13-18 Mars, Phnom Penh, asthmatique s’abstenir…


Malgré les louanges répétées du chauffeur de bus cambodgien pour l’hôtel "Capitol" dont dépend la compagnie de transport qui nous mène de la frontière (Bavet) à la Capitale (Phnom Penh), je fais le choix de suivre les conseils prodigués depuis Hanoi par BounTieng, que m’a fait connaître ma sœur Estelle, qui m’a lui même permis de rencontrer François et Isabelle à Hué (bref, les amis de mes amis… toujours !) La "Lucky Guest House" tient toutes les promesses que son nom laissait présager, puisque dans la petite chambre à 5$ équipée d’un seul ventilateur, la télé câblée s’allume par je ne sais quel miracle lorsque je sors de ma douche sur le match de rugby Irlande-France que diffuse une chaîne écossaise… C’est la mi-temps, certes, mais nous menons, et lorsque par hasard je zapperai le lendemain, TV5 sera justement en train de rediffuser la première partie de ce match qui, une fois encore, pose une question cruciale sur ce jeu à XV : 80 minutes, n’est-ce pas un peu long ??? Il semble désormais clair que chaque équipe se réserve pour une seule mi-temps, et nous semblons avoir pris la mauvaise habitude de tout donner en première, ou en troisième, mais rien entre les deux… Mais c’est un vaste débat, que je ne trouve personne ici pour alimenter, j’en resterai donc avec mes questionnements pendant quelques mois encore !

Phnom Penh, pour ceux qui ne connaissent pas, à la particularité d’être sillonné d’artères plus ou moins vastes, et plus ou moins goudronnées. Plutôt moins que plus d’ailleurs… Pour schématiser, les quelques gros axes sont baptisées de nom précis, essentiellement issus de l’histoire (Boulevards Sihanouk, Monivong) ou des affinités qui ont marqué le pays (Boulevard de France, Mao Tse Toung, de la République Populaire de Pologne). Les autres, de loin les plus nombreux, répertoriées par numéro (rue 106, rue 578), sont le plus souvent des rues en passe d’être goudronnées. En passe de, en passé d’avoir été, ou en impasse d’être, quoiqu’il en soit résulte de cette configuration une poussière omniprésente qui donne parfois à la capitale khmère un petit air de Paris-Dakar, surtout au soleil couchant…

Mais là n’est pas la face la plus intéressante du Phnom Penh… Il s’agit plutôt de sentir la vie qui grouille en tous coins, de déambuler dans les nombreux marchés installés ici et là, d’arpenter les quais du Tonle Sap (qui a cette particularité d’inverser son cours chaque année pendant quelques mois, du lac éponyme vers la mer, et vice versa…). On trouve au marché tout ce qu’on peut y chercher… Des livres et disques en tout genre (à ce propos, la loi sur le © ne doit pas être la même ici, ou alors il faudra que j’envoie quelques connaissances assez jalouses sur leurs droits à l’image…) aux accessoires de voiture, des fournitures scolaires aux vêtements de marque à prix bien plus abordables que par chez nous (ce qui force à admirer l’habilité de ceux qui négocient ici les questions de ©, parce que vraiment, c’est pas cher…). Bref, tout ce qu’on peut imaginer. Sur le plan culinaire aussi, c’est assez varié. Des fruits les plus exotiques aux insectes les plus grillés, des œufs "de cent ans" aux poissons fraîchement sortis du Tonle Sap, on trouve vraiment de tout, et c’est un régal pour les yeux que de déambuler entre les étals aux couleurs chamarrées, et c’est un régal pour les yeux de voir ce ballet des mouches alertes qui virevoltent des paniers du poissonnier aux crocs du boucher, lesquels se disputent les quelques rayons de soleil que les parasols rapiécés laissent filtrer, et c’est un régal pour le nez de flâner dans cette étuve entre les poissons, qui se demandent s’ils est préférable de mourir cuits ou asphyxiés, et les morceaux de bœufs qui ne se posent plus ce genre de question, ils seront précuit en arrivant chez la ménagère… Evidemment, j’exagère, il suffit de changer de rayon pour passer à autre chose, mais quand même ! Le problème, c’est que les bouibouis pour étancher sa soif ou manger un morceau, par je ne sais quel phénomène, sont toujours situés à proximité de ceux-ci, et que moi, j’ai souvent soif…


Le marché de Phnom Penh


Phnom Penh, c’est évidemment bien d’autres choses encore que tout ces marchés si folkloriques. C’est une ville à l’histoire riche et animée, particulièrement ces 50 dernières années, depuis les premières éclaboussures de la guerre du Vietnam, l’arrivée de Pol et de ses potes, l’invasion vietnamienne et la guerre civile qui s’en suivit, la libération des forces onusiennes et l’arrivée d’une profusion d’ONG avec des solutions pas toujours idoines en même temps qu’un pouvoir d’achat démesuré qui tourna la tête à plus d’un khmer, la prostitution qui prit alors des proportions que la fin de l’âge d’or thaïlandais pour les pédophiles relance de plus belle aujourd’hui… Et malgré tout ça, les cambodgiens gardent le sourire. Pas toujours facile, parfois de façade, mais c’est tout de même une constante qu’il est très agréable de vérifier de visu. Pour le touriste, les sollicitations sont nombreuses, mais chaque refus poli se voit retourner une éclatante rangée de dents (un peu trouée parfois, certes, mais qu’importe) que dévoile un large sourire, véritablement naturel et marque de fabrique (libre de tout ©, à bon entendeur…) du peuple khmer. Et pour aider ceux qui auraient perdu tout repère, toute racine, et tout simplement tout goût pour ce qui donne un tel charme aux Cambodgiens, certaines associations mettent avec justesse et courage toute leur énergie dans le combat contre la misère, à l’instar de cette remarquable initiative française d’un couple à la retraite, Marie-France et Christian Despallières, venus il y a dix ans apporter leur soutien aux enfants chiffonniers de Phnom Penh, avec comme seul mot d’ordre : œuvrer Pour un Sourire d’Enfant. ( Cf article)


Riche du passé qui unit le Cambodge à la France, bénéficiant de l’affinité culturelle toujours affichée par l’ancien roi Norodom Sihanouk, la communauté française est ici très présente et très active. Vitrine la plus visible, le journal cambodgien en langue française, Cambodge Soir, donne chaque jour une présentation générale de l’actualité mondiale, asiatique et khmère. Disponible dans les kiosques, au centre culturel français ou dans de nombreux hôtels, il est également proposé par de nombreux jeunes vendeurs qui se promènent avec leur lot de quotidiens dans la rue. Après que je lui eu refusé deux jours de suite le Cambodian Daily qu’il s’évertuait à me tendre, celui qui arpente le trottoir en bas de l’hôtel est venu ce matin me trouver en arborant fièrement l’exemplaire de Cambdoge Soir du jour, répondant à mon signe de tête par un sourire aussi radieux que celui évoqué un peu plus haut ! C’est pas si dur de faire plaisir, et dès le matin, ça met en forme, promis…


Le musée nationnal

Au rang des manifestations culturelles qu’organise le centre français du même nom, une soirée cirque dimanche 13 m’a permis de rencontrer la troupe qui, rentrant le lendemain dans l’hexagone, venait de passer quinze jours au Cambodge, dont une dizaine auprès de l’association que je visiterai un peu plus loin dans mon voyage, à Battambang : Phare Ponleu Sepak. Un autre projet passionnant que je présenterai volontiers en son temps…

Et toujours sur l’initiative du centre culturel dans le cadre du festival Cinémékong, pour le Cinéma des pays francophones d’Asie du Sud Est, une projection en plein air du film de Jean-Jacques Les Deux Frères, que je n’avais pas vu à sa sortie… Et en plus, c’était gratuit… ! Seul petit raté, imputable à Padchance dont c’est souvent la faute, la programmation du film Corto Maltese le matin de mon arrivée, à laquelle je n’ai évidemment pu assister, ni apporter ma caution ô combien valide…

Espérons tout de même que ce rapport guigne-bonne nouvelle ne changera pas, et tout devrait continuer à bien se passer… D’ailleurs, je viens de recevoir un mail de l’Ambassade du Turkménistan à Paris : la demande de visa que j’y ai déposée mi-décembre vient d’être accueillie favorablement par le conseil réuni à Achgabat pour en délibérer. C’est dire si la chance est ma compagne !!!


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