5-12 Août, seconde et pourtant pas dernière étape Ethiopienne !
A Jijiga, quand la nuit tombe, mieux vaut prendre ses précautions… D’abord parce qu’elle tombe vite, si bien qu’on pourrait bien la prendre sur le coin de la figue par inadvertance. Ensuite parce qu’elle tombe dans une région où (c’est au moins le cas le soir de notre passage) l’électricité fait défaut, plongeant ainsi réellement tout dans le noir. Enfin parce la ville a été le théâtre de récentes, et explosives, manifestations contre le gouvernement (une grenade lâchée par inadvertance dans la cour d’un hôtel, par exemple) et qu’il n’est, suivant, pas très recommandé de traîner dans ses ruelles sombres. Un accident est si vite arrivé… La nuit, tous les chats sont gris dit-on. Nous sommes pourtant les deux seuls objets de curiosités de policiers désoeuvrés, tâchant tant bien que mal, à la lueur de la lune voilée par les nuages, de déchiffrer nos passeports et de s’assurer de la validité de nos visas. Bref, vous l’aurez compris, nous sommes donc tout à notre joie de trouver rapidement un hôtel dont le groupe électrogène renforce sensiblement l’apparente hospitalité ! « Complet ! » C’est bien notre veine… Le suivant, quoique désespérément obscur, nous accepte sans rechigner, et va même jusqu’à nous offrir une bougie chacun !
Nous passons là une nuit paisible qui prend fin prématurément, puisque notre bus pour Harrar, qui n’est pourtant qu’à 300 kilomètres de là, part à 6h00 du matin. Du coup, retour sur Harar pour l’heure du déjeuner, ce qui n’est pas sans réjouir notre ami canadien. Car si la dernière fois nous avons eu le loisir d’aller déjeuner au buffet de la fabrique locale de bière, la fameuse Harrar Beer, peut-être aurons nous le temps cette fois-ci de pousser jusqu’à visiter l’usine… Avant cela, bien sûr, il nous faut trouver une chambre pour la nuit. Mais comme depuis le début de notre épopée commune, il ne supporte pas l’idée que nous puissions partager un lit double (il finira par m’avouer que la vue de ma casquette Corto –merci encore à Monsieur Fernand Sebbah, artiste chapelier dont la société DBM m’a si aimablement équipé– lui a laissé penser que je serais peut-être un fan inconditionnel des Villages Peoples, en quête de quelques aventures autour du monde susceptible de rester dans les annales) cela implique que nous devions trouver un hôtel disposant de deux chambres simples, ou d’une chambre avec deux lits, exigence sans doute excessive aux vues des statistiques que nous avons établies… La chambre avec un grand lit est bien plus accessible en Ethiopie, c’est sûr ! Bref, on finit toujours par y arriver, mais c’est un peu plus long, et avec les sacs, c’est un peu pénible… Qu’importe. On trouve, au dessus d’une plaine où jouent les enfants la journée, sous le regard attentif des vautours qui pullulent dans cette région, en attendant que les bambins ne cèdent la place aux hyènes qui envahissent le terrain de jeu à la nuit tombée… C’est pas lugubre, c’est le merveilleux spectacle de la nature africaine..! Mais on comprend maintenant pourquoi certains harraris se sont spécialisés dans la tâche un peu dangereuse de nourrir ces petites bêtes : une hyène repue est une hyène tranquille. Tandis qu’une hyène affamée est un prédateur redoutable, surtout à deux pas du centre ville !


Bon, après maints allers-retours, mission hôtel accomplie, ne nous reste plus qu’à nous rendre à "la Fabrique", pour manger et tenter de visiter l’affaire. Manger se passe sans problème, j’hésite juste pour ma part à reprendre ce délicieux plat de viande crue qui m’avait laissé sur le carreau pendant 24 heures la dernière fois… et j’opte finalement pour un simple Injara, sorte de grosse crêpe locale, froide, dont on se sert pour attraper le reste des aliments posés en vrac sur le plateau ou dans un bol s’il s’agit de plat en sauce. Ca tâche un peu les doigts, mais c’est bon, surtout arrosé de la fameuse Harrar Beer… Venons en d’ailleurs à cette bière. Après le repas, nous nous dirigeons vers l’Usine, où il ne semble manifestement pas qu’une visite guidée soit régulièrement prévue. Le manager nous reçoit donc en personne, estimant que «
deux visiteurs qui viennent de si loin pour visiter son usine méritent qu’on prenne le temps de les accueillir convenablement… » Il nous confie ainsi au mains d’un de ses ingénieurs qui nous fait gentiment faire le tour des ateliers et salles de production, avant de nous emmener au bureau du marketing qui nous remet un t-shirt à chacun… celui qui vante les mérites de la Black Harrar Beer, bière de malt sans Alcool… En voilà qui ont compris à qui ils avaient à faire ! Et le moment tant attendu de la dégustation alors ??? Au bar du club, comme tout le monde, merci et au revoir !
Bon, notre séjour à Harrar se termine toutefois dans la plus grande quiétude, et c’est armé d’un courage en acier trempé que nous entamons le lendemain matin (6h00, le chic qu’on ces bus à partir au milieu de la nuit…) pour Addis. Je parle de courage parce que si un minibus privé partant d’Harrar à 2 heures du matin arrive 8 heures plus tard à Addis, sans être trop embarrassé par les barrages et autres contrôles routiers, un bus de ligne, quant à lui, part donc à 6 heures du matin pour arriver vers 20h le soir, après une bonne dizaine d’arrêts où tous les occupants du bus descendent, où une patrouille fouille systématiquement tous les sacs dans le bus, toutes les valises sur le toit, réussissant l’exploit de trouver encore de la marchandise de contrebande en provenance de Somalie jusqu’au dernier barrage aux portes de la capitale… Honnêtement, je me demande pourquoi certains passeurs essayent encore de véhiculer leurs marchandises par ce biais, c’est long, et vue l’épaisseur du filet, il reste bien peu de chance pour que quoique ce soit passe au travers. En ce qui nous concerne, n’ayant pas grand-chose à cacher, les arrêts se sont plutôt bien déroulés, d’autant que le propriétaire du bus qui voyageait à nos côtés nous a tout de suite pris sous son aile, avant de nous inviter à dîner en famille au terme de ce long voyage de 14 heures. Fameux repas, je dois le dire, avec tout le folklore d’une famille aisée profondément ancrée dans les traditions : servante à domicile pour le service de base (eau pour les mains avant le repas, eau pour les mains après le repas, cérémonial du café), femme en cuisine pour la préparation et le service des plats traditionnels, le tout copieusement arrosé d’une boisson de production domestique appelée Thala (« Thala tienne » comme on dit d’ailleurs). Finit malheureusement par arriver la raison de tant d’attentions : notre ami souhaitait savoir si l’un ou l’autre de nous pouvions favoriser la venue de ses enfants dans notre pays, où ils pourraient sans doute trouver meilleure situation que dans le leur ! Mais cher ami, vous n’êtes malheureusement pas le seul dans le besoin, et il est tout à fait regrettable qu’un homme de votre situation ne sache pas que tout n’est pas possible à l’occidental pour la seule raison qu’il vient de "là-bas" ! Bref, après avoir recueilli l’assurance que nous regarderions chacun de notre côté ce qu’il est possible de faire, vous eûtes la gentillesse de nous ramener à l’hôtel où nous comptions loger pour la nuit, celui qui nous avait si bien accueillis lors de notre précédent passage. Mais depuis notre premier séjour, la situation touristique a tellement évolué qu’il ne reste plus de place, y compris pour les bons clients comme nous. De telle sorte qu’il ne nous reste qu’à partir, un peu pleins et surtout en pleine nuit, en quête de la désormais traditionnelle chambre à deux lits séparés ou des chambres simples à un lit. Mais voilà, nous sommes justement en plein quartier de la qué…quette (pardon, c’est facile mais trop tentant) Car nous nous trouvons en effet dans ce qui ressemblerait fort à un Pigalle africain si Pigalle n’était déjà un peu africain. Et dans ce quartier là, les chambres à deux lits… D’hôtel en hôtel en hôtel, et j’en passe, nous finissons par trouver au fond d’une obscure courette, au dessus d’un drôle de bar, sur un palier qui
grince bordé de portes sans clef, deux chambres avec chacune un lit (double, mais à ce point là, on ne se formalisera plus de rien) pour la somme de 25 Bir (pas des bières, des birs, éthiopiennes, la monnaie), soit l’équivalent d’environ 17 euros, ce qui est cher, mais pas tant que ça vus les prix du marché. « Euh… il est minuit, c’est pour la nuit, pas pour une heure ! » Pas de problème, c’est bien comme ça que notre ami tenancier l’avait entendu. De toute façon mon ami Paul a décidé de partir le lendemain pour le nord du pays, ce qui veut dire qu’il partira à 4 heures du matin, le temps de rejoindre la station de bus. Quant à moi, il me trouvera encore debout à discuter le coup avec les habitués du lieu au moment de partir, il se trouve donc que nous n’avons ni l’un ni l’autre abusé de cette chambre à 25 birs dont je vous offre ici le meilleur des profils, y’a pas de raison que je sois seul à vivre de ce souvenir.
Et puis autant le dire tout de suite : emplacement idéal en plein centre de la capitale, tarifs ultra-compétitifs, environnement sympathique, bière à toute heure du jour et surtout de la nuit… toutes les conditions étaient réunies pour que je réitéras dès le lendemain en louant ma chambre pour une durée indéterminée, sachant que j’envisageais surtout un départ dans les 48 heures pour Mayotte où m’attendait l’opportunité inattendue d’y relever des Traces de Corto…
L’accessibilité de notre territoire français d’outre mer étant ce qu’il est, les 48 heures escomptées se sont finalement transformées en 5 jours passées à définir le bon trajet, qui d’Addis me mènerait en moins de trois jours à Dzaoudzi, aéroport international de Mamoudzou, capitale des Comores françaises, c'est-à-dire d’une collectivité territoriale française d’Outre Mer à caractère départemental : Mayotte ! Cinq jours pour arriver à une solution pourtant très simple : quittez Addis Abeba pour Nairobi (Kenya), de là prenez une correspondance vers l’aéroport de Dar es Salaam (Tanzanie) où vous passerez la nuit (dans l’aéroport, pour ne pas avoir à payer les 30$ de visa, l’hôtel plus le taxi A-R jusqu’à l’hôtel) avant de prendre le lendemain un vol pour Hahaya, sur l’île de Grande Comores, d’où vous serez cette fois (mais le visa de 24 heures est gratuit, ouf !) obligé de rejoindre Moroni, capitale de la république islamique des Comores, indépendante depuis un référendum de décembre 1974, pour passer la nuit. Et le lendemain, si tout se passe bien, que vous êtes à l’heure à l’aéroport, que l’avion est lui-même à l’aéroport, qu’il est en mesure de décoller… vous avez quelques chances d’arriver finalement à Dzaoudzi, Petite Terre de la collectivité territoriale à caractère départemental de Mayotte, d’où vous prendrez la barge qui vous mènera sur Grande Terre, à Mamoudzou donc, puisque c’est là que vous souhaitez retrouver votre cousin qui n’a pas pu venir à l’aéroport pour cause d’obligation dominicale incontournable*… Simple, non ?
* une mention spéciale doit comment être faite ici pour rendre hommage à la pieuse fidélité du dît cousin, ainsi qu’à la patience angélique d’une autre cousine qui le remplaçant à la descente d’avion, supportait d’un même coup son dimanche sans office et mon enthousiasme tempéré par l’absence du susnommé. Grâce soit rendue à chacun d’aller au bout de ses engagements pieux pour l’un, familiaux pour l’autre…
Me suivez-vous à la rencontre de ces cousins mahorais ou préférez-vous retourner dans les pistes ensablées du Somaliland ???