Pérou-Equateur, n’allons pas perdre la tête à traquer les Jivaros !


Les Jivaro étaient d'habiles guerriers qui se servaient de sarbacanes, d'arcs et de flèches, de lances et de boucliers. L'une des coutumes des Jivaro, remarquée par les anthropologues, consistait à réduire et à conserver les têtes des ennemis tués au combat dans la conviction que cela empêcherait le retour des esprits vengeurs des victimes.
Voilà comment l’encyclopédie de poche que je trimbale avec moi depuis le début du voyage présente ceux vers lesquels me mène la quête des traces de Corto, dans l’épisode intitulé « Tête de Champignon » précisément ! Présenté comme ça, ça donne moins envie, forcément. Mais il fallait y penser avant… Pas dans l’avion qui mène de Paramaribo à Lima ! Que je vous conte d’abord le trajet, et vous comprendrez aussi que j’ai eu le temps de cogiter (et de me sentir être, donc) avant d’arriver là-bas.

De Paramaribo, magnifique capitale surinamienne, seul véritable nœud aérien de la région des Guyanes, il faut d’abord se rendre à l’aéroport de Zanderij, à 30 kilomètres de la ville. Pas de problème, normalement. Mais est-il normal que les avions décollent à 4h00 du matin ??? Du coup, entre une nuit d’hôtel qui prend fin à une heure du matin, la perspective d’avoir à chercher un taxi dans les rues désertes de Paramaribo Hotel Espana, au coeur de Limaà cette heure matinale, et le fait de m’y rendre plus tôt, j’ai fait le choix de quitter l’hôtel vers 23h00, taxi assuré et nuit d’hôtel économisée. Evidemment, du coup, je suis bien à l’heure, et contraint d’attendre un peu longtemps dans un grand espace désert, au milieu de la forêt équatoriale, jusqu’à l’heure d’embarquer… C’est pas si grave, mais c’est une journée qui débute bien tôt, ou se termine bien tard, tout est affaire de point de vue…

Au passage de douane, pas de contrôle des bagages à mains, ça tombe bien je n’ai que ça, mais en revanche retrait des briquets: il semblerait donc que l’on puisse avoir de la dynamite sur soi, à condition de n’être plus en mesure de l’allumer pendant le vol… Surprenant, certes ! Rassurant…? C’est selon ! Le vol, donc, nous amène dans un premier temps à Port of Spain, sur l’île de Trinidad, d’où la correspondance sera assurée quelques heures après vers Caracas, Venezuela. Arrivé vers 10 heures du matin à Caracas, il ne reste qu’à attendre 21 heures –du même jour, quand même…– pour finalement récupérer un dernier vol vers Lima, où l’on arrivera vers 23h30 ! 4h00 - 23h30, y’a pas à dire, ça fait quand même une bonne journée entre avion et salles d’attente ! Mais quand on aime le voyage, les découvertes et tout ce qui va avec… et bien on s’adapte ! Et de bon cœur encore.

D’autant que l’arrivée à Lima vaut tous les sacrifices : il y fait doux, le centre ville est paré de ses plus beaux atours en prévision des fêtes de Noël, et l’hôtel d’Espana, vieille demeure coloniale située en plein cœur de la vieille ville, est absolument superbe ! D’autant plus agréable est cette arrivée qu’une multitude d’oiseaux de mauvaise augure nous avaient dressé le tableau d’une ville terne et sans charme, nous avaient mis en garde contre l’insécurité latente dans la capitale péruvienne, alors que celle qui s’offre à notre découverte dès le lendemain matin est tout le contraire de cette triste peinture ! Des quartiers chics de Miraflores aux vieilles ruelles du centre, du romantisme (dit "fané" par l’inénarrable Guide du Routard) de Baranco aux multiples quartiers corporatistes présents un peu partout, c’est un plaisir indicible que de découvrir la ville sous un chaleureux soleil de printemps… été..? Je ne sais plus, maisPachacamac, site pré-inca près de Lima c’était bien !

Une grosse surprise toutefois : Lima, au bord du Pacifique (c’est beau le Pacifique quand, pour la première fois, on voit le soleil s’y coucher…La vérité !), est au milieu du désert. C’est notamment en se rendant au site pré-inca de Pachacamac que l’on se rend compte de cette surprenante situation. Le site est superbe, et bien qu’il n’ait rien à voir avec la grandeur magistrale du grand Machu Pichu, il donne déjà une idée du génie des civilisations qui ont précédé les européens en Amérique du Sud ! Du génie mais pas seulement, aussi de la finesse qu’elles mettaient à choisir leurs sites ; celui-ci, par exemple, domine, sur la pointe d’une colline en forme d’amphithéâtre, la mer qu’on voit en bas, danser le long des golfes clairs. Il suffirait d’y traîner un peu pour que de tels décors inspirent, c’est sûr !

Mais justement, dans un projet comme celui-ci, traîner est un luxe que nous n’avons pas. Trois quatre jours à Lima, cinq tout au plus, et encore, vraiment vraiment parce que c’est bien, mais après, il faut bien reprendre la route. Et la route avance vers l’équateur. Ca tombe bien, parce qu’il y a une question qui se pose au sujet de ce fascinant pays : si le siphon se vide tantôt dans un sens et tantôt dans l’autre selon l’hémisphère dans lequel on est, comment cela se passe-t-il à Quito ??? Un vrai casse-tête. Un casse-tête tellement prise de tête que j’en oublie d’aller me la faire rétrécir par les Jivaros aux abords du fleuve Pastaza, quelque part en Procession à la Vierge dans LimaEquateur… Pour être honnête, je me dois d’avouer que le temps nécessaire à une virée dans l’Amazonie Péruvienne me fait défaut…Il m’avait semblé, du lointain des côtes de l’Atlantique, qu’il serait un jeu d’enfant d’aller d’ici à là… Sans doute, à condition d’être un petit enfant qui a le temps, ou un grand enfant comme Pratt, qui offre à son héros la possibilité de quitter Maracaïbo (Venezuela), pour être, je cite « quelques jours après sur le bateau fluvial Maranon qui descend le fleuve Pastaza en Equateur ». Quelques jours pour traverser quelques 2000 kilomètres de nature hostile, à l’époque, je veux bien, mais aujourd’hui, ce n’est plus possible… Pour rejoindre Quito, de Lima, ce sont déjà plus de deux jours (54 heures pour être précis) de bus, et pour trouver là une correspondance vers le pays de l’actuel président Chavez (j’y reviendrai…), il faut attendre trois jours, puis traverser la Colombie des Farcs (je sais, la Colombie ne se limite pas à eux, mais puisqu’on évoquait les Réducteurs de Tête en début de chapitre, autant rester dans le sensationnel…) Farcs dont on connaît la fâcheuse habitude à financer leurs activités politiques en recourant au rapt (notre pauvre Alain Juppé était bien loin de tels méfaits, il faut bien convenir !) tout ceci alors même que Noël approche et que je souhaiterais le passer en famille…

Reprenons : localisation plus qu’incertaine d’une tour cylindrique que recherchait Corto dans la forêt amazonienne à proximité du fleuve Pastaza, entre Equateur et Pérou, temps (et son corollaire, argent) de plus en plus court, réducteurs de têtes ou réducteurs de fêtes comme rencontres éventuelles… j’ai finalement choisi de passer à l’étape suivante ! L’étape suivante, via Quito, sera Maracaïbo. Mais quelques mots sur l’Equateur tout d’abord…

Sur le bus qui mène de Lima à Quito notamment : deux choses remarquables sur le paysage qui mène de l’une à l’autre de ces capitales. Au départ de Lima, tout d’abord, j’ai déjà dit que nous sortions de la ville pour traverser le désert. La route, ici, surplombe la mer d’une centaine de mètres (à gauche, puisqu’on remonte vers le nord), et se trouve accotée (sur la droite, donc) à une dune à pic d’une centaine de mètres également, ainsi prise en tenaille entre le grand vide qui se termine en eau et ce grand mur de sable, mouvant apparemment, qui se termine si haut… Je crains de ne pas savoir expliquer clairement avec des mots la grandeur de ce décor, et comme à ce moment mon appareil photo était au fond de mon sac, en cale, je ne saurais trop conseiller aux voyageurs en perdition à Lima d’emprunter ce chemin pour bien comprendre ce que je peine à décrire. Et si d’aventure ils avaient à ce moment leur appareil photo en poche, qu’ils n’hésitent pas à me transmettre leur cliché, merci !

               La Place Santo Domingo à Quito

Plus loin, la seconde surprise se situe après la frontière de l’Equateur. D’immenses siphons déversent en tous coins des champs leurs eaux sans tourbillon, c’est époustouflant ! Je plaisante, attention… en fait l’eau tourne, mais dans les deux sens, simultanément… Non, c’était encore une Quito en escalier...blague… Décidément ! Bon, la vérité, c’est qu’une fois la frontière passée, de manière vraiment très nette, on ne voit plus à perte de vue que des champs de bananiers, dont les régimes, par soucis pratique plus qu’hygiénique je pense, poussent, ou mûrissent, emballés dans de grands sacs en plastique. J’imagine qu’à l’instar de mini-serre, cela favorise leur maturation… mais à force d’imaginer, je me suis pris à penser à nos vergers où les poires poussent en bouteille, et ça m’a donné soif ! Voilà ! Ca c’est pour ce que l’on peut remarquer hors du bus. Pour ce qui est de l’intérieur, que d’autres voyageurs n’auront peut-être pas la chance de vivre, je dois mentionner que j’ai eu la chance de voyager aux côtés d’un homme charmant, colombien de son état, qui remontait en bus depuis Buenos Aires et se rendait à Cali… J’invite ceux pour qui cela n’évoque rien à se reporter à l’Atlas de l’Amérique du Sud pour voir le parcours ! C’est, comme on dit par ici, une petite trotte… Et sa destination m’offre une transition toute trouvée pour introduire la véritable particularité de ce Monsieur : Cali… Cali, chanteur bien connu en France pour sa quête du bonheur, chanteur, donc, comme le cousin de mon voisin, également connu en France, sous le nom de Yuri Buenaventura ! Et oui ! On en rencontre du beau monde dans les bus transandins… Autre, etEquatorien(ne)s dernière particularité de mon voisin de bus : récemment frappé de révélation, il venait de prendre une semaine auparavant la décision de consacrer sa vie à divulguer la Bonne Nouvelle. Et je dois reconnaître qu’il connaissait bien son sujet, mais il fallu nous quitter à Quito, avant que mon éducation ne fût pleinement achevée, c’est ainsi…

A Quito, où je suis resté trois jours, j’ai d’emblée compris que nous avions perdu en température ce que nous avions gagné en altitude. Des trente degrés de Lima, au bord du Pacifique, je suis arrivé à 4 heures du matin sous une pluie à 6°C, assez normale paraît-il à 3000 mètres au dessus du niveau de la mer. N’empêche, c’est frais… et humide. Ceci mis à part, la ville est vraiment poignante par la richesse (architecturale) de son passé colonial, par la diversité des populations et des habitations qui la compose, par sa topographie très escarpée au beau milieu des montagnes, les plus aisés vivant dans la cuvette, les plus pauvres sous la brume à proximité des sommets… Il suffit de partir de la Plaza Mayor, au centre de la ville historique, dans n’importe quelle direction pour voir le type et la richesse des maisons évoluer avec l’altimètre… Mais encore une fois, il faudrait rester plus longtemps pour comprendre vraiment comment fonctionne cette ville, c’est pour une prochaine fois… Pour le siphon, en revanche, j’ai compris. Mais je ne peux pas en parler. C’est un secret que partagent ceux qui y sont allés, et que je ne peux trahir, désolé !

 



Suite du périple vers le Vénéruela, Maracaïbo dans un premier temps, puis Coro
Ou retour vers le Surinam, voire le Sommaire...

 
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