locales, nous rejoignons le camping dans la bourgade voisine, elle aussi choisie sur titre : Delabone. Pardon, Delabole ! Accueil charmant, eau courante, électricité, une vue incomparable sur le bocage qui nous fait face, pas de voisin à l’exception d’un jeune père avec ses trois enfants, toutes les conditions sont donc « nominales », comme on dit au centre spatial de Kourou, pour que notre lancement vers l’espace onirique se déroule sans accroc.

 

Ainsi en fut-il, et c’est donc plein d’entrain que nous nous retrouvions le lendemain matin de bonne heure au pied de la falaise (!)sur laquelle s’élevait jadis le Château de Tintagel. Jadis, parce qu’il y a bien longtemps qu’il ne reste de tout ce bel ensemble que des ruines, au sein desquelles en 1917 l’état major allié tenait conseil, inconscient du danger rôdant à deux pas, ou peut-être deux yards, ou deux miles… sous les traits d’un sous-marin allemand. C’est bien sûr Corto qui déjoua le traquenard, démystifiant la belle espionne qui agissait pour le compte du Kaiser, détruisant le sous marin à l’aide d’un simple remorqueur trouvé sur place, et repartant de là avec pour seul compagnon le corbeau qui l’avait entraîné dans cette aventure… Notre visite fut plus calme, et si les espions à la solde de l’étranger rôdent encore, peut-être est-ce pour percer la recette de ces succulentes « pasties », tourte de fabrication locale, dont nous nous régalâmes au sortir de l’excursion. A moins qu’ils ne cherchent à comprendre où sont passés tous ces marins d’alors… C’est à Padstow,  autre petit port de la région où nous avions décidé de passer l’après-midi, que nous sont apparus quelques éléments de réponse à cette deuxième question. Le port de plaisance est en effet le centre d’une intense activité. Les bateau de passage ont coutume de s’y arrêter pour faire le plein d’eau, de victuailles et de bières, de petites embarcations à moteur emmènent les touristes en ballade sur le « Camel » qui se jette un peu plus loin dans la mer, le Jubilee Queen effectue d’incessantes navettes entre l’une et l’autre rive de ce « chameau », tout ceci au milieu d’une foule nombreuse qui prend le soleil et quelques pintes assise à califourchon sur la margelle du port. Si l’on ajoute à cela les larges plages de sable fin (") qui bordent cette embouchure, Padstow est un endroit tout à fait charmant où nous serions bien restés un peu plus si Corto ne nous avait appelé plus loin.

 

 Nous reprenons donc la route dès le lendemain pour Holyhead, tout au nord du pays de Galles, face à Dublin, d’où nous prendrons à pied le ferry pour aller chercher en Irlande la trace de Patrick Finnucan, Banshee O’Danann, du major O’Sullivan, et de tous les autres protagonistes du « Concert en O Mineur pour Harpe et Nitroglycérine ».

 

D’Holyhead, pas grand-chose à dire, sinon qu’avec une heure de temps libre avant d’embarquer, nous pensions prendre le temps de visiter la ville. Mais voilà, les rencontres fortuites sont de celles qu’il ne faut pas esquiver, et Yvonne (« French Name, isn’t it ») et ses trois enfants nous retinrent pour une demi-heure de discussion à bâtons rompus sur le récent transfert du jeune footballeur prodige Wayne Rooney vers Mancherster pour 27 millions de £ en même temps que sur le chômage qui les marque tous les quatre, avec son lot d’incertitudes et de dérives, comme celle qui leur faisait trimbaler deux énormes pack de bières dont l’un d’eux semblait particulièrement apprécier la saveur… C’est lui d’ailleurs qui m’a donné l’impression de vivre de manière presque réelle l’une des scènes de Corto en Irlande, lorsqu’à l’image d’un des partisans du Sinn Fein croqué par Hugo Pratt, il s’est mis à invectiver à grand renfort d’injures un policier qui passait par là !

 

Vivement l’Europe sans frontières...

 

Hasard ou coïncidence, nous avait-on repéré en compagnie de ce jeune réfractaire à la vue d’un uniforme… ? Toujours est-il que notre passage en douane avant de prendre le bateau fut à son tour marqué par une mésaventure fort dommageable pour l’idée que nous nous faisions de l’image du policier anglais… Envisageant de prendre collation sur le pont supérieur du navire, nous étions donc équipés de tout le matériel propre à remplir ce projet. Eau, vin, pain, saucisson, fromage, fruit… j’en passe, mais également les indispensables couteaux qui nous permettraient de découper de fines tranches de saucisson pour agrémenter nos sandwichs. Oui mais voilà, « a knife is a forbiden weapon in UK… » Nous représentions un danger certain avec nos opinels, aussi nous fut-il formulé ce choix : les abandonner à la destruction promise par les détenteurs de l’autorité publique dans cette zone internationale du port, ou ressortir avec, rater le bateau et ne pas manquer de nous faire arrêter par le policier qui nous faisait face, pour détention illégale d’arme sur le royaume de sa Très Gracieuse Majesté. Que croyez vous que nous fîmes… ? Dépourvus de glaives, nous mangeâmes le saucisson à la petite cuillère!

 

Suite des aventures Celtiques à Dublin...

 
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