Bahia, perle d’Afrique au Brésil…

Le centre historique de Salavador

Le bus qui relie Rio à Salvador n’a guère d’intérêt, sinon qu’il est extrêmement confortable et permet pendant les 25 heures que dure le trajet de bien se reposer, de faire le point avant d’affronter la ville de tous les dangers et de constater aussi que les mauvais films produits à Hollywood ne gagnent pas en qualité lorsqu’ils sont diffusés en portugais ! C’est juste un peu plus drôle à décrypter, mais pas complètement satisfaisant quand même, surtout lorsqu’un défaut de DVD impose de repasser 4 fois le même… Au moins cela laisse-t-il le loisir d’admirer le paysage qui change au fur et à mesure que l’on avance vers le nord, puis l’est du pays, pour finalement arriver au bord des plages de Bahia… Dont celle d’Itapua, où Bouche Dorée tenait autrefois (et qui sait, peut-être encore ?) salon !

La première chose que j’ai crûe bon de faire, pour commencer, fût évidemment d’accepter les avances d’un jeune homme qui se proposait de me servir de taxi jusqu’à l’hôtel, bien que sa voiture ne soit évidemment pas identifiée comme tel ! Honnêtement, je ne sais pas ce qui m’a pris. L’attrait de l’aventure peut-être, la fatigue du voyage plus probablement, toujours est-il que ce qui devait arriver arriva : un second passager pris place dans le véhicule, et j’ai eu l’impression fugace de revivre une scène précédemment évoqué au sujet du prix déraisonnable que m’avait coûté la course en Tanzanie… Traditions,  religions, deux forces en béton

Mais non, les deux messieurs furent tout ce qu’il y a de plus charmants, allant jusqu’à m’indiquer d’un geste de la main la direction de l’auberge au pied de laquelle il était convenu qu’ils me laissent. Le fin mot de l’histoire, si l’on ne tient pas compte du fait que le chauffeur tenait absolument à ce que je lui verse un supplément pour le détour (de quoi, je n’ai pas bien compris, sans doute le simple fait de me conduire d’un point A –la gare routière– à un point B –le centre ville– constituait-il en soi un détour…), supplément non obtenu soit dit en passant, le fin de mot l’histoire, donc, réside dans le fait qu’entre l’endroit où il m’a laissé et la direction qu’il m’a indiqué, je n’avais absolument aucune chance de trouver l’hôtel qui se trouvait exactement à l’opposé dans Bahia ! Alors, on s’adapte. Après avoir tourné sac au dos pendant une bonne demie heure à chercher en vain, j’ai fini par aboutir dans le premier hôtel qui s’était présenté à ma sortie de voiture : c’était parfait. Juste au dessus de la plus grande boîte reggae à ciel ouvert de la ville, mais bien. Et puis pas gêné par les cothurnes : j’ai partagé pendant trois nuits mon grand dortoir de six personnes uniquement avec ma solitude … Et pour avoir avec si souvent dormi, je m’en suis fait presqu’une amie, une douce habitude, si si !!

Il n’y a qu’aux petits déjeuners que nous rompions elle et moi notre idylle pour frayer le temps d’une omelette café avec les autres pensionnaires des lieux, mi-argentines, mi françaises, et le dernier mi était suisse, mais sympa aussi. Voilà pour l’intendance. Le reste, c'est-à-dire l’essentiel, c’est cette superbe ville de Salvador, toute en contrastes, en dénivelés, en couleurs, en musique et en baroque !  C’est beau sur les cartes postales, on comprend pourquoi sur place : ça monte et ça descend dans tous les sens, toutes les rues sont faites de vieux pavés, les façades peintes (plus ou moins repeintes d’ailleurs, selon les quartiers) et les églises à chaque coin de rue placent ce magnifique centre historique au rang des sites classés au patrimoine mondial par l’Unesco (celui de le Havre aussi, je sais… faut Ogun Feraille, déesse de la religion Vaudou, et son mari Exul’admettre, c’est tout !) C’est d’ailleurs à cette institution que j’emprunterais quelques mots pour bien situer Salvador en quelques lignes : « Première capitale du Brésil de 1549 à 1763, Salvador de Bahia a été un point de convergence des cultures européennes, africaines et amérindiennes. Elle a également été, dès 1558, le premier marché d'esclaves du Nouveau Monde à destination des plantations de cannes à sucre. La ville a pu préserver de nombreux exemples exceptionnels d'architecture Renaissance. Les maisons polychromes aux couleurs vives, souvent ornées de décorations en stuc de grande qualité, sont une des caractéristiques de la vieille ville. »

L’africanité évoquée dans ce petit modèle de concision est évidemment une caractéristique très forte de Bahia et de sa région. La couleur la mieux portée ici, à même la peau je veux dire, est tout naturellement le noir, et la religion la plus répandue, si l’on excepte la Catholique qui imprègne tout ici, est le vaudou, ou plutôt "cadomblé" ici, transmis de génération en génération depuis la nuit noire des premières importations d’esclaves. Rien d’étonnant à ce que ce soit ici que Corto fasse la rencontre de Bouche Dorée (la "Péripatéticienne des Tropiques", selon les propos un rien énervés de Raspoutine), et de son attentive élève Morgane. Sur la plage d’Itapua, dit Pratt, à proximité de Bahia. La proximité, c’est affaire de repère… D’Europe, c’est effectivement assez proche. Du centre de Bahia, c’est plus loin : quelques 30 kilomètres quand même, qu’il faut une bonne heure pour couvrir en bus ! Corto les fit en bateau, mais il avait le sien, et puis ces temps-ci, la mer est encombrée par toutes les arrivées de Courses Transatlantiques (6,50 ; Jacques Vabre…), qui se bousculent dans la Baie des Anges, que ferme le port de Salvador !

La plage d'Itapuéa et ses plaglistes...Je profite de l’unique demie journée de plein soleil pour me rendre sur cette plage qui semble tellement parfaite sous le crayon du Maestro ! Bon… Près d’un siècle est passé depuis les touchantes retrouvailles de Tristan Bantam et sa demi-sœur Morgana, depuis l’inoubliable rencontre entre Corto et la grande prêtresse vaudou. En un siècle, le tourisme s’est un peu développé. De la plage déserte que nous donne à voir Hugo Pratt, il ne reste évidemment pas grand-chose, sinon le sable et la mer, ce qui n’est déjà pas si mal… A part ça, c’est un peu la cohue, la succession ininterrompue de paillotes pas forcément déclarées auxquels certains de nos gens d’armes zélés mettraient sans doute le feu, mais c’est sous d’autres cieux, sur des rivages moins pacifiques que ceux du Brésil, donc sans rapport avec notre histoire. Passons !

Une fois passée cette après-midi sur la plage, je dois confesser que j’ai passé le reste de mon temps à Bahia à boire des bières en attendant que la pluie cesse. Qu’est-ce qu’il a plu… Sérieusement, je n’ai heureusement pas fait que boire des bières (locales : Skoll et Brahma), j’ai aussi visité quelqu’églises et autres musées, parce qu’il a vraiment plu tous les jours… et puis quand même, de temps en temps, il faisait juste gris, alors on pouvait sortir un peu !

Pour finir, j’ai acheté un billet de bus pour Bélem. Tout à ma joie d’acquérir la place numéro 4, celle qui est au premier rang, pour avoir de la place pour les jambes, et pas derrière le chauffeur, pour avoir une bonne vue de la route. Quand 36 heures de bus s’annoncent, le confort, ça compte !

 


En route pour 36 heures de bus, direction Belém, ou bien retour, par 36 heures de bus, à Rio !!!

 
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