La Guyane, personne ne vous croira !
Cayenne, contrairement à ce qu’en chante mon ami Higelin, c’est loin d’être fini !!! Je ne parle évidemment pas là du bagne qui a définitivement fermé ses portes au lendemain de la seconde guerre, en 1946, grâce, notamment, à l’intervention de mon cher confrère Albert ! Non, quand je dis que Jacques se trompe, c’est qu’à l’inverse de ce que dit sa chansonnette, la Guyane est en plein boum. Boom, peut-être, si l’on s’en tient aux tensions sociales, économiques, démographiques… qui animent déjà le quotidien, et ne manqueront pas de se poser avec un acuité accrue au fil des années à venir. Mais toujours est-il que ce département est en pleine évolution, même si, pour reprendre les propos
de Monseigneur Emmanuel Lafont, évêque de ce diocèse (concordataire, pour la petite histoire, comprenne qui pourra…) « nul ne sait vraiment où l’on va ! »
Bref, nous ne sommes pas venus ici pour faire de la géopolitique appliquée, les compétences d’une part nous manquent, et en plein débat sur le passé colonial de la France, il n’est vraiment pas dans les objectifs du Cortour de mettre de l’huile sur le feu de l’Histoire ! Contentons de savoir que le terme alimente ici l’argumentaire des différents acteurs de la vie politique, et laissons à d’autres le soin d’en tirer les conséquences.
Pour l’heure, notre Guyane, c’est d’abord celle d’une halte chez un vieil ami orléanais, Matthieu, qui est venu s’installer ici en début d’année, bientôt rejoint par sa tendre et douce Laure, qui ne tarda pas à devenir son épouse, ce que c’est que le climat équatorial, vraiment..! Bientôt rejoint encore, liens sacrés de la fratrie, par son frère Julien et sa sœur Pauline, chacun ayant trouvé du travail dans sa branche et dans ce DOM. Comme quoi, Cayenne, ce n’est vraiment pas fini ! J’ai donc passé quelques agréables journées au fond de leur piscine ou de leur hamac, selon l’humeur et le temps, partagé entre la rédaction des quelques pages qui ont précédées celles-ci et la préparation des dernières étapes de ce voyage, qui doit bien prendre fin un jour, alors autant que ce soient dans les meilleures conditions, non ?
Cayenne n’est pas à proprement parlé une étape du Cortour, aussi ne m’y suis-je pas attardé plus longtemps que nécessaire, juste celui de me refaire une santé, de chopper quelques piqûres de poux d’agoutis, je me demande bien où, et d’obtenir mon visa pour le Surinam. Car en effet, pour nous autres français, qui entretenons d’excellents rapports avec nos voisins sud américains depuis cette enclave un peu incongrue qu’est la Guyane (il faut quand même se rendre à l’évidence, toutes les autres ex-colonies d’Amérique du Sud ont aujourd’hui recouvré leur indépendance…) le Surinam exige un visa… C’est bien le seul pays d’Amérique du Sud, mais il ne faut pas leur en vouloir puisqu’il s’agit d’un simple retour de politesse… Bref. Une fois cette formalité accomplie, j’ai pu reprendre ma route dans les pas de Corto, qui a notamment laissé ses traces dans le sable de la plage des Hattes, à l’extrême nord ouest du département, sur ce qui est aujourd’hui la commune d’Awala Yalimapo, une autre exception française : commune de droit coutumier gérée par les amérindiens selon leurs règles ancestrales, sous l’autorité partagée d’un chef coutumier et d’un maire élu à la mode de « cheu nous ! »
Comment, me direz-vous, repérer dans le sable de Guyane les traces d’un marin qui y aurait débarqué il y a de ça plus ou moins 90 ans..? Objection valable. A laquelle je répondrais qu’il suffit de s’entourer des meilleurs spécialistes pour avancer en terra moins incognita… La rigueur m’impose quand même de revenir tout de suite sur cette formulation un peu présomptueuse… Pas sur la qualification du spécialiste, mais sur l’idée que je pourrais m’en entourer pour avancer dans mes recherches. Pour être tout à fait
honnête, je me dois de dire que j’avais reçu il y a quelques temps le mail fort sympathique d’un certain Jean-Maurice Durand, qui me faisait part de sa double joie de lire sur mon site que nous partagions la même passion pour le travail d’Hugo Pratt, et de se trouver sur ma route puisqu’habitant lui-même à Saint Laurent du Maroni avec toute sa petite famille. Pour le premier point, je me suis tout de suite reporté à ses articles rédigés pour le compte du site Pif Collection, animé par des lecteurs de la version historique de Pif Gadget (dans lequel magazine sont parus un certain nombre des premières aventures de Corto, au tout début de l’aventure éditoriale de Pratt en France), et je me suis vite rendu compte que la qualité de ses recherches dépassait de loin les miennes, plus superficielles quoique plus large au niveau géographique, puisque c’est quand même l’objet de mon "travail" de l’année ! Sur le plan géographique, donc, puisque ma route croisait celle de sa maison, Jean-Maurice m’a à la fois offert le gîte, et sa femme le couvert, mais m’a également emmené pour une baignade dans les eaux troubles de l’Atlantique, à l’endroit où le Maroni se jette –et tout son limon avec– dans l’Océan, sur la plage où Pratt situe la rencontre de Corto et "Cayenne", un évadé du bagne, du côté d’Awala Yalimapo donc ! Je renvoie qui veut à la lecture de ses articles sur la question pour comprendre qui sont les indiens caraïbes qui vivent ici, et quelle est la part d’imaginaire et de réalité historique dans le travail de Pratt, non que je ne puisse l’écrire de mon propre clavier, mais je ne ferais que paraphraser ce qu’il a décrit de manière si claire et documentée. Et le pillage d’idée, ce n’est pas mon truc… surtout quand il y a 100% de chance pour que cela se remarque ! A vos liens…
Arrivant à la frontière occidentale de notre beau pays la France, je ne pouvais guère aller plus loin, j’ai donc clos à St Laurent mon séjour guyanais pour gagner le Surinam, terre de tous les dangers… à ce qu’il paraît !
* discrète mais élégante référence à l’excellente campagne de publicité du Comité Départemental de Tourisme de ce DOM !!!
Poursuite du voyage, traversons le Maroni vers le Surinam
Retour vers le Brésil ou le Sommaire !