10-13 Juillet, Aden, sur les traces de Rimbaud…

Aden… Combien de propos contradictoires là-dessus aussi m’a-t-on tenus… Sans intérêt disaient les uns, tu n’as pas deux jours à y passer. Incroyable de rester si longtemps à San’a alors qu’il y a tant et mieux à faire à Aden rétorquaient les autres, les uns d’ici, les autres de là ! Aden, m’a-t-on encore dite, il y fait une chaleur de bête. Quant aux femmes, nettement plus dévoilées qu’a San’a, et plus colorées avec ça, tu verras… 

    

 

Bref, autant de son de cloche que de minaret à San’a, ce qui n’est pas peu dire, et le mieux qu’on ait à faire dans ces cas-là est encore de venir voir sur place. Alors pour la chaleur, ce n’est pas un mythe. Et comme c’est la saison des pluies, chaleur moite, la pire de toute. Un opportun vent du large compense heureusement cette sensation le temps de ma présence, et me permet d’aller et venir à ma guise sans trop pâtir du climat. Pour ce qui est des femmes en revanche, l’effet d’annonce est retombé comme un soufflet. Pas plus dévoilées en haut qu’en bas, je veux dire, bien sûr, au nord qu’au Sud ! Pas que je sois en manque à ce point là, mais fervent militant de la condition féminine, je me faisais juste une joie devoir leur émancipation en marche… Raté. C’est aussi noir qu’à la capitale, et d’autant plus douloureux à supporter qu’on ne souhaiterait ici plus qu’ailleurs pour rien au monde être à leur place sous le soleil implacable de la mi-journée… Toutefois, il est à souligner ce détail un peu gênant : lorsqu’on les regarde dans les yeux, puisqu’il n’y a guère que là où poser son regard, elles soutiennent souvent avec un effronterie que seule l’assurance de n’être pas reconnue peu octroyer. J’en suis même arrivé à me faire la remarque qu’ainsi protégée, si l’une ou l’autre venait à me faire des avances que la morale et la fidélité conjugale réprouve, je ne saurais vers quel époux me tourner pour qu’il rappelle à l’ordre l’impudente, et donc je pose la question : qui cherche-t-on vraiment à protéger en assurant ainsi l’anonymat de ces femmes…? Il n’y a guère que ce petit bar, à proximité du port, où le voile n’étaient pas vraiment de rigueur, pas plus d’ailleurs que le précepte religieux interdisant la consommation d’alcool… Rarement vu autant de musulmans ronds… Ainsi qu’un équipage de marins allemands saouls comme des polonais, à moins qu’ils n’aient été russes pleins comme des cosaques, que sais-je… Quant à moi, et malgré ce passage dans un endroit que je qualifierais, après mûre réflexion, de louche, je suis à mon 6ème jour sans alcool, la migraine monte, les fièvres s’intensifient, mais je tiens bon… Et puis mon escale djiboutienne au cœur de la base militaire devrait me permettre de sortir la tête de l’eau, c’est bien le mot…

 

Pour finir avec Aden, je ne sais pas s’il y a lieu d’y passer plus ou moins longtemps qu’ailleurs.

 

Ma première occupation, après avoir par chance trouvé un hôtel (celui que je visais, l’Hôtel Touristique de Rimbaud étant malheureusement plein), fut donc de me rendre auprès des autorités portuaires (d’où le bar mentionné ci-dessus, il va de soi que je ne cherchais en aucun cas un tel lieu…) afin de m’enquérir de l’éventualité d’un navire ralliant Djibouti… A priori, il n’y en a pas souvent, mais justement un le surlendemain, 36 heures après mon arrivée seulement. Une opportunité sur laquelle je ne vais pas faire la fine bouche, des fois qu’elle ne se représente pas avant dix jours, on ne sait jamais… Du coup, je n’aurais pas vu grand-chose d’Aden. Mais si vous voulez mon avis, et vous le voulez sinon vous ne seriez plus là à me lire, 36 heures, c’est presque suffisant…

Info de dernière minute : vent défavorable, visibilité en mer insuffisante, pas de traversée avant dix jours... C'est rapé pour le bateau, mais gentil quand même, le directeur du port m'a réservé un avion... En route pour Djibouti... 


Revenez dans nord à San'a, capitale du Yémen

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