17- 24 Février, Hong-Kong, dernier casse-tête chinois…
Est-il chose plus agréable que de quitter une ville froide et pluvieuse (Shanghai) et de se réveiller quelques heures et quelques centaines de kilomètres plus loin au cœur d’une ville qui sent bon le sud, la chaleur et l’humidité tropicale (Hong-Kong). Certains penseront sans doute que la chaleur humide, merci bien, qu’un bon froid sec, à tout prendre, est préférable, et qu’on supporte mieux de se couvrir un peu que d’être en nage toute la journée… J’invite ces personnes à se rendre à Manzouli pour éprouver la valeur de leur jugement ! Et puis, il suffit de savoir, pour couper court à ce débat, que « le soleil était resté dans mes valises » (attention, grosse référence cinématographique..!), et que ce qui me semblait être le temps paradisiaque dont je rêvais n’a finalement duré que le temps de mon arrivée. Jusqu’au jour de mon départ, le ciel fut ensuite uniformément gris, et le fond de l’air assez frais, voire glacial pour les gens du crû qui n’ont que rarement la chance de bénéficier d’un entraînement de choc comme celui que je venais d’endurer... Bref, il n’a pas fait le temps espéré, mais à m’étendre ainsi sur la pluie et le beau temps, l’on pourrait croire que rien ici ne m’aurait marqué…
Faux ! Tout, au contraire, fut source pour moi de surprise et de dépaysement. A deux titres. L’européen qui débarque pour la première fois est forcément pris par la nature des lieux, audacieux mélange de chinoiseries traditionnelles et de clinquante modernité, de verdure et de building, de hauts et de bas, "d’expats" et de "bridés"… Mais plus encore, le voyageur qui vient de traverser brièvement la Chine est immanquablement frappé par la civilité ambiante qui semble imposer ses lois à la ville. L’on ne crache ni n’éructe, pas dans la rue en tout cas, les taxis s’arrête où ils ont le droit de, comme les piétons qui traversent bien dans les clous, à "bonhomme vert" uniquement, presque pas un papier sur le sol… D’où qu’on vienne en quelques sortes, on sait qu’on est ici ailleurs !
Hong-Kong et la Chine.
Est-il besoin de rappeler que le territoire de Hong-Kong, ancienne possession britannique est retourné dans le giron de la République Populaire (ça dépend auprès de qui…) de Chine depuis bientôt 5 ou 6 ans. Sans doute cela fait-il partie des choses que l’on sait. Peut-être est-il cependant nécessaire de préciser que la frontière est encore bien réelle, qui sépare juste au dessous de Shenzhen la partie en pointe vers la mer que couvrent ces territoires. Il faut pour passer montrer patte blanche, et selon la nationalité, payer ou non son visa. Vu le poids de l’histoire et son rôle actuel de plaque tournante dans la région, Hong-Kong n’en exige pas pour la plupart des occidentaux en visite moins de trois mois, mais rien à faire pour les "continentaux" (entendez les chinois de cette Chine si populaire), il faut doubler le visa d’un dépôt de caution m’a-t-on dit, suffisamment élevée pour ne pas oublier de rentrer…
Sur la géographie de cette zone, peut-être ne sera-t-il pas non plus superflu de préciser qu’Hong-Kong tel que nous l’entendons regroupe trois zones distinctes que sont la pointe continentale appelée Kowloon, face à laquelle se tient l’Ile de Hong-Kong à proprement parler, viennent enfin les "Nouveaux Territoires" constitués des terres jusqu’à Shenzhen et des autres îles avoisinantes.
Kowloon et Hong-kong Island constituent bien sur le cœur de cet ensemble. Et frise la tachycardie… La circulation tant d’autos que des piétons semble jamais ne cesser, les marchés tant aux fleurs que boursiers s’agitent en permanence, d’en bas les tours semblent ne jamais s’arrêter, d’en haut la ville vit et grouille aussi sans fin… Les transports en commun sont légions et circulent tout le temps, des ferry sillonnent à longueur de journée le bras de mer séparant l’île du continent, chargeant et déchargeant sans cesse son lot de passagers. Sur l’Ile entre les tours, qui rivalisent bien sur d’audace et d’esthétique pour attirer l’œil (et quelques investisseurs) s’élèvent encore ici ou là les pointes d’une église anglicane, le minaret d’une mosquée, le branchage des arbres que l’on a su préserver. Et tout ceci se presse entre la mer et le Peak, cette montagne qui surplombe Hong Kong dans son ensemble et freine naturellement la frénésie créatrice des architectes et de leur amis promoteurs. J’y suis allé me promener, accompagné de Michel, qui a su faire de cette ballade comme de chacune de nos sorties l’occasion de découvrir HK de manière un peu plus vivante que dans les livres… Arrivé voici 18 mois pour animer, entre autre chose et en lien avec les Missions Etrangères de Paris, la communauté française catholique, il a su profiter de cette expérience pour apprendre le cantonais, s’imprégner de l’histoire et de la vie de Hong-Kong dont il émaille ses explications au cours de chaque promenade, et tisser un réseau de relation bien utile en cas d’arrivée intempestive de voyageur "sac à dos"…
Honk-kong by night
Car outre le fait de prendre soin de moi comme d’un fils (quoique de plus normal pour quelqu’un qui se destine à devenir curé…), Michel est allé jusqu’a me trouver une famille de substitution pour m’héberger pendant mon séjour. J’ai donc une fois encore goûté à la générosité des expatriés, comme toujours très chaleureuse et spontanée. La famille Casteleyn ne s’est pas contentée de m’ouvrir les portes de la chambre d’amis mais aussi m’a accueilli sans réserve, que ce soit dans mes allées et venues en courant d’air ou en m’invitant à partager les repas familiaux si d’aventure j’étais dans le coin… Soizick, en outre, est professeur de français dans la section internationale de l’école française de Hong-Kong. Accroché par la nature de ce projet de voyage, son relais auprès des autres professeur m’a permis d’en faire une présentation d’une heure devant une classe de 5ème. Exercice d’autant plus intéressant que cette tranche d’âge n’est pas toujours sensible ni à Corto ni aux problématiques abordées, et manifeste pourtant une curiosité générale assez stimulante, qui permet d’ailleurs de peaufiner ce numéro pour de futures éventuelles prestations…
C’est également Soizick qui m’a fait connaître l’association que tente d’aider l’Ecole Française de Hong-Kong, Les Enfants du Ningxia, visant à permettre aux enfants pauvres de cette province, située au sud le la Mongolie Intérieure, d’aller à l’école. Je sais que cela peut évoquer l’image d’un cadeau empoisonné à certains enfants de chez nous… Mais le petit livre de Ma Yan, qui a tout d’abord attiré l’attention d’un journaliste français à l’origine de cette association, tend à prouver le contraire, en expliquant combien la peine le fait de ne plus avoir les moyens d’aller à l’école ! Un article sur ce sujet disponible dans la rubrique Chroniques Solidaires.
Parlerais-je d’Hong-Kong sans évoquer le quartier de Lan Kwai Fong… ? Evidemment pas, puisqu’il s’agit d’un quartier qui ressemble assez à la rue des Canettes de mon bon vieux Vième arrondissement de Paris, et plus généralement aux rues de la soif de toutes les grandes capitales. Ce n’est évidemment pas la nature des lieux qui m’a fait remarquer cette endroit parmi tant autres plus typiques de l’Ile, mais les personnes que je devais y rencontrer… (je m’en sors bien ?)
Une rue d' Honk-Kong
Car en effet Joël m’attendait là, autour d’une bière du meilleur fût, de quelques tapas sur la table et quelqu’immanquables pétasses alentours… Cette soirée de retrouvaille, depuis Paris et Lyon où nous avions déjà passé quelques bons moments avec Joël, fut consacrée à programmer la suite du séjour, retrouver sa sœur Cécile, faire la connaissance de son amie Asoïd, de ses collocs Pierre et Amanda, et quand même lever quelques toast à la santé des amis, du pays, des voyages, et d’autres choses un peu plus futiles encore dont j’ai oublié la liste... Qu’importe !
Asoïd, Cécile, Joël et moi prenons le bateau le dimanche pour 40 minutes en direction de Lantau Island, où se trouve le plus grand bouddha assis en extérieur du monde… Dit comme ça, on ne se rend pas bien compte, mais quand on se trouve ridiculement petit à ses pieds, on se demande surtout par quel miracle on a pu le monter jusqu’ici… La visite incluant un petit lunch végétarien servi à proximité du monastère, nous avons finalement rejoint Tai O, petit village de pêcheurs à l’Ouest de l’île, dans le soleil couchant, ou plutôt dans le baissé de luminosité... Ce petit village en partie lacustre, dont nombre de maisons sur pilotis sont constituées de planches et de tôles, donne vraiment à penser qu’on est à mille lieux de la ville moderne à quelques kilomètres… Ce contraste, que l’on peut juger pittoresque, ou pitoyable pour la rude condition des pêcheurs, devrait de toute façon s’atténuer sur l’île désormais reliée au continent par un pont, dont le rôle majeur est de desservir l’aéroport de Hong-Kong. Ce dernier a désormais quitté le centre ville pour s’installer à quelques encablures de Lantau, sur l’île toute proche de Chek Lap Kok. C’est de là d’ailleurs que je quitterai la Chine pour rejoindre Hanoi, puisqu’il n’est pas de bateau pour effectuer ce trajet, et que le substitut des deux jours en train n’offre pas vraiment d’économie…
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En attendant, c’est dire si le destin de Lantau est maintenant lié à celui du continent, c’est en métro que nous rentrons à Kowloon. Pierre, Amanda et Albane nous y attendent pour un "hot pot", plat traditionnel de Mongolie où les morceaux de viandes, légumes… sont cuits dans une marmite posée au centre de la table, bipartite, dans un côté de laquelle chauffe une sorte de bouillon de légume, et dans l’autre une sorte de bouillon de piments… Spicy’s amateurs welcomed !
Voilà. Il resterait bien des choses sans doute à dire encore sur Hong-Kong, bien des choses à voir que je n’ai pas eu le temps d’apprécier, mais la roue (du temps) tourne et la route m’appelle, je me rends donc à l’aéroport le 24 à midi, muni de mon aller simple pour Hanoi. Oui mais voilà… « On ne peut vous laisser monter dans l’avion sans billet retour ! » me dit l’hôtesse au guichet Cathay Pacific. « Les services de l’immigration vietnamiens sont stricte là dessus, si vous n’attestez pas la détention d’un billet de départ du pays, ils ne vous laisseront pas rentrer, et ils peuvent nous forcer à vous ramener ici, donc nous ne pouvons pas vous enregistrer si vous n’achetez pas un billet de Hanoi pour un autre pays. Vous pouvez en acheter un à notre guichet juste derrière… »
Je viens donc d’arriver muni d’un billet tout neuf qui ne m’a pas servi pour la douane, et qui ne me servira pas plus pour repartir, merci Cathay. Je ne vais pas me formaliser pour autant, et partir dans l’instant visiter la ville qui devrait m’apporter quelques nouvelles sources de surprises et de dépaysement !