6-11 Mars, Hué, ancienne capitale impériale du Vietnam


La suite de ce voyage, finalement, après maintes tergiversations sur le parcours à adopter, se déroule à Hué, où j’avais déjà pris contact avec Blandine, bénévole au sein de « La Boulangerie Française », une initiative de formation professionnelle adossée à un orphelinat local dont j’avais fort envie de parler. Je m’en suis donc allé de Hanoi par le train de nuit, couchette dure troisième étage (sous la climatisation qui fonctionne à fond, le moins cher…) pour arriver le lendemain matin à Hué. J’ai entre temps pu approfondir ma pratique de l’allemand, puisque, une fois n’est pas coutume, je n’étais pas le seul étranger dans ce wagon couchette. Un couple d’allemand faisait également l’objet de la curiosité des voyageurs locaux. Ce ne fut pas Along, non, mais ce ne fut pas Verdun, seulement l’heure où l’on regrette d’avoir manqué l’école (et particulièrement les cours de germain !)


En train, c'est mieux

Si Haila’er m’avait saisi dès la descente d’avion par la température "époque glaciaire" qui y régnait, ce fut une toute autre affaire en descendant du train, à la chaude moiteur s’ajoutant les 13 heures dans une ambiance hautement climatisée. L’été s’annonce enfin ici de manière très nette, et ce n’en est que plus agréable. Le temps de trouver un hôtel, j’appelle aussitôt Blandine qui me donne rendez-vous pour le lendemain matin –7h00…!– au point de vente touristique de la Boulangerie. Coup de chance, je loge à deux pas. Dans une chambre dont l’odeur moisie ne devrait d’ailleurs pas me retenir bien longtemps après une nuit passée là. J’ai du coup pour moi toute une après-midi, que je décide d’aller passer du côté de la Citadelle qui fit la gloire de Hué et qui constitue aujourd’hui l’un de ses nombreux centres d’attraction. Le céom (moto taxi) que j’attrape pour m’y emmener préfère me montrer d’autres coins bien plus intéressants, où qui plus est il ne me sera pas demandé de payer, alors que la citadelle, « expensive, pas bon ! » Va pour la ballade improvisée, je n’ai de toute façon rien de vraiment programmé, et puis qui sait, peut-être ses intentions sont-elles vraiment de m’initier aux richesses du patrimoine local ? Autant le dire tout de suite, oui et non… Ou plutôt, oui mais pas que ! J’ai donc le droit à la visite d’un temple très joli où un célèbre moine bouddhiste prêche à l’instant même une retraite pour un armée de bonze (et de bonzesse) venus des quatre coins du monde, d’un bunker très joli aussi, héritage de la présence américaine, qui a l’immense avantage d’offrir un superbe point de vue sur la Rivière Parfumée (l’art de la guerre, ce que c’est tout de même…) en même temps qu’un coin tranquille aux jeunes de Hué pour « Boum boum… très bon ! » (je n’ai rien vu, mais l’œil égrillard du chauffeur me laisse à penser qu’il sait de quoi il parle !) et pour finir du Tu Duc, ancienne maison de campagne des empereurs locaux, qui, un peu retapée, bien arrangée, ferait une très agréable résidence secondaire j’en conviens… Pour cette dernière il faut payer un peu quand même, et comme je n’ai manifestement pas l’air bridé, c’est le tarif foreigner qui m’est appliqué (55.000 Dongs contre 20.000 pour les locaux, c’est rageant ! mais au final cela ne représente que 2,5€, il faut bien contribuer à l’entretien du patrimoine local) Outre une très agréable visite en cette belle fin de journée, Tu Duc m’offre également l’occasion de rencontrer une Vietnamienne bouddhiste exilée depuis 1976 à Rennes, au contact de laquelle j’apprends beaucoup tant sur la conférence que je viens de quitter (il s’agissait d’un maître exilé à Bordeaux depuis plus de vingt ans, qui revenait avec tout un aréopage de fidèles dévoués pour la première fois dans son pays qu’il parcourt de long en large depuis quelques mois, prêchant ici et là la bonne parole du Bouddha) que sur le temple que nous visitons et sur les conditions de vie des orphelins de Hué, pour lesquels elle a notamment sacrifié son travail à Rennes… Ce qui me ramène presqu’automatiquement à mon rendez-vous du lendemain matin… Enfin pour être précis, c’est la moto taxi qui me ramène, et me demande 300.000 dongs, quand j’envisageais de lui en verser 60.000 ! Nous transigeons à 120.000, et j’ai encore l’impression de n’avoir pas été assez âpre dans la négociation. Mais c’est ainsi qu’on apprend. J’en arrive donc, après une nuit climatisée (pour tuer dans l’œuf cette putrescente odeur…) à mon rendez-vous, dans la boulangerie d’à côté, qui se trouve faire également hôtel. J’y arrive donc à 7h00 du matin avec armes et surtout bagage, je perds deux dollars sur le prix de la chambre mais gagne infiniment plus en qualité. Et rencontre enfin Blandine, qui arrive les bras chargés de sa livraison quotidienne de petits pains, croissants, baguettes… Le petit déjeuner savouré, nous allons visiter l’atelier de production et les futurs locaux en construction, un ensemble bien organisé qui donne à quelques jeunes défavorisés de Hué la possibilité de s’en sortir en apprenant les métiers de la Boulangerie. (Lire l’article)


La Rivière Parfumée


L’après-midi, je me rends –à pied ! – à la citadelle, afin notamment de visiter la Cité Pourpre, ancien logis de l’Empereur du Vietnam. Encore une fois je ne suis pas déçu. Le site est vaste, bâti sur le même principe que la célèbre Cité Interdite de Pékin, moins bien conservé toutefois, quelques tornades ayant achevé le travail de destruction déjà bien entamé par les bombardements américains à une époque pas si lointaine… Mais il plane dans ces lieux un air de tranquillité, de liberté, que peu de sites plus touristiques n’offrent plus. L’on peut ici aller à droite et à gauche, derrière comme devant, les herbes folles poussent un peu partout, les gardiens surveillent le visiteur d’un œil et leur cane à pêche de l’autre, quelques bâtiments fermés au public pour réfection (et l’ouverture ne semble pas prévue pour demain…) offrent malgré tout un décor propice à la flânerie, poussent à imaginer ce que fût la vie dans cette cité, et pour peu que l’on s’éloigne un peu des sentiers d’herbe foulée, on tombe nez à nez avec des maisons aussi désertes qu’authentiques… Bref, une manière bien agréable d’attendre qu’arrive le crépuscule, que j’avais décidé d’accueillir sur le bord de la rivière « parfumée », à l’odeur naturelle de laquelle se mêlaient mille effluves de fruits, d’épices, et parfois de poissons aussi… en cette clôture de marché qui s’y était tenu toute la journée.


Ce 9 mars, je me suis levé aux aurores (5h30, c’est pas des vacances, le Cortour !) pour aller rendre visite à mes apprentis boulangers au moment où ils sortaient leur production quotidienne du four, et je profite de cette longue journée pour préparer activement la suite du périple… Encore un ou deux jours à Hué, puis je prendrai le train vers Hô Chi Minh Ville d’où je gagnerai le Cambodge en quelques jours, empruntant pour ce faire le bus et pour quelques encablures le bateau pour remonter le Mékong. Il paraît que ça vaut le coup…


Avant cela, il me reste une paire de jour à passer là, que je vais succinctement narrer, puisque c’est un peu ça la magie du direct, on peut dire aujourd’hui quand on est déjà demain, et raconter demain quand on est en fait après-demain… Car pour tout dire, je reprends le fil de ce récit depuis Phnom Penh, finalement arrivé après quelques modifications sur le programme envisagé, c’est aussi ça le direct, mais n’anticipons pas !


Le charme de la Cité Impériale


Je résumerais donc les deux jours qui ont suivi mon dernier point sur le cortour (le 9 mars, rappelez-vous, ou remontez de quelques lignes) en centrant essentiellement sur deux rencontres. La première, dans un bar (« tiens, mais qu’allait-il donc y faire ???») belge (« vous m’en direz tant…») avec Bruno, le patron, arrivé de Knock (« où..? » oh, zoute, à la fin !) il y a deux ans, et dont la bière est aussi agréable que la conversation, le ton de celle-ci peut-être un peu plus amer que le goût de celle-là lorsqu’il est question du Vietnam. La bière locale passe beaucoup mieux que la consommation modérée des locaux, « avec lesquelles il n’est pas question d’envisager de faire fortune… » Dans une ville assez touristique heureusement, la population étrangère est assez nombreuse, et donne l’occasion à notre tenancier d’arrondir le CA en fin de mois. Notons au passage, ce n’est pas la moindre de ses qualités, qu’il est fan de Tintin, dont les gravures "originales" (version Vietnam…) ornent les murs et ramènent le touriste occidentale à une culture qu’il connaît mieux (exception faite de la couverture de "Tintin au Vietnam" qui reste quand même une surprise pour les tintinophiles néophytes !) Bref, un agréable lieu de détente, dans lequel j’invite bien sur chaque visiteur de Hué à se rendre pour un ¼ d’heure de calme, un ½ de bière, et 1 discussion en français : le B4, rue Ben Nghe, vous ne pouvez pas vous tromper, c’est tout au bout sur le trottoir de gauche, en venant du nord…

Autre rencontre, dans une autre ambiance mais tout aussi intéressante, celle d’Isabelle et Antoine, couple français résidant à Hué depuis quelques années. Isabelle était jusqu’il y a peu missionnée par le Ministère français de l’Agriculture pour une mission de coopération avec le ministère correspondant ici. Antoine, quant à lui, est responsable de la mission de coopération décentralisée engagée par la Région Nord pas de Calais auprès de la Province vietnamienne de Hué. Il gère à ce titre un remarquable programme de restauration, préservation et mise en valeur du patrimoine architectural de Hué, ville au riche passé et au potentiel non moins estimable dans ce domaine. Une des ses intentions serait notamment de restaurer une très belle ancienne demeure de la ville pour la confier à la Boulangerie Française, qui bénéficierait ainsi d’une vitrine à la hauteur de la réputation que s’est taillée cette association depuis sa création (cf article). Ce sont eux qui me conseillent, pour rejoindre Phnom Penh depuis le Vietnam, de prendre à Saigon un tour organisé comprenant un tour en bateau dans le delta du Mékong, le bus jusqu’à la frontière, puis une nouveau voyage sur le Mékong côté Khmer, jusqu’à la capitale royale. Et c’est exactement ce que je m’apprêtais à faire en quittant Hué pour Saigon, en train, ce samedi 12 au matin…


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Revenez sur vos pas vers la Baie d'Along

Prenez le train vers Phnom-Penh


 
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