3 Février, ShenYang, Capitale provinciale du Liaoning
Cinq heures de train, assis dur toujours, 72 yuans, plus de quoi effrayer le voyageur. Toujours la même surprise au démarrage toutefois, en voyant ces vastes hall d’attente remplit d’une immense foule de voyageurs chargés de multitudes de paquets, partis le plus souvent rejoindre leur famille pour les prochaines fêtes du Nouvel An chinois. Dès la consigne donnée par les agents de la SNCF locale, tous se lèvent d’un même élan, et jouent des coudes pour être le premier en tête de la file qui bientôt accèdera au quai, dont chaque billet aura préalablement été contrôlé par les agents à cette mission affectés…
Une fois dans le train, c’est un autre genre de surprise, pour l’instant tenace : les bagages rangés et les arrières trains calés, on mange. On déballe tout ce qui se trouve dans des sacs prévus à cet effet, et on mange. Et quand il n’y a plus rien, s’il n’y a pas eu assez, on interpelle les marchands ambulants qui vont d’un bout à l’autre du train le panier remplit de victuailles afin de remettre ça. Et ce qui doit arriver inévitablement arrive : le ventre plein on somnole. Rares sont ceux qui privilégient le dormir sur le dîner…
Et finalement le temps passe vite… A deux heures, comme annoncé, le train rentre en gare de ShenYang. Il semblerait que dans l’apparent désordre de ces gares, la ponctualité soit une vertu dont certaines entreprises que nous connaissons pourraient s’inspirer…
De nuit, ShenYang n’est pas très engageante. Ayant prévu de repartir le surlendemain, je ne vais pas très loin pour trouver un hôtel. A deux cents mètres sur le côté de la gare, c’est très pratique quand on est chargé et qu’on ne sait de toute façon où aller. Pour le calme en revanche, ce n’est pas la meilleure solution ! A retenir à l’avenir…
Au matin, le désormais traditionnel petit-déjeuner me remplit d’aise et la vue directe sur la rue me laisse penser qu’il fait sans doute moins froid ici qu’à Ha’erbin. Je ne me suis pas vraiment trompé, mais de beaucoup. Il fait –18 ! C’est mieux ! C’est en tout cas suffisant pour aller visiter le Gugong, Palais impérial construit au XVIIème siècle, qu’occupaient l’empereur et sa suite lorsqu’il venait en visite dans les provinces du nord. C’est une Cité Interdire en plus petit, deux ou trois heures de visite en tout cas, en pressant un peu le pas à cause du froid.

En pressant d’autant plus le pas vers la fin qu’une musique très particulière m’attire à mesure que je reviens vers l’entrée. Dehors, sur une estrade en plein air, par –20° dans la nuit tombante, accompagnés d’un orchestre d’instruments à corde et de cymbales, deux acteurs encostumés et maquillés donnent pour un parterre de badauds émerveillés une pièce de théâtre chantée dans la plus pure tradition chinoise. Il fait froid, mais c’est beau…
Et Corto dans tous ça. Ici ou précédemment à Ha’erbin, honnêtement, pas facile de retrouver grand chose qui évoque encore l’univers graphique de Pratt, des ambiances qu’il évoque ou des personnages qu’il campe. Tout à tellement changé ces dernières années ! D’une certaine manière, j’imagine que c’est la meilleure des chose qui puisse arriver que de commencer par ce pays, sans doute celui du parcours qui a le plus évolué. La quête n’est pas facile, et bien c’est normal, c’est n’est que le début, la suite apportera sans doute son lot de réponses, à son heure !
Le chemin du retour me donne l’occasion de réviser mon jugement de la veille sur le fameux Monument au Contrôle des Crues… Au milieu de la Place Zhongshan, à deux pas de l’hôtel (enfin deux pas, ici encore tout est relatif dans cette petite ville de 7 200 000 habitants…), trône une statue de Mao, figé en haut d’une obélisque de 20 mètres dans une attitude conquérante, port altier, main dressée, surplombant dans toute sa superbe les représentations plus réduites de toutes les catégories sociales de la Chine d’alors, militaires, ouvriers, paysans, tous ces gens qui devaient tant au Grand Timonier. C’est sur cette image de la ville, qui –exception faite du Palais– ne m’a de toute façon pas emballé, que je m’apprête à quitter ShenYang le lendemain matin en direction de Dalian.
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