29 janvier : Manzouli (frontière sino-russo-mongole)


Départ de Pékin par l'avion de 8h30. 6h, réveil, sac à dos paré, douche expédiée, petit déjeuner avalé, ne reste plus qu'à se couvrir, à mettre les chaussures et à trouver un taxi. Un lacet qui claque, c'est pas bon signe, et d’un... Heureusement c'est le pied gauche ! Le taxi (le second, puisque le premier refuse l'aéroport, allez comprendre) s'embarque sur l'autoroute, et nous voilà en plein bouchons, accident, et de deux... Finalement l'avion (non, pas trois, pas encore...) décolle, survole les superbes plaines de Manchouri, le désert de Gobi, et se pose, sans encombre, à Hailaer, 300 km sous Manzouli.

Première impression, en descendant de l'avion... Pas d’impression, juste le besoin vital de savoir comment respirer, par la bouche, par le nez ? Tout gèle automatiquement ! Autour les gens ne semblent pas s'en inquiéter, il suffit d'en faire autant, et cela ne dure que du tarmac au hall surchauffé de l'aéroport. Ca c'est une constante à laquelle il faudra aussi s'habituer : super froid dehors, super chaud dedans. Normalement, c'est le train qui est programmé pour rejoindre Manzouli, mais puisqu'un aimable chauffeur se propose de nous remonter en voiture, autant en profiter : 2h30 pour faire 300 km sur des routes verglacées dans une ambiance extérieure à -30 degrés, qui dit mieux ? En tout cas cela laisse le temps d'admirer les superbes paysages de neiges et de glaces, les immenses plaines de Mandchourie, les ânes croisés qui endurent autant que leur conducteur les bourrasques sibériennes, tout un univers nouveau qui ne demande qu'à se dévoiler.

 
La gare de Manzouli

Le temps aussi de réaliser que l'hôtel préalablement réservé se trouve non pas à Manzouli, mais à Hailaer, la ville a l'instant quittée... Et de trois ? Non, toujours pas !

Le troisième incontournable petit problème de cette journée, le voici le voilà! Après avoir dûment réservé un petit hôtel pour la soirée, acheté le seul billet de train possible pour gagner plus tard Haerbin (le lendemain, 13h15, en `assis dur`, des quatre classes de train la moins chère puisque la moins confortable pour les 14 heures que doit durer le trajet...), après avoir négocié un taxi pour y aller, nous voici donc en route pour le lac « Hulun Hu » encore appelé « Dalai Hu », mais que les amateurs de Corto connaissent mieux sous le bien choisi nom de `Lac des trois Frontières`. Là repose encore peut-être l'or dérobé à l'amiral Kolchak par la belle Changaï Li pour le compte de la société secrète des Lanternes Rouges, qui devait ainsi permettre de financer une révolution pan-asiatique contre toutes les puissances étrangères envahissantes.

« Vous devriez vous couvrir », prévient la réceptionniste de l'hôtel, « il y fait froid » ! Ouais, j'ai vu à Haelar, c'est bon... Nenni, c'est pas bon, c'est froid, c'est même plus que ça, c'est frigorifiant ! Une demi heure sur ce lac gelé (un autre, ceux qui ont suivi comprendront...) et y a plus personne, plus de pieds, plus de mains, plus d oreilles... La ça y est, on le tient le trois !!!

 
La route du lac "des trois frontières"

Du coup, pas eu le temps d'aller voir sous la glace si le train volé s'y trouve encore, espérons qu’il n'y a rien à regretter ! Retour en hibernation, plutôt en Hibernatus, à l'hôtel, ou tout rentre dans l'ordre, les pieds, les mains, les orei... ah non, pas les oreilles, il en est une qui fait la sourde. Peut être un lointain souvenir de ce personnage de « Corto Maltese en Sibérie » (nous y sommes, en plein dedans !) que l'on nommait justement « Une Oreille » ! Lui n'en avait qu'une en effet. Ce qui n'est pas mon cas, puisqu' entre l'effet conjoint du gel et du dégel, la mienne a doublé de volume, ce qui n'est pas sans m'inquiéter, mais me vaudra dans le train de nombreuses marques de sympathie de la part de mes co-voyageurs... En près de 15 heures, on a le temps d'échanger, même sans se comprendre, et d'apprendre les recettes locales contre les enflements intempestifs du pavillon externe !

Le reste du séjour fut quelque peu obéré par ce traumatisme... Il ne me semble pas avoir croisé à Manzouli quiconque qui ressemblât de près ou de loin à un marin de Venise, Londres ou bien Malte (quoique... il faudra attendre le développement de certains négatifs pour en avoir le coeur net), mais déjà une foule de visages aux traits marqués (à cheval, c'est le cas de le dire, entre la Chine, la Russie et la Mongolie, imaginez un peu...) et une ambiance à dix milles lieues (environ) de celle de Pékin...

C'est donc le coeur léger d'une première étape accomplie que je prenais le train pour Haerbin, bien qu'appréhendant un peu les quinze heures en "assis dur" ! J'y suis, tout s'est bien passé. Nous tombons en plein Festival des Glaces, ça change de celui de la BD d'Angoulême, il faut que j'aille voir ça !


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