19-22 Mars, Battambang, 2nde ville du Cambodge, spectacle assuré !
Pourquoi pas, me disais-je, après ces nombreux kilomètres avalés sur les rails chinois et vietnamien, renouer avec un mode de transport plus moderne, le bus… Entre les options train donc (30 km/h lancé, on monte et descend à chaque gare, entre 10 et 15 heures pour faire les 300 km de Phnom-Penh à Battambang) , taxi (plus ou moins partagé selon le nombre des 6 places qu’on y achète, 4 derrière, 2 devant, plus le chauffeur !) bétaillère (entendez par là pick-up avec deux rangées de sièges à l’intérieur –6 à 8 personnes– plus la plate forme, 10 à 25 personnes, plus les bagages…) et bus (climatisé, un siège par personne, sauf les enfants qui montent sur les genoux de leurs parents…), allez savoir pourquoi, j’ai choisi cette dernière option… C’est quasiment la plus économique (3$), pratiquement la plus rapide (5 heures) et de loin la plus confortable. Mais allez savoir pourquoi, encore, je le regrettais aussitôt monté. J’avais en mémoire depuis mon voyage au Cambodge en 2003 l’état assez… sommaire des routes, la surprise de ce côté là fut tout à fait positive puisque le revêtement s’est considérablement amélioré, entièrement asphalté, seule une quinzaine de kilomètres garde encore la couleur latérite que je lui connaissais. Non, la déception que j’éprouvais a posteriori tient au fait que le journal que j’ouvrais en montant dans ce bus (le fameux Cambodge Soir que venais de m’apporter mon fidèle petit vendeur, cf Phnom Penh…) titrait en large sur la première page « Phnom Penh-Battambang, récit d’un trajet sur le dernier train de voyageur du pays. » Je le sais bien que le voyage en train est de loin le plus authentique, qu’on prend le temps de découvrir le paysage mieux que dans nul autre moyen de transport, que les échanges entre les voyageurs sont de loin plus sympathiques que dans n’importe quel avion, bus ou taxi, mais voilà, autant le dire, j’avais la flemme d’en prendre pour 12h00 alors que je savais pouvoir arriver en moitié moins de temps… Et puis autant aller au bout des aveux, le train partait à 6h20… le matin ! J’ai calé. J’ai vécu ce voyage par procuration grâce aux talents de conteurs d’un journaliste cambodgien francophone, je sais que ça ne remplace pas, mais au moins je sais que la prochaine fois, la prochaine fois… oh, la prochaine fois… je me lèverai de bonne heure, et je prendrai le train. D’ailleurs, ça ne saurait tarder, puisqu’entre le bus et le train, pour rejoindre Bangkok depuis la frontière thaïlandaise, j’ai pris la ferme résolution d’opter pour ce dernier. Je vous raconterai. Mais n’anticipons pas. Car après un voyage sans frisson (même pas ceux dus à la clim, un peu abusivement vendue par la compagnie de bus, pas chère mais un peu filou quand même…), j’arrivais donc à Battambang, seconde ville du pays, grenier à grain du Royaume, et tout et tout… Autant le dire tout net : ça ne se voit pas !
Une sécheresse rarement égalée règne en ce moment sur l’Asie, et se ressent plus fortement encore dans les zones majoritairement rurale (c’est le cas du district de Battambang) à l’économie juste, juste émergente (c’est le cas du Cambodge). Bref, ça ne respire pas la prospérité. Mais toujours cette égale bonne humeur –au moins de façade– des gens, ce sourire donné sans retenue, et ces marchés bigarrés, où les couleurs chatoyantes de tissus le disputent à la multitude des effluves, du fruit frais à la viande mûre…
Les joies de la baignade
A Battambang m’attendait Deth, responsable de l’association locale Phare, école de cirque pour les enfants défavorisés du quartier, une trentaine d’orphelins logeant dans l’enceinte du cirque et de ses dépendances (dont une école de dessin et une autre de musique traditionnelle khmère), et près de 200 autres bénéficiant des divers enseignements dispensés ici au gré de leurs allers et venues entre la maison et l’école. Deth est sans doute ce que les camps de réfugiés de la frontière thaïlandaise ont donné de meilleur au Cambodge. Ayant bénéficié, jeune, de l’aide internationale dans ces camps, il a tout fait une fois rentré dans sa ville natale pour apporter aux jeunes défavorisés de son quartier une aide semblable à celle dont il avait bénéficié plus tôt. Et dans le cas de jeunes moins défavorisés (moi !), il sait également se faire accueillant et ouvrir grand les portes de centre pour héberger le voyageur de passage.
Battambang, en soi, ne présente pas un attrait touristique inénarrable. Mais les animations que j’ai pu y voir prennent facilement dans les souvenirs la place que les vieilles pierres n’y occuperont pas. Il serait tout de même injuste de négliger le temple du Banon, à 25 kilomètres de là, qui s’élève dans le style bien connu de celui d’Angkor Wat au sommet d’un promontoire rocheux, et que l’on atteint au prix de l’ascension d’une série quasi interminable de marches abruptes en plein cagnard (vous me direz, il suffit de choisir son heure… mais bon, là, c’était la midi, juste !). Une fois le Banon visité, et les 25 kilomètres aller et retour en deux roues sur la piste de latérite poussiéreuse avalés, je disais donc qu’il ne reste plus grand chose à visiter à Battambang. A visiter, non, mais à voir, oui ! Car en trois jours, j’ai eu là mon comptant de spectacles. Le premier, organisé par l’association Arrupe, qui dépend du diocèse de Battambang, était présenté par les enfants handicapés dont s’occupe cette association. Un spectacle de chant et de danse, où les jeunes, pour beaucoup victimes du ravage des mines antipersonnelles, « dépassent leur handicap et assument leur corps », comme me le disait Monseigneur Enriqué Figaredo Alvargonz, jésuite espagnol, évêque du diocèse de Battambang, que tous connaissent ici (et même bien plus loin…) sous le diminutif de Kiké. Evidemment, on chantait plus en khmer et en espagnol qu’en français, mais pour les danses, j’ai tout compris… et en tout cas passé une très bonne soirée, admirant surtout le courage et, une fois encore, le sourire de ces enfants auxquels la vie, elle, n’a fait comme cadeau que celui de croiser la route de Kiké…
Les marches du temple banon Cliquez sur lecture pour voir défiler les photos, puis sur le bouton droit du mulot pour afficher un zoom "plein écran"
Le lendemain, c’était un spectacle d’un tout autre niveau, mais tout aussi admirable, auquel j’assiste : la première représentation de « Quatre à Cinq », tout nouveau spectacle des grands élèves de l’école du cirque Phare. En 2003 déjà j’avais assisté à une de leur représentation, quelques mois avant le début d’une tournée qu’ils allaient effectuer en France, c’était déjà surprenant… Et bien deux ans plus tard, il y a sans conteste deux années de maturité et de travail en plus. C’est tout simplement époustouflant. Et à plus d’un titre. D’abord les jeunes, tous amateurs, dégagent un enthousiasme et un bien-être que leur a permis d’acquérir l’accomplissement dans le Cirque grâce à Phare, alors que la situation personnelle de la plupart d’entre eux n’avait rien d’enviable au départ. Ensuite la qualité du spectacle est aujourd’hui quasi-professionnelle (c’est d’ailleurs à cet avenir que se destinent les 5 jeunes qui animent la piste aux étoiles sur un rythme effréné pendant plus d’une heure). Ils repartent cette année encore, fin avril, pour une tournée de quatre mois en Algérie, Espagne et France. Je ne saurais trop vous inviter à aller assister à une représentation de leur programme, que vous aimiez le cirque ou non, vous serez étonnés par le dynamisme de ces jeunes, accompagnés d’un quintet de musiciens cambodgiens qui rythment leurs facéties et acrobaties au son des instruments de la tradition khmère. Vous soutiendrez par la même occasion l’action d’une association dont le fonctionnement et les résultats pourraient servir de modèle à de nombreuses autres, du fait notamment de la reconnaissance que cette école a aujourd’hui acquis chez les professionnels du cirque. (Programme de la tournée Phare 2005)
Le remarquable travail de l'association Phare... A voir absolument
Mais voilà, en ce qui me concerne, le passage chez Phare touche à sa fin, je dois déjà boucler mes valises pour reprendre la route, vers la Thaïlande cette fois, où quelques jours de repos me permettront d’affronter dans les meilleures conditions la seconde partie du voyage « Sur les traces de Corto Maltese » : l’Asie Centrale. Ouzbékistan, Turkménistan, Azerbaïdjan, Iran, Turquie, un bon morceau de la Route de la Soie en somme, dans le Sillage de l’album intitulé « La Maison Dorée de Samarkande »…