Paramaribo, Amsterdam des tropiques !
Quelle frontière que ce Maroni !!! Il ne suffit pas de traverser en pirogue quelques kilomètres de fleuve pour se retrouver en pays indépendant, il faut encore affronter le choc culturel entre une ville presque modèle d’un pays bien policé comme le notre (St Laurent) et la fantaisie exotique et trépidante qui anime son pendant surinamien (Albina). Et puis il y a aussi le choc de la langue… Si d’un côté comme de l’autre, le "taki-taki" (langue du fleuve, mélange de français, de créole, d’anglais, d’africain…) a court, on peut encore se raccrocher au français tant qu’on est en guyane. Dès lors qu’on a traversé le fleuve, il faut faire avec le hollandais. Et là, c’est quand même une toute autre affaire ! Surtout, et attention, il n’y a aucun racisme dans ce discours, quand ce sont des noirs qui le parlent. Dans mon imaginaire étriqué de bon français, un peu européen, le néerlandais est parlé par de grandes Claudia, Marjolaine ou Nochtje blondes, qui ont une tomme de mimolette et de gouda sous chaque bras, un sourire radieux au milieu d’un
visage crémeux qu’encadrent de blonds cheveux dépassant d’une coiffe à cornette typique, plantées dans des sabots en porcelaine de Delft et un moulin à vent en arrière fond. Ben là, pas du tout… Ce sont les mêmes ex-africain(e)s que ceux qui parlent le français en Guyane, ou le taki-taki sur le fleuve, mais en hollandais… Y’a pas, c’est pas complètement naturel… Bon, une fois ces petites adaptations culturelles mises au point, et le passeport tamponné à la douane qui se trouve à quelques centaines de mètres du débarcadère (plus prêt, ce serait sans doute trop simple ?), on est bon pour trois heures de route en taxi vers Paramaribo. A première vue, il n’y a pas grand-chose qui diffère vraiment entre la Guyane française et le Surinam. Les paysages sont les mêmes et, nous l’avons déjà dit, les autochtones aussi… Mais à première vue seulement, parce qu’on se rend vite compte qu’il n’y a certainement pas de Sarkozy Surinamais, vue la vitesse pratiquée. Moi qui n’aime ni la vitesse ni le danger…... je suis servi !!!
Lorsqu’on approche de Paramaribo ensuite, qui pourrait n’être que l’équivalent surinamien de Cayenne, on réalise aussi que ce n’est pas tout à fait ça… C’est une fois de plus la preuve qu’il faut se renseigner sur les pays que l’on visite si l’on ne veut pas aller de surprise en surprise ! Pour l’absence de « Ministre de l’Intérieur qui pense aux prochaines présidentielles même en se rasant », je m’y attendais quand même un peu (d’autant que j’ai entendu parler de corruption politique au Surinam, alors que chez nous, vraiment, ça m’étonnerait…), mais pour ce qui est de la taille et de la physionomie de Paramaribo, je dois bien avouer que, pris dans un surprenant complexe de supériorité français, je ne voyais pas comment cela pouvait être différent de Cayenne, et surtout comme cela pouvait être mieux ! J’avais juste oublié qu’il s’agissait d’une capitale d’un pays indépendant. D’abord c’est grand, ensuite ça vit, enfin ça semble doué d’une identité complètement autonome dont ne peut se prévaloir la capitale de la Guyane… J’avais l’idée d’un sous-Cayenne, freinée par une assez récente guerre civile, par des d
ifficultés économiques latentes, par tout ce qu’on dit quand on ne sait pas et puis… mea culpa, mea maxima… C’est grand, donc, et puis c’est beau, et puis il semble y avoir une véritable activité économique qui contraste vraiment avec la torpeur dans laquelle est engluée notre chère ex-colonie désormais département français… Et encore, j’arrive un samedi en fin de matinée, et l’on m’a prévenu que tout était gelé pendant le week-end, repos sacré pour les surinamiens. Franchement, je suis plus qu’agréablement surpris… et confus d’être arrivé avec mes idées toutes faites. On ne m’y reprendra plus, tiens ! Jusqu’à la prochaine fois au moins.
Pour faire court, l’architecture est imprégnée d’influence néerlandaise, que c’en est tout chou… Les petites maisons que l’on voit au bord des canaux du bas pays se retrouvent ici entourés de palmiers, quelle surprise… Et si dans le port d’Amsterdam les marins chantent, ici non plus ils ne sont pas les derniers pour boivent et reboivent et reboivent encore en se frottant la panse sur le ventre des flammes !!! Enfin c’est ce qu’il m’a semblé voir, un samedi soir en tout cas, puisque c’est le seul que j’y ai passé. Je passe évidemment sur le bruit des tempêtes et les portes qui se ferment en rotant, le Cortour est une entreprise noble, crénom !
Puisqu’il est question de marin, pourquoi ne pas se recentrer sur l’objet du projet, le fameux Corto Maltese, qui passait à Paramaribo le plus clair de son temps à la pension de Madame Java… Deux constats d’entrée : la pension sus-nommée ne semble plus exister sous ce nom, mais les javanais sont encore bien présents au Surinam, en témoigne notamment la grande mosquée qui jouxte d’ailleurs, en toute quiétude, la synagogue locale, comme quoi !! Et si l’on insiste aujourd’hui pour trouver un Madame Java qui tiendrait pension, il y a fort à parier que la catégorie de l’établissement ait quelque peu changé. Personnellement, c’est un scoop, je ne m’y suis pas aventuré ! Faute de temps, bien sûr… Je me suis en revanche enquis de l’adresse qui est celle, dans « Le Secret de Tristan Bentam », l’épisode qui nous intéresse ici, de l’avocat véreux chargé des intérêts du jeune Tristan. 19 Mangrove Straat. Là encore, fantaisie de Pratt ou implacable travail du temps, plus personne ne semble en mesure de localiser ça clairement. « J’en ai bien entendu parler, me dit un taxi, mais je n’arrive pas à savoir où cela peut-être… » Te tracasse pas, va, sans doute dans une BD que tu as lue plus jeune… Quant à moi, plutôt que de chercher tous les avocats véreux encore en fonction (et il doit y en avoir quelques uns dans ce narco état qu’est devenu le Surinam…), j’en suis quitte pour imaginer, dans les rues du quartier historique, lui aussi classé au patrimoine mondial de l’Unesco (comme Salvadore de Bahia, la Baie d’Along et le Havre, mais oui !), quelle maison aurait pu être celle de l’avocat Kertser. C’est un jeu de piste sans solution, mais vu le décor, c’est plutôt sympathique, avouons le, cher Maître.
Malheureusement, deux jours, ça file vite, et quand il faut repartir, on n’a pas vu passer le temps, et
une fois de plus, on se dit qu’il faudra revenir… Alors on reviendra, c’est sûr. En attendant, il est temps d’éclaircir un point : les prochaines -et dernières- étapes !
Il reste deux grandes zones à couvrir : l’immense partie nord de l’Amérique du sud qui se concentrera pour le Cortour du côté de Maracaibo au Venezuela, et la toute petite zone entre l’Amérique centrale et les Caraïbes qui couvre dans notre affaire un partie du Nicaragua, Belize, les Iles sous le vent et Saint Kits et Nevis ! Malheureusement, pour cette dernière partie, le temps fait défaut. Les sous aussi ! C’est donc avec courage et enthousiasme que nous allons nous attaquer au morceau que représente Maracaibo.
Mais attendez, on m’annonce dans l’oreillette en même temps que je vous parle qu’une partie de l’épisode « Têtes de Champignons », lié aux Jivaros réducteurs de têtes, qui débute à Maracaïbo, se déroule partiellement à la frontière du Pérou et de l’Equateur, sur le fleuve Pastaza, nous dit Pratt. Quand au dictionnaire, il nous révèle que les Jivaros vivent dans l'est de l'Équateur et les régions limitrophes du nord du Pérou, au bas des versants est des Andes, et dans les bassins de la Marañón, de la Santiago et du cours supérieur de la Pastaza.
C’est décidé, en route pour la frontière équato-péruvienne !!! Et avant toute, direction Lima.
Un petit saut de puce de 3500 kilomètres en avion, direction Lima, ou le retour en pirogue vers la Guyane ??