Venezuela, fin d’un cycle et début d’une nouvelle vie..!

 

Maracaïbo… combien de rêves et d’exotisme véhicule ce nom…! A l’extrême ouest d’un pays, le Venezuela, qui porte déjà lui-même un potentiel fantasmatique assez énorme, à proximité d’une frontière, celle de la Colombie, qui dégage elle aussi beaucoup de mystère, on peut dire qu’on ne sait pas vraiment ce que l’on va trouver lorsqu’on se dirige vers cette cité ! Principal site de production du pétrole en Amérique du Sud, on pourrait s’attendre à une version vénézuélienne de Dallas ou Dubaï, pourquoi pas…

On pourrait. Mais on peut aussi se renseigner et s’attendre à quelque chose de plus rudimentaire… Et c’est plus sage ! Parce que ça l’est, un peu, rudimentaire. Avec une population estimée à 1,5 millions d’habitants, la ville n’a plus grand-chose à voir avec la charmante cité coloniale que dessine Hugo Pratt au début de l’épisode intitulé « Tête de Champignon ». Il faut dire qu’à l’époque, le pétrole n’avait pas encore jailliCasa de la Capitulacion et Libertadore dans la région, ni l’industrialisation ravagé le décor. Pour faire court, il ne reste aujourd’hui de l’époque coloniale qu’un seul bâtiment, la Casa de la Capitulacion, où les espagnols reconnurent, bien obligés, leur défaite, suite aux batailles terrestre de Carabobo et navale du lac de Maracaïbo… C’est au Libertadore Simon Bolivar que le Venezuela, comme bon nombre de pays du nord de l’Amérique Latine d’ailleurs, doit cette victoire et son indépendance. Pourquoi ce cours d’histoire, me direz-vous à juste titre en arguant de mon pitoyable 9/20 au baccalauréat…? D’une part car il ne faut jamais perdre une occasion de se cultiver, puis de l’étaler… ensuite, et surtout, parce que je suis arrivé à Maracaïbo le jour où la ville en liesse fêtait l’anniversaire de sa mort, survenue le 17 décembre 1830 à San Pedro Alejandrino, une hacienda proche de Santa Marta. Son dernier soupir donna à peu près ceci  "Partons, partons... Ces gens-là ne veulent plus de nous dans ce pays... Allons, mes enfants, portez mes bagages à bord de la frégate !" (Quand je vous dis qu’il faut l’étaler…) Ces derniers mots prennent d’ailleurs toute leur signification quand on se rappelle ceux qu’il écrivait quelques temps auparavant à un ami pour lui confier ses états d'âme : "Vous savez que j'ai eu le pouvoir pendant vingt ans et je n'en ai tiré que quelques conclusions sûres. Premièrement, l'Amérique est ingouvernable pour nous. Deuxièmement, celui qui sert une révolution laboure la mer. Troisièmement, Chavez, Social Démocratela seule chose que l'on puisse faire en Amérique est d'émigrer. Quatrièmement, ce pays tombera infailliblement entre les mains de petits tyrans..." Pfouu..!

Enfin, tout désabusé qu’ait été ce grand soldat au moment de passer l’arme à gauche (où se trouvaient déjà son cœur et ses aspirations politiques, d’ailleurs), sa vision semblait assez éclairée. Car il faut bien admettre qu’Hugo n’est pas spécialement un grand libéral. Hugo Chavez, s’entend, pas celui à qui nous devons ce Cortour, évidemment !

Bref. Même si elle manque un peu de charme, Maracaïbo ne manque pas d’intérêt, avec quelques églises assez Eglise sobre, Santa Barbara, et chargée, Basilique de Chiquinquiraintéressantes dans leur architecture soit très dépouillées, à l’inverse de celles que l’on peut voir dans le reste de l’Amérique Latine, soit au contraire extrêmement chargée, peut-être plus que toutes celles visitées jusqu’ici. Quant aux « supermarchés ultramodernes » dont parle Hugo Pratt dans la première case de l’épisode « Tête de Champignon », ils sont légions, et semblent effectivement avoir définitivement remplacé toutes les « boutiques d’objets étranges, inquiétants même… » où il situe le début de cette aventure.

Seul, aujourd’hui, le marché artisanal San Sebastian propose-t-il aux rares touristes quelques reliques de ces objets étranges. Même le marché de Noël, qui envahit littéralement toutes les rues du centre en ce dernier dimanche de l’Avent, ne propose que des produits de consommation "classique", pour la plupart fabriqué en Le marché Artisanal et les objets "étranges et inquiétants"Chine d’ailleurs… Inquiétant, sans nul doute, étrange, plus vraiment ! C’est d’ailleurs là que j’ai trouvé la paire de tongs neuve qui remplacerait Celle qui m’accompagnait depuis le début de ce voyage, à laquelle je me dois aujourd’hui de rendre un vibrant hommage, puisque, telle la "Poderosa" Che Guevara, elles ont porté sur des kilomètres et des kilomètres, qu’il pleuve ou qu’il vente, qu’il fasse chaud ou très très chaud, mon poids (s’amenuisant au fil des jours, certes, mais toujours conséquent cependant…), jusqu’à se trouver marquées au plus profond de leur chair de la trace indélébile de mes petits petons ! Ces reliques traînent désormais sur un tas d’ordure à Maracaïbo, avis à qui les trouve, peut-être auront-elles un jour une valeur inestimable… Ce sont en tout cas dès à présent des objets étranges et inquiétants comme ceux qu’évoquaient Pratt dans son album !

Maracaïbo, pour en revenir là, ne compte apparemment plus de bâtiments d’époque coloniale. Les autorités mettent néanmoins un grand soin à valoriser le patrimoine immobilier, effort particulièrement remarquable dans la rue n° 94, dite "Carabobo" ou encore "de la Tradicion". Chaque maison est peinte de couleurs vives, différentes de sa voisine, et l’on peut d’autant mieux admirer le résultat qu’en début d’après midi, sous la chaleur d’un soleil aussi implacable que l’univers de Dallas, les rues sont absolument désertes.

Bien. Si l’on peut avoir du mal à retrouver l’esprit de la Bande Dessinée d’Hugo Pratt dans cette ville qu’un siècle de pétrole et d’industrialisation ont partiellement défiguré, il est en revanche plus aisé de se replonger dans cette atmosphère en visitant, à quelques heures Rue de Coro et Posada El Gallode là, la magnifique ville de Coro (dont le nom n’est d’ailleurs pas sans nous rappeler le prénom de notre héros, c’est un signe...) Parmi les premières villes coloniales d’Amérique Latine, Coro possède encore plus de 600 bâtiments historiques qui lui valent d’être classée, au même titre que le Havre (ou Dresde, d’ailleurs) au Patrimoine Mondial de l’Unesco. Elle a été fondée en 1527, et devint alors le siège du premier évêché d’Amérique du Sud. Construite dans un style en terre unique aux Caraïbes, Coro est le seul exemple qui subsiste d'une synthèse réussie de traditions locales et de techniques mudéjares espagnoles. (Je vous avais prévenus, moins on en a, plus on l’étale !!!) Et c’est, de fait, une ville envoûtante.

Loin du tumulte et des tensions de Maracaïbo, cette petite bourgade d’une centaine de milliers d’habitants respire le calme, le bonheur et la douceur de vivre qu’offre la proximité d’une mer enchanteresse et d’un arrière pays aussi idyllique. C’est là, et particulièrement à la posada El Gallo, tenu comme il se doit par un français, fort sympathique comme il se doit, que j’ai passé mes derniers moments de Cortour solitaire, avant de rentrer passer les fêtes de fin d’année en famille, et en France !!!

Voilà… Nous en sommes là ! Je mets un point final, ou quelques points de suspension, j’hésite encore, à l’aventure d’une année, sur la table d’une maison charentaise où j’ai retrouvé mes repères et mes racines. Mais certainement perdu ni mon enthousiasme ni le fil de mon projet. Vont encore m’occuper pendant quelques temps la mise en forme de tout ce qui a été écrit, photographié ou juste mémorisé pendant ce voyage, de quoi naîtront sans aucun doute quelques expositions, livres, et qui sait, film, produits dérivés, 206 Cortour ou que sais-je encore… Ce retour est donc plein de perspectives nouvelles, je vous tiendrai informé de l’évolution de chacun de ces projets !!!

Par ailleurs, il reste me reste, c’est un comble, une Ballade de la Mer Salée à retracer. Il n’y a donc pas à hésiter, je conclue, provisoirement, par ces quelques…

  


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