Belém, port aux portes de l’Amazone…

Quand 36 heures de bus initialement annoncées s’allongent jusqu’à 45 pour des raisons encore ignorées à ce jour, on trouve le temps un peu long. A l’achat du billet à Bahia, rappelons nous, l’auteur se réjouissait d’avoir la "bonne" place, n°4, avec l’espace pour les jambes et la vue sur la route. Ca devait aider à faire passer les 36 heures… 45 d’autant plus ! Oui, normalement, si le bus avait eu le label « executive » (services à bord, fauteuils inclinables à 150°, télé…) comme ceux précédemment empruntés depuis l’Uruguay… Mais non, quand il s’agit d’un simple « conventionnal », sans image (ni en haut –pas de télé– ni devant, puisque la vitre qui sépare la cabine de pilotage des voyageurs est obturée par un grand rideau Le marché couvert de Belémnoir…), sans service, sièges inclinables à 95, peut-être 100°… et surtout, surtout, aucune place à l’avant pour étaler ses guiboles ! L’avantage (mais en est-ce vraiment un..?) c’est que ça laisse le temps de gamberger. Et notamment de me faire le constat que je n’ai pas vraiment rencontré beaucoup d’association depuis le nord de l’Afrique, laissant par là même un peu à l’abandon la partie Chroniques Solidaires de ce voyage… Le temps d’y réfléchir, donc, et d’imaginer la rédaction d’une Chronique Solitaire qui apporterait quelques explications sur cet état de fait !

Bref, c’est quand même un peu long. Et ça modifie inévitablement les plans préalablement inscrits noir sur blanc. Normalement, l’arrivée étant prévue à 6h00 du matin, le bateau pour Macapa partant à 10h00, Bélem ne devait être qu’une courte escale "petit-déj" avant de poursuivre la route par voie fluviale ! C’était évidemment compter sans les forces obscures du destin qui nous manipule, avec beaucoup moins de considération qu’une ostéopathe de mes amies…

Qui dit bateau raté, dit en conséquence hôtel à trouver. Heureusement qu’un mien ami, ex-guyanais, a déjà sillonné la région et s’est obligeamment constitué provisoirement Guide du Routard de l’Amérique du Sud pour moi. « Va donc à l’hôtel Fortaleza, m’avait-il indiqué. Renseignements additionnels : la patronne est folle mais sympa, elle parle français et joue au casino ! » Tout un programme. Et puisque jusqu’alors ses divers conseils ne m’ont jamais déçu, je fonce de la gare routière à l’hôtel en question. Le vieux port de Belém

Alors effectivement, la patronne parle français, ce qui n’est certainement pas sans lien avec la présence ici de nombreux compatriotes, en route de ou vers la Guyane, de passage avant ou après la remontée de l’Amazone jusqu’à Santarem ou Manaus par exemple. Effectivement aussi, elle est un peu… disons plutôt… exubérante. Après avoir répondu favorablement à ma demande d’un petit lit pour la nuit, elle ne peut malheureusement rien faire quand je lui demande à boire… « A part de l’eau, me dit-elle, mais bon… Pose plutôt ton sac, on va aller boire une bière sur la place à côté ! » Et jusqu’à mon départ, deux jours plus tard, j’ai l’impression une fois encore de n’avoir fait que ça… En terrasse avec quelques amis, chez elle avec son fils, à condition d’avoir toutefois préalablement rechargée de glace pillée la glacière pour tenir les canettes au frais… Bon, je n’ai pas fait que ça que ça, je suis aussi allé le marché de Ver o Pasome promener un peu, visiter le vieux fort de Belém, le vieux port aussi, le fameux marché Ver o Peso, ainsi que quelques musées, relativement bien fournis en art, moderne ou sacré. Il fallait bien tuer le temps puisque chaque jour le bateau s’annonçait avant de se décommander… Le jour de mon arrivée, j’ai reçu la confirmation de Gilda, la "tenanbière" de l’hôtel, qu’un navire partirait le lendemain à 10 heures du matin. A 8h00 j’étais à l’embarcadère, pour m’entendre dire que non, mon bon monsieur, il partirait à 18h00 seulement, mais d’un autre port. L’après midi, d’une agence où je voulais acheter mon billet, j’apprends qu’à défaut d’être assez plein, il ne partira que le lendemain, matin ! Le matin du jour dit, évidemment, on me renvoie "à ce soir". Mais cette fois ça semble sérieux, puisque le vendeur de l’agence me demande de venir à son bureau à 17h00 pour qu’il puisse lui-même m’amener. A 17heures, après une ultime bière en compagnie de Gilda et Alain (à lui seul un condensé de Corto Maltese et de Cyzia Zyké, marin tatoué, oreilles percées, qui a constitué plusieurs convois pour descendre des voitures en Afrique à travers le Sahara… Autant dire un type qui me plaît !) je suis à l’heure indiqué au point fixé. Là, on me dit d’attendre. Attendre… Attendre. A 18h00, comme je commence à m’inquiéter de ce que mon billet mentionne un départ à l’heure qu’il est, on me répond que non, pas de problème, il ne partira pas avant 19h… Et bien c’était vrai, puisqu’à 19h je prenais enfin pied sur le pont du bateau, et qu’il était encore là. Tellement là qu’il n’était toujours pas parti à 20, ni à 21 heures… Non, c’est à 22 heures seulement que nous avons largué les amarres, en route pour la grande traversée.

C’est assez drôle d’ailleurs, puisque le temps de voyage annoncé était de 36 heures au moment de quitter Belém, comme un petit goût de déjà vu…


 Emarquons ensemble pour ces quelques trente six heures de bateau vers Macapa,
Ou reprenez la route, seuls, vers Bahia...

 
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