9-15 Février, Shanghai, la ville qui pousse plus vite que son ombre


Les amis de mes amis sont mes amis… Tant pis pour eux. Quand ça va commencer à se savoir, je ne vais peut-être plus en avoir beaucoup, alors j’en profite. A Shanghai, fort du numéro de téléphone que m’a passé Olivier (mon ami), j’appelle Nicolas et Véronique (ses amis…) pour solliciter une hospitalité qu’ils m’offrent avec générosité : « Si c’est Olivier qui te recommande… » Ca y est, je tiens un sésame, que j’essayerai de resservir à l’occasion ! Et hop, de nouveaux amis... Je bénéficie ainsi à nouveau pendant quelques jours d’une famille d’adoption, confort appréciable pour le voyageur coupé de tout, des siens, de ses repères… Mais bon, ça va, je tiens le coup, pour le moment !

Chez les Fournier, trois enfants de 5 à 10 ans me laissent songeur devant leur aisance naturelle à lire et parler le chinois. Tous trois nés à Shanghai et grandissant sur les bancs de l’école publique ont donc appris simultanément le français à la maison et le chinois à l’extérieur. Il semblerait que cette double aptitude développe un peu plus encore les facultés d’éveil et de vivacité dont ils semblent déjà naturellement dotés… Je sais par exemple maintenant que la trentaine est une date limite pour se marier, et j’ai compris malgré les conseils et la patience de Marguerite que je ne suis pas près de savoir lire le Mandarin…

Carte de Shanghai (cliquer pour agrandir)

Shanghai ne se limitant ni à leur maison ni au parc dans lequel se trouve leur résidence, je pars à la découverte de ces quartiers contrastés du Bound, du vieux Shanghai, du Pudong ou de Nanjing Lu… Première mission ce 10 février, m’assurer qu’il existe un bateau qui remonte le Yangzé depuis Shanghai, ainsi que l’indique le Lonely. Ayant expérimenté l’évolution rapide de l’offre par rapport aux indications mentionnées dans ce Guide vieux de seulement deux ans, j’avance avec circonspection… Et je ne suis pas déçu, puisqu’on me répond aux guichets qu’il n’existe plus de ferry depuis bientôt… deux ans ! Pas déçu pour… deux sous, je profite d’être sur les quais au sud de la ville pour remonter à pied vers le centre, vers la très réputée Nanjing Road, artère piétonne et commerçante, Champs Elysée à la chinoise, qui ressemblent aux nôtres comme de Gaulle à Mao. Question de culture. Mais n’anticipons pas. Des bords du Huangpu Jiang où je me trouve, je remonte vers le nord, à la recherche d’un improbable office du tourisme que la carte annonce, en me perdant dans les ruelles du vieux Shanghai (dont parle mon Guide, comme quoi !)

D’office point, mais une population de plus en plus dense arpente les rues de plus en plus étroites, et je débouche tout à coup dans Fuxing Gonglu, bondée de passant, de marchand de tout (et de rien). On avance à touche touche, on se presse à pas lent, et moi qui déplorait de n’avoir pas vu la foule depuis le départ, hormis dans les gares…, j’en prends un premier vrai bain avec délectation. Fuxing Gonglu et les ruelles alentours forment un cercle qui représentent aujourd’hui les limites de l’ancienne ville de Shanghai, du temps où les seuls chinois habitaient encore la cité. Un peu plus haut sur la carte, à proximité de la rivière, le quartier du Bund (en anglo-indien littéral : "berges boueuses") représente à l’heure actuelle une promenade très prisée tant par les touristes que par les habitants de Shanghai. D’un côté se pavanent les bâtiments coloniaux qu’y ont construits les occidentaux pendant la première moitié du XXème siècle, et dont la magnificence laisse imaginer ce que fut la ville aux riches heures des concessions… De l’autre, par delà le Huangpu Jiang, se dresse le quartier du Pudong, vision moderne de la ville, pour ne pas dire de la Chine, avec sa multitude de tours et de building dont l’impressionnante concentration commence à poser un problème d’enfoncement du sol. Et Venise se sent moins seule !

Deux visions de la ville

Malgré le temps maussade, pour ne pas dire franchement triste, ces "bords de l’eau" conservent un attrait significatif pour les gens de passage, les familles en promenade, les amoureux énamourés, et chacun se laisse prendre en photo devant le panorama du Pudong. Ou, seconde option, avec le barbu de service qui doit être une autre attraction touristique… En moins d’une heure sur la "croisette", je suis en effet sollicité plusieurs fois pour le cliché souvenir en compagnie variée, symbole peut-être du raffinement français, ou plus probablement de la rudesse des temps passés… Va savoir.

Les rues commerçantes de Shanghaï

Rentré à ma pension de famille, j’y fais la connaissance de Sœur Thérèsa, religieuse chinoise de 82 ans, que les évènements de 1949 avaient poussée à l’exil comme beaucoup de ses semblables. Tour à tour envoyée par sa congrégation au Japon, aux Etats-Unis, en France, au Canada puis momentanément en Chine, cette formidable femme raconte aux enfants que nous sommes tous tout coup l’histoire de sa famille, la rupture avec la Chine, la découverte d’autres cultures, la nostalgie qui submerge aux moments inattendus, le retour après maintes années et les poignantes retrouvailles, les voyages qui se succèdent et le besoin de finir pas se poser… Si la valeur n’en attend pas toujours le nombre des années, celles-ci ne nuisent pas forcément à celle-là, comme cette sœur nous en donne l’exemple par son humour, sa forme et sa vitalité. Thérèsa quitte en effet la Chine le lendemain, pour quelques semaines au Japon, avant de repasser par la Chine pour se rendre ensuite au Canada… Finalement le Cortour, c’est presque de la rigolade… !


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Et puisque j’en suis à m’émerveiller devant la santé des chinois, je rencontre le lendemain Monsieur "John" Zhang Jing Die, qui n’a que 81 ans, mais les porte admirablement bien aussi. Enseignant à la retraite, il met depuis lors tout son temps et son énergie à servir de lien entre les associations d’expatriés de Shanghai, bienfaitrices qui ont parfois du mal à trouver leur "public", et les pouvoirs publics qui peuvent indiquer les personnes les plus démunies et le type de secours dont elles ont besoin. Une des actions qu’il a notamment mis en place consiste à parrainer des étudiants qui n’ont pas les moyens de financer leur scolarité. Son travail et son dévouement me semblant véritablement intéressants, il m’apparaissait utile de lui apporte un soutien à la mesure de nos possibilités. (lire l’article)

Que dire encore de Shanghai… Que j’y ai fait ma première expérience de pluie en Chine, mais ce n’est pas très positif… Que je renoue avec une contrée où les gens parlent un peu plus anglais qu’auparavant, mais est-ce très positif…? Que le quatrième soir qui suit le réveillon chinois, la tradition reprend le pas sur la modernité ? Ah oui, ça c’est bien. Surtout lorsqu’on ne s’y attend pas ! Ainsi quatre jours après le Nouvel An, c’est le jour des offrandes à Bouddha, et c’est donc encore une fois l’occasion de féeries multicolores dans le ciel, de pétarades sans fin dans les rues et jusqu’aux façades des immeubles (si si, des guirlandes de pétards accrochées au 25ème étage d’une tour, c’est possible, et ça n’en fait que plus de bruit en se répercutant sur les façades des autres immeubles…). En clair, un second service pour ceux qui n’avaient pas sorti le nez de chez eux le soir du Nouvel An, et pour ceux qui ne sauraient pas de quoi je veux parler, ce reporter à ceci.

Shanghaï aujourd'hui... enfin hier!

Dernière visite enfin, qui permet de prendre réellement conscience de l’ampleur des mutations de Shanghai : celle du musée de l’Urbanisme. Sur trois étages sont présentées les trois phases du temps : Hier, Aujourd’hui & Demain. Hier, c’est depuis toujours, et jusqu’à 1995… Pour exemple, le quartier de Pudong, en face du Bund, un peu comme notre quartier de la Défense à Paris, mais en… grand !, n’existait pas il y a dix ans. Aujourd’hui, c’est un panorama de Shanghai ces 5 dernières années, la rénovation des quartiers anciens, les bâtiments coloniaux classés… Et Demain, c’est toute une série de travaux en perspectives, quelques quartiers rasés pour accueillir l’Exposition Universelle de 2010, un gigantesque port offshore…Et demain, c’est vraiment demain, pas dans deux jours… J’imagine d’ailleurs que je ne retrouverais pas la même ville ni la même exposition dans ce musée si j’y retournais à présent !

Voilà mon Shanghai en résumé, c’est un peu court mais ce voyage impose malheureusement des étapes rapides, alors autant repartir sans regret vers Hong-Kong, où paraît-il le temps est plus clément ! Hong-Kong by train, bien sur, puisque les bateaux mentionnés dans le fameux guide n’existent plus, ni pour remonter le Yangsé ni pour descendre sur HK… C’est donc parti pour 27 heures de train, hard sleep, ponctués d’un passage de frontière et de longues discussions avec un couple de suédois qui suit en Asie un parcours assez proche de celui du Cortour, et qu’il ne serait donc pas impossible de recroiser ici ou là… A suivre

 


Continuez le Cortour à Honk Kong

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