31 Janvier, Ha’erbin, Capitale provinciale de l’Heilongjiang
La nuit fût courte. Arrivé à deux heures du matin dans un froid encore sibérien, restait à trouver l’hôtel préalablement réservé, en espérant cette fois qu’il s’agisse de la bonne ville… Impossible de le rater en effet, les enseignes lumineuses visibles depuis le parvis servant de repère immédiat au voyageur harassé. Quelques heures de sommeil et le réveil s’impose afin d’aller profiter du petit déjeuner, inclus dans le prix de la chambre mai servi jusqu’à 9h00 seulement… C’est un peu décontenançant, le petit déjeuner chinois, mais il faut s’y faire, ou rester chez soi ! Légumes au piments, gelée aux piments, morceaux de saucisse à l’ail… et pour accompagner le tout, de la bouillie de riz, du bouillon de beurre. J’exagère, il y a quand même aussi quelques petits pains d’ici, des œufs durs et deux ou trois rondelles d’oranges… pimentées !
Bref, ce Cortour n’ayant pas spécialement vocation à devenir un parcours gastronomique, ce détail passe au second plan devant la multitude des découvertes qui attendent derrière la porte de l’hôtel. Sous ses airs de capitale régionale, Ha’erbin n’est en fait qu’une bourgade de… 9 millions d’habitants, plus les incalculables poussières. Alors forcément, ici aussi les immeubles poussent dans tous les coins. A l’instar de toutes les villes du nord de la Chine, Ha’erbin fut l’objet des convoitises successives des japonais et des russes, et l’architecture s’en ressent forcément. Au milieu d’un ensemble de bâtiments tout ce qu’il y a de plus modernes s’élève ainsi une église orthodoxe, Sainte Sophie, dont les coupoles tranchent avec l’architecture environnante… Les immeubles de Zhongiang Dajie, la principale rue commerçante, sont également imprégnés de cette influence russe du début du XXème siècle. Il semblerait presque que l’on est ailleurs… Du voyage « deux en un », quel pied !
Sainte Sophie à Ha'erbin
Au delà de ces considérations architecturales toutefois, Ha’erbin est riche d’autres ressources, particulièrement en cette période hivernale où elle accueille le Festival des Lanternes de Glaces ! De la rivière gelée sont ainsi tirés des milliers de cube de glace qui serviront ensuite à reproduire divers monuments, plus impressionnants qu’artistiques, ou, dans un autre cas, seront finement sculptés par d’authentiques esthètes qui reproduiront ainsi au choix la vénus de Milo, des scènes de la vie courante, Bouddha sous ses multiples facettes. Là, c’est un régal pour les yeux de voir le soleil caresser de ses rayons les figures ô combien expressives de ces personnages, que le froid protège envers et contre tout de ses agressions. A la nuit tombée, chacune de ces sculptures s’illumine de couleurs variées par la magie des tubes néons que l’on a pris soin de glisser à l’intérieur au préalable. Du jaune, du vert, du rose… partout ! C’est un peu pompier, mais ça donne quand même un air de fête assez réjouissant par –20°C ! Et oui, depuis Manzouli, ça s’est réchauffé… Vivement Shenyang !
La Vénus de Milo
Festival des Lanternes de Glace
Au rang des rencontres marquante dans cette étape plutôt agréable, le patron d’un café « à l’américaine », le ARBUCK Café, dont l’enseigne est défigurée par ce panneau qui cache maladroitement les deux premières lettres qu’on devine malgré tout : ST… Que de crimes l’on commet en ton nom, Copyright, quand tu t’opposes aux entrepreneurs aventureux ! Bref, cet homme est charmant, son café est servi avec beaucoup de… délicatesse, amabilité, raffinement… j’aime cet endroit.
Sur les bords du Shonguà Jiang, la rivière gelée, s’élève un imposant Monument au Contrôle des Crues, dédié à la victoire sur les eaux impétueuses ainsi qu’à la mémoire des milliers de victimes que celles-ci engendraient régulièrement. Dans le style propagandiste, c’est assez réussi, mais après tout mieux vaut se réjouir aussi de cette victoire sur la fatalité que d’entrer dans un débat contestable sur l’art et la manière qu’on certains régimes de célébrer leurs victoires. Au pied de ce monument, en surplomb de la rivière gelée donc, transformée en fête foraine d’ici à la fonte des glaces, je rencontre May… Ce nom m’est bien familier, mais la personne qui se présente ainsi ne me dis rien, rien qui vaille même ! Chinois, d’une quarante d’années, qui se propose de me guider en ballade sur la rivière et sur l’autre rive, au cœur du Taiyangdao Gongyuan, le Parc de l’Ile du Soleil. 120 Yuans pour le tour… C’est pas donné, mais je me laisse doucement forcer quand il me pousse vers une calèche qui doit nous conduire d’un site à l’autre, promettant d’être au chaud quelques instant. Petit tour, halte, photos, on repart, halte, photos, et au moment de traverser en direction du parc sus-mentionné, il faut payer le conducteur de la calèche. 120 yuans, c’est pour les explications de May, auxquelles évidemment je n’entrave rien, la ballade c’est du plus. Et quel plus… 480 yuans ! A titre comparatif, j’ai déjeuné dans une échoppe de légumes et viande mijotées au wok, accompagnée d’une bonne bière, pour la somme record de 7 yuans. Et l’hôtel coûte 200 yuans la nuit. Et l0 yuans valent approximativement 9 euros. Et il me demande 480 yuans pour la ballade. Plus les 120 de mon ami (ça je l’ai entendu : « May and Thibault, friends…! » Il me reste encore un doute.) On finit donc par trouver un arrangement à 100 Yuans pour le cheval et 80 pour les explications, ce qui n’est pas si mal. Et, surprise alors, mon « ami guide » continue la ballade à pied avec moi, pendant deux heures, à me faire effectivement découvrir divers coins du Parc du Soleil que je n’aurais certainement pas été chercher seul. Comme quoi, l’amitié, c’est un sentiment fort, bien au dessus des contingences matérielles…
"May and Thibault, friends..."
Le séjour à Ha’erbin s’achève sur la visite de deux temples bouddhistes dont un, le Qiji Futu Tà (et pas l’autre, le Ji Lè Si !) renferme en son sein une pagode de sept étages construite en 1924, dont les multiples carillons éoliens tintent dans le vent du soir, transformant ce lieu en un petit havre de paix au cœur de l’agitation de la ville.
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Mais ces carillons sonnent aussi l’heure du départ, annoncé à 21 heures en gare de Ha’erbin, pour une arrivée prévue 5 heures plus tard à ShenYang, où aucun hôtel n’est plus réservé…