13-18 Septembre, Ethiopie, le retour !

 

Jean-Claude Guilbert a bien fait les choses… Il a anticipé mon retour, et d’ores et déjà programmé ma virée au cœur du parc national d’Awash avec un natif du lieu, Teddy, cousin d’Amaretch, son épouse. Au cœur du parc, certes, mais surtout au cœur d’une région que se partagent avec quelques tensions deux ethnies, Afars d’un côté, Carayous de l’autre. Rien ne semble a priori devoir opposer ces deux groupes qui, du point de vue de l’observateur novice en tout cas, semblent assez proches l’un de l’autre, tant dans les coutumes que dans les moyens de subsistance, qu’ils tirent pour l’essentiel de leurs troupeaux de dromadaires, et pour le reste de l’exploitation agricole de terres que développent les plus sédentaires d’entre eux. Certains s’étonneront peut-être qu’il me faille être accompagné pour aller rendre visite à des bergers… A ceux-là je répondrais tout d’abord qu’entre deux peuples en friction, je ne me sens pas l’âme d’un médiateur ; ensuite que pour présenter l’objet de ma visite et solliciter la permission de prendre les gens en photos, l’intermédiaire d’une personne qui pratique la langue est toujours appréciable ; enfin qu’une coutume ancestrale de ces gens consiste à arborer en pendentif, le jour de leur mariage, la paire de testicules d’un membre extérieur à la tribu, et que si je ne souhaite évidemment pas m’opposer au respect d’aussi typiques traditions, je ne souhaite pas plus revenir eunuque, n’ayant pour l’heure assuré ni ma descendance ni mes testicules ! Bref, la présence de Teddy s’avère un atout majeur dans les démarches que nous souhaitons entreprendre : retrouver l’esprit de Cush, l’ami Béni Amer de Corto Maltese, au milieu de ces tribus qui peuplent l’Ethiopie depuis plusieurs centaines d’années !

TigréNous quittons donc Addis en fin de matinée, direction Awash. Pas grand-chose à dire sur le chemin qui y mène, sinon que le bus éthiopien, quand ce n’est pas le propriétaire qui nous prend sous sa coupe, est nettement moins confortable mais d’autant plus authentique ! Après une halte salutaire pour souffler un peu et se restaurer aussi, nous reprenons un second bus en direction de Metehara, sur la route, où nous tâcherons de trouver nos premiers "modèles" consentants, au bord du grand lac d’Awash. Nous descendons donc quelques kilomètres avant la ville en espérant rencontrer, au long du chemin qui nous en sépare encore, des Carayous sensibles à notre projet... Les deux premiers que nous rencontrons le sont, mais plus encore aux bénéfices pécuniaires qu’ils pensent pouvoir en tirer. Malheureusement pour eux, mon interprète est également un fin négociateur, et nous les quittons sans avoir conclu l’affaire, Teddy m’expliquant notamment qu’au-delà de la somme déraisonnable que cesMohamed et Ali, doux bergers deux premières cibles exigeaient, ils ne portaient pas intégralement le costume traditionnel qui fait la fierté des membres de cette tribu. Par exemple, m’enquiérès-je, conscient de la chance qui m’est donnée d’être ici avec une sorte d’encyclopédie vivante des cultures locale. La dague qu’ils portent habituellement à la ceinture, me répond-il. Qu’à cela ne tienne, nous poursuivons donc notre route et simultanément notre quête. Pas très longtemps, puisqu’à proximité du lac, Teddy aperçoit un troupeau de dromadaire, et conclu donc que le pâtre ne doit être loin. Un peu plus loin en effet, sous l’un des rares grands arbres ombrageux de cette vaste prairie, nous distinguons d’abord une tache blanche (le pagne) puis la présence noire qui l’habite (le Carayou). A notre approche, celui-ci revêt instantanément la vaste couverture, blanche aussi, qui lui couvre le torse, et lorsque je cherche d’un œil furtif le couteau susmentionné, ma surprise dépasse de très loin ma déception : en lieu et place de l’arme blanche (logique…) le petit bonhomme arbore fièrement une kalachnikov rutilante ! Mais aussi un large sourire qui découvre une belle rangée de dents, blanches ça va de soi !

Après quelques phrases banales sur le temps et la hausse des prix du dromadaire… Teddy lui présente l’objet de notre venue, et entame à nouveau les négociations relatives au cachet. Quelques minutes plus tard, affaire conclue, nous procédons à une belle séance de photos avec Mohamed et son jeune frère Ali, au cœur d’un site naturel qui ferait certainement regretter les heures qu’ils passent en studio à bien des photographes.

Poursuivant le chemin qui mène vers Metehara, Teddy continue de m’instruire sur le us et coutumes, sur l’histoire et la géographie des lieux. Peuples pèlerins, les Carayous et Afars traversent sans cesse de longue distance à pieds. Lorsque deux marcheurs se croisent, ils s’informent mutuellement de ce qu’ils ont vu, entendu ou croisé, de telle sorte qu’ils ne poursuivent jamais leur route en terrain tout à fait inconnu… C’est ainsi qu’en en rencontrant deux autres un peu plus loin (dont le frère de Mohamed…), ceux-ci nous font aussitôt part de leur désir d’être pris en photo eux aussi ! Le téléphone n’est donc pas, quoiqu’on en dise, une invention arabe.

 

La route qui mène vers Metehara suit de très près par la ligne de chemin de fer Djibouto-Ethiopien. Coincés entre l’asphalte et un lac qui monte chaque année un peu plus, les rails commencent sérieusement à se mouiller les traverses… Enfin pour le moment, il paraît que ça n’empêche pas le train de passer deux fois par semaine dans chaque sens. Pourvu que ça dure ! Quant à la montagne qui se dessine au fond, elle délimite la frontière entre les territoires Afars et Carayou, m’informe Teddy.

 

De Metehara, nous empruntons un taxi collectif pour rejoindre la Fabrique de Sucre où travaille et habite sa mère. Poumon économique de la région, cette fabrique n’emploi pas moins de 5.000 salariés en permanence, auxquels viennent prêter main forte près de 7.000 saisonniers pour la récolte des cannes à sucre… Véritable ville autonome, la fabrique loge en son enceinte environ 10.000 personnes, qui trouvent sur place tout le nécessaire à leur quotidien, des services à la restauration en passant par le club, la piscine ou l’école pour les plus jeunes ! J’y suis merveilleusement accueilli par la famille de Teddy, sa maman qui parle un français excellent appris sur les bancs de l’école à Dire Dawa, sa sœur enceinte de six mois et son mari qui travaille également à la fabrique. Au cours de la soirée, la mère de Teddy nous informe des problèmes qui ont opposé Afars et Carayous sur la route d’Awash ces derniers jours, hésitante à nous laisser partir le lendemain dans cette direction ! Mais à cœur vaillant… Teddy prend soin de se renseigner au préalable sur la situation, et apprend finalement qu’il y a eu un mort la veille, mais que tout semble rentré dans l’ordre. Pas de quoi s’affoler donc. Nous gagnons Awash sans problème, où nous rencontrons Bidaro, armé de son coutelas traditionnel et de son épouse Amina, au bord de la falaise qui surplombe la rivière. Avec moins d’enthousiasme que  ceux de la veille, Bidaro accepte de poser pour quelques photos. Mais pas trop…Au troisième clic, le voici qui se retourne… il entame même un mouvement de repli quand Teddy le Perspicace trouve les mots sonnants et trébuchants pour lui arracher une dernière photo, en couple.

 

                                           Bidaro l'Afar              Bidaro et Amina

 

C’est donc pleinement satisfaits que nous reprenons la route vers Addis Abeba où nous attendent Jean-Claude et Amaretch, pour une soirée de débriefing. Une halte toujours aussi chaleureuse et familiale, excellente intermédiaire pour moi entre la solitude du voyage et le retour programmé en France où m’attend, entre autres festivités, le soixantième anniversaire de la libération de… ma grand-mère, alors envahie en son sein par le bébé qui allait devenir mon père !

 

Et de là, il ne me restera qu’à trouver un avion faisant route pour Buenos Aires, afin de poursuivre en Amérique du Sud et clore, au moins provisoirement, ce voyage sur les traces de Corto Maltese !


Poursuivre vers l'Amérique du Sud, première étape en Argentine

ou revenir en un clic sur le Kenya...

 
[ Afrique ]
Copyright © cortour.com