7 Février, Lüshün, ex Port-Arthur, « zone militaire sensible » !
Plusieurs solutions semblaient envisageables. Le train, départ à 6 heures de la gare de Dalian. Mais me laissera-t-on acheter mon billet ? Le taxi. Mais acceptera-t-il de me conduire là-bas, ou plutôt, s’il accepte, pourrais-je une fois sur place visiter les sites concernés ? Les bus touristiques, mais ils semblent plutôt réservés aux asiatiques, selon les indications du Lonely… Les chinois concertés restent bien évasifs sur la question, aucun n’étant véritablement en mesure d’apporter une réponse claire sur la doctrine qu’appliquent ces temps-ci les responsables de la Sécurité Publique…
C’est encore une fois, et je l’en remercie vivement, Christophe Dreyer qui m’apporta la solution. L’Alliance ayant fermé ses portes pour les vacances, Christophe se propose donc de m’accompagner en voiture, pour me rendre service évidemment et parce que ce lieu chargé d’histoire n’est pas sans éveiller son intérêt.
Une heure de route séparent Dalian de Lüshün, que nous effectuons sans le moindre problème. La voie dite touristique, annoncée à péage, ne s’avère pas plus payante qu’intéressante, et c’est donc sans encombre que nous arrivons à Lüshün, dont une espèce d’obélisque annonce depuis quelques kilomètres la situation. Il s’agissait d’une tour, érigée au dessus de la baie de Port-Arthur, en commémoration de la victoire sur les japonais.
Au moment d’aller visiter ce site cependant, l’annonce du guide semble se vérifier… Désolé, pas possible pour les étrangers… Et cependant, sans qu’il nous soit nécessaire d’argumenter un seul instant, le garde barrière en réfère à sa collègue, et, puisque c’est le Nouvel An demain, puisqu’il y a bien peu de chance que le chef ne se pointe aujourd’hui, et bien va, nous passons. Du pied de cette tour nous avons en effet une vue superbe sur la baie, plus un calme extraordinaire puisqu’à l’exception d’un jeune couple, nul autre visiteur en ce jour. Il faut dire que le pays entier se prépare, en cuisines et dans les magasins, à la grande fête du soir…
superbe vue du poteau
Pour bien situer l’éminence stratégique du site, notons tout de même qu’en contrebas la baie se partage en deux hémicycles. Si l’un présente le cadre romantique de cyprès dessinant dans le soleil d’élégantes arabesques sur pentes verdoyantes qui descendent vers les flots, l’autre ressemble en effet étonnamment à une base navale… Il me semble toutefois que les puissances intéressées pas ces données cruciales disposent déjà de tous ces renseignements par l’entremise de leur multiples satellites. Je ne tirerai donc aucun profit des quelques clichés volés en ce lieux !
Nous arpentons donc deux heures durant les abords de Lüshün, où reste entretenue la trace des longs affrontements que se livrèrent en ces lieux les deux puissances ennemies, Japon et Russie. Ce sont les nippons les plus mauvais, si j’ai bien compris…Des deux côtés toutefois, ont fit montre d’une grande constance pour se positionner sur des hauteurs éminemment stratégiques, qui désormais offrent surtout de magnifiques points de vue sur toute la région. Ah… le génie de la Guerre !

Quand les canons russes s'opposaient aux obus japonais
Nuit du 7 au 8 février, la guerre, justement !
Tout semblait bien calme sur le chemin qui nous ramenait vers Dalian… C’était évidemment celui qui précède la tempête ! J’avais déjà entendu ici ou là quelques pétarades dans Dalian qui laissaient présager d’une intensification des combats à mesure qu’approcherait la nuit, mais rien ne prépare vraiment à ce qui devait suivre. Vers 9h00 (PM) des déchaînement à tous les coins de rues, que je croyais déjà être l’apothéose. 10h00, de plus en plus fort, des ribambelles de pétards, des explosions de feu d’artifices, des couleurs, de la fumée, du bruit, partout. C’était l’apothéose… 11h00, le calme se fit, je décidais d’aller manger, pénétrant dans un restaurant désert où l’on m’accueillit avec grande civilité, mais où l’on me servit l’addition en même temps que le plat, ce qui était un signe très net du désir qu’avait chacun d’aller vaquer à d’autres occupations… Je tente en rentrant le détour par un petit bar qui, sous mon hôtel, m’accable de décibel chaque soir depuis que j’ai pris pension ici. Une charmante hôtesse, vraiment charmante…, m’informe qu’il s’agit, pas de chance, d’une soirée privée, jusqu’à minuit… J’en serai quitte pour repasser, si la situation n’évolue pas d’ici là.
Nouvel an chinois dans les rues de Dalian.
A l’hôtel, je prépare mon sac pour le départ du lendemain, quand tout à coup… tout à coup… les explosions sporadiques auxquelles tout reporter de guerre doit finir pas s’habituer redoublent, triplent, décuplent… Bref, il est minuit, et c’est toute la ville qui s’embrase d’un seul et même feu de bengale, d’une pure folie pyrotechnique, d’un crépitement incessant…Cinq, dix minutes, un quart d’heure… C’est maintenant l’apothéose ! Ce qui ne signifie pas que plus rien ne se passera après, mais rien d’aussi gigantesque, c’est à peu près certain. J’en suis là de mes réflexions quand sonne le téléphone. Qi Bin, qui ne m’oublie pas, m’invite à le rejoindre dans le hall de l’hôtel pour fêter avec le personnel de nuit ce Nouvel An Chinois.
Le Hall…Du plafond pend un lustre en cristal qui illumine d’un air solennel le vaste espace. Au sol, aux murs, au plafond, du marbre. Sur le sol, un vaste drap blanc, sur le drap une table basse, sur la table des monceaux de victuailles. Autour de la table quatre fauteuils, sur les fauteuil une demi douzaines d’employés, un directeur de l’hôtel, deux serveuses, un client japonais qui rentrait un peu tard et assez fatigué, Qi Bin, et moi. Entre les canapés des cartons de bouteilles de bière, il suffit de tendre le bras. Voilà, le décor est posé. Il suffit de connaître ce mot, « kambé », astucieux mélange de « santé » et « cul-sec », pour imaginer que la nuit fût douce dans les bras, pardon, les draps de l’Empereur !
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