1er-3 Novembre, fulgurance en Uruguay!

Une fulgurance, qu’est-ce que c’est..? Selon le petit Larousse, il s’agirait d’une chose qui frappe vivement l’esprit (comme une claque dans ta face, ajoutait avec à propos son camarade le petit Robert après avoir ramené un 0 en orthographe à la maison, quoiqu’il faille encore se garder de confondre contenu et contenant, mais il est un peu jeune pour comprendre ces subtilités !). La Rousse ajoute aussi qu’il s’agit de quelque chose de très rapide, « comme un éclair, ou un lapin ». Sacrée Zora, va !
Bien, qu’est-ce donc alors qu’un tel titre à ce chapitre..? La consonance en aurait-elle seule dicté la rédaction ? Ca coule tout seul il est vrai, mais non, le parti pris n’est pas qu’esthétique, il y a du sens derrière tout ça ! Il s’agit en fait du terme idéal alliant deux notions liées à ce séjour uruguayen : sa rapidité en terme de durée, mais aussi son caractère absolument éblouissant, d’autant qu’y est soudainement apparue, dans une vision éphémère, les raisons jusqu’alors inconscientes de ce choix : pourquoi Colonia et pas Iguaçu…
Bon, première chose à savoir : de Buenos Aires, Colonia se rejoint par les flots, et même si le navire ne ressemble, encore une fois, en rien à celui qu’utilisait notre ami marin, c’est toujours agréable de prendre la mer pour les quelques heures de la traversée du Rio del Plata, plus large embouchure du monde, même s’il est minuit trente au départ, qu’on arrivera à 5 heures du matin à destination, et qu’il faudra encore attendre deux ou trois
heures que le jour se lève, que les cafetiers commencent à installer leur terrasse et les boulangers à ouvrir leur fournil au public (d’autant qu’il n’y a pas énormément de boulanger à Colonia, qu’importe, l’idée est là !)
Bref, Colonia del Sacramento, petit port fondé à la fin du 17ème siècle par les Portugais, à su garder depuis lors une identité bien particulière, une ambiance… comment dire sans tomber dans le poncif… coloniale, peut-être, tout au moins ce qu’on peut en imaginer ! Les bâtiments, la douceur de l’architecture, l’inspiration religieuse, le climat fort agréable en ce début de printemps (hémisphère sud oblige !) tout laisse penser qu’il devait faire bon arriver ici il y a quatre ou cinq siècles, entouré d’une armée d’esclaves avec en perspective les millions de pesos que l’exploitation des terres et le trafic avec le port de Buenos Aires pourrait générer… Ahhh, la bonne époque ! Bon, aujourd’hui l’opulence n’est plus complètement de mise, on sent que tout ce qui a pu être tiré de cette région l’a été, mais au moins les uruguayens ont-ils su préserver ce petit joyau d’ambiance et d’architecture, pour en faire un coin évidemment orienté vers le tourisme, mais sans agressivité.
Une aspect de cet état d’esprit se retrouve dans l’abandon volontairement ostentatoire des vieux modèles automobiles qui n’ont plus court aujourd’hui : Traction ici, Ford T là, j'en passe et des meilleures puisque je n'y connais rien..., autant de vieilles automobiles qui rajoutent au charme un peu passé de cette cité. Et c’est là que m’est soudainement apparu la motivation inconsciente de mon option de voyage : ce type de véhicules occupe une place importante dans la bande dessinée consacrée par Pratt à l’Argentine ! Et voilà, il n’en fallait pas plus pour que, fidèle jusqu’à l’extrême à la tâche que je me suis assignée de retrouver les traces de Corto, je fasse une croix sur le décor sans pareil des chutes d’Iguaçu, afin de pouvoir observer les quelques rares spécimens de cette époque de l’épopée automobile qui vivent encore en liberté aujourd’hui !
Une telle conscience professionnelle m'émeut !
Bon, c’est pas que je m’ennuie à Colonia, mais on a quand même vite fait d’en faire le tour, surtout seul, surtout quand on y est arrivé à 5 heures du matin, surtout quand ce n’est manifestement pas la grosse saison touristique et qu’on peut déambuler ici et là, visiter ça ou ça, sans jamais attendre, sans même croiser personne, autant le dire ! Il faut donc poursuivre, remonter vers le nord, avec en premier objectif Sao Paolo au Brésil. « En avion, bien sûr, » me demande l’hôtelier de Colonia. « Non, en bus ! » Il ne pensait pas que c’était possible, l'innoncent. Alors qu’honnêtement, du pas de sa porte à mon arrivée à Sao Paolo, il n’y a que 48 heures de voyage, dont 36 en bus…
En route pour une longue traversée du sud Brésilien, jusqu'à Sao Paolo, Rio, Salavadore...
ou bien retour en bateau à Buenos Aires, via le Rio del Plata
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