Djibouti, ex-territoire français des Afar et des Issa. Contrée indissociable, pour les férus de littérature, d’aventure et de voyage, de personnalités de renom comme Arthur Rimbaud, Henri de Monfreid et plus récemment Jean-François Deniau… Si l’arrivée à Djibouti par la mer, décrite par chacun de ces auteurs à sa manière, ne manque sans doute pas de charme, quel magnifique spectacle s’offre aussi par le hublot quand descend l’avion de la Yemenia ! Les eaux bleues du Golfe de Tadjoura rivalisent de
couleurs vives avec les plateaux volcaniques qu’a formés ici la grande faille africaine, puis la ville se démarque dans toute sa blancheur, et l’on voit déjà de haut l’animation du marché de la Place Rimbaud affirmer toute la vitalité qui anime cette capitale de la Corne Africaine…
L’ancienne colonie française devenue indépendante par référendum le 27 juin 1977 a malheureusement souffert d’une guerre civile au début des années 90, mais si Djibouti garde peut-être aujourd’hui plus de marques de ces quelques années troubles que du siècle vécut sous domination française, on comprend encore en posant le y pied le charme qu’a pu exercer cette terre d’Afrique sur les hommes qui nous y ont précédés. Prise au sud de la Mer Rouge entre le continent africain et des relations poussées avec le Yémen, Djibouti se partage entre Afrique et Orient, population bigarrée, couleurs chatoyantes, femmes voilées et minarets d’architecture locale, murs blanchis à la chaux de corail, effervescence, nonchalance et "xubérance" africaine…
A la sortie de l’avion qui arrive du Yémen (après un atterrissage en cours de route que je passerai sous silence pour ne pas effrayer les plus sensibles…) je me trouve face à un fonctionnaire du service de l’immigration très pointilleux. J’ai marqué dans la case travail de la fiche de renseignement : "indépendant". Ca ne veut rien dire, mais d’habitude ça passe… Sauf qu’habituellement le personnel de l’aéroport ne parle pas français. Ici, oui. Il me faut donc expliquer. « Indépendant en quoi ? » Et je fais l’erreur de parler de photo-journalisme… Journaliste, danger ! C’est qu’à ce moment là, il faut une lettre d’accréditation. Moi qui étais si fier de mon visa estampillé Gratis par l’ambassade de Djibouti en France, je vois que cela ne sert à rien. Et c’est parti pour une demi-heure de palabre, je ne suis là qu’en tant que touriste, et puis je ne vois pas comment je pourrais l’avoir, cette accréditation puisque justement je travaille à mon compte, et puis appelez donc l’ambassade, ils m’attendent… Bref, de guerre lasse je crois, et n’ayant plus aucun supérieur à consulter après les trois qui sont déjà passés, je fini par obtenir le sésame tant discuté, petit coup de tampon qui me donne droit de séjourner trois mois à Djibouti si je le souhaite.
Avant de quitter l’aéroport, il me faut encore passer par le service des douanes qui veut, cette fois, m’imposer une taxe sur l’ordinateur portable et l’appareil photo que je détiens, au motif qu’ils ont moins de deux ans… Et c’est reparti. « Il ne s’agit pas d’importation puisque je repars avec tout le matériel en direction de l’Ethiopie dans quelques jours, et de je ne vois pas pourquoi je payerai, etc… » A nouveau la décision tombe comme un couperet, le sésame de la mort : « file avant que je ne change d’avis ! » me dit le fonctionnaire du haut de toute l’importance que lui confère sa fonction…
Ce n’est pas que je perde patience, mais ça commence quand même à faire beaucoup… Du coup, lorsque les chauffeurs de taxi me tombent dessus à la sortie de l’aéroport « Il a besoin d’aller quelque part le Jeune Homme ? », la réponse est plus franche : « Le jeune homme il a besoin d’air, c’est tout » Et puisque la base aérienne militaire française, où je dois rejoindre un couple d’amis qui m’offre le gîte et le couvert pendant mon séjour ici, n’est qu’à quelques kilomètres, je les ferai à pieds, sous le soleil cuisant du petit matin, histoire de m’aérer… C’est un peu chaud, certes, mais l’accueil sans fard de Karine et Damien, et la petite douche à l’arrivée, me réconcilient aussitôt avec ce nouveau pays ! Et comme on est le 13 juillet, je commencerai mon séjour ici avec un défilé militaire anticipé offert par les militaires français à tout ce que le pays compte d’officiels, du haut de la tour de contrôle où Damien, capitaine de l’armée de l’air et pilote de Mirage 2000, assure ce soir-là la direction des opérations avec, en clou du spectacle, le passage d’un avion supersonique au dessus des petits camarades qui défilent devant la tribune d’honneur.
Mais autant l’avouer, ce moment ne sera pas le plus beau de mon séjour à Djibouti. Car mes hôtes ont organisé ce qu’il est convenu d’appeler ici un petit "nomado" pour le week-end, c'est-à-dire une virée en 4x4 dans le pays. Djibouti, Lac Assal, Tadjoura et retour…On pourrait imaginer que les routes principales (c’en est une) sont toutes carrossables, et pourtant, comme en témoigne cette photo, le lent travail de sape des crues rend parfois l’usage du 4 roues motrices appréciable. Juste appréciable, car on passerait sans doute, plus lentement mais tout aussi sûrement, avec une bonne vieille 205CJ par exemple. Là où le modèle tout terrain devient en revanche indispensable, c’est pour aller un peu à l’écart des sentiers battus. Lac Assal, par exemple, à quelques centaines de mètres dans les terres derrière le fond du Golfe de Tadjoura, 155 mètres sous le niveau de la mer, alimenté par elle et donc passablement salé… Toute sa bordure constitue ainsi une véritable saline naturelle exploitée de manière industrielle par les Djiboutiens. Tout aussi nécessaire est le 4x4 pour monter à la faille du Rift qui se trouve à proximité du volcan Ardoukoba (dont Haroun Tazieff fit ses gorges chaudes autrefois). Ici la croûte terrestre se fissure sous la pression des plaques qui s’agitent, et la chance veut pour nous qu’il s’agisse d’un des rares endroits émergés où l’on puisse admirer ce phénomène. La chance…!
Le reste du temps à Djibouti-ville se passe à essayer d’organiser la suite du voyage. Au programme, trouver le moyen le plus efficace d’aller à Berbera au Somaliland, trouver la représentation diplomatique de ce pays pour essayer d’y obtenir un visa, trouver les jours et horaires des trains de passager en direction de l’Ethiopie, et essayer d’organiser tout ceci de manière cohérente. Une visite à l’ambassade de France ne me donne que peu d’infos sur la situation de leurs homologues Somalilandais, mais me parle d’un projet
de développement à Assamo, au sud du pays, que le responsable de la mission de coopération me propose d’aller visiter avec lui. C’est toujours ça de gagné, et je vous invite moi-même à nous accompagner si vous le souhaitez....
J’apprends ensuite à analyser les sources d’informations djiboutiennes et à prendre chacune avec des pincettes : il y a des bateaux pour Berbera ; aucun ne part pour le Somaliland en ce moment… Trois trains de voyageurs par semaine en direction de Diré Daoua (Ethiopie) ; le trafic voyageurs est interrompu sur la ligne en raison de l’insécurité au nord de l’Ethiopie… Tu peux prendre une voiture pour aller à Hargeissa au Somaliland ; tu es obligé de prendre l’avion jusqu’à la capitale avant de prendre des bus… Au final, j’ai bien l’impression que chacun fait ce qu’il veut, selon ses envies et les moyens qu’il a de les satisfaire. Une chose est certaine toutefois, les seules vraies limites pour le voyageur occidental isolé sont celles de la sécurité, des routes ne sont pas sûres. Il y a, selon les tronçons, des pirates en mer, des pillards sur les routes et des terroristes entre les rails… Il suffit de savoir où et comment les éviter, normalement ça passe.
Au final, le parcours arrêté est le suivant : boucle de quelques jours à Berbera (A/R par la route, réputée moins sûre que l’avion mais plus que le bateau, de toute façon rare à cette période) puis train depuis Djibouti jusqu’à Dire Daoua (réputé moins sûr que le bus, mais moins intéressant aussi… à voir), escale à Harar et descente jusqu’à Addis Abeba en bus (paraît-il la plus belle partie de la route, sur les hauts plateau), avant de passer enfin quelques jours au Kenya.
C’est le programme, qui aura naturellement tour le temps d’évoluer au fil des jours qui viennent…
Une petite précision avant de conclure : n’ayant qu’un visa entrée simple à Djibouti, se poserait le problème lors de mon retour de Berbera afin de prendre le train en direction de Diré Daoua… Sur demande par note verbale de l’ambassade de France, le service du Protocole du Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération Internationale de la République de Djibouti m’a gracieusement délivré un nouveau visa de courtoisie, multiples entrées… C’est pas pour me vanter, mais je les attends maintenant de pied ferme, les planctons de l’aéroport !
Continuons ensemble le Cortour d'Afrique ou repartez, seuls, vers le Moyen Orient, au Yémen exactement !