L’oasis d’Assamo, modèle de développement équitable et durable

 

Qui a traversé le sud du pays djiboutien sait qu’on a plus l’impression d’être sur la Lune qu’au cœur du Jardin des Plantes… Et pourtant, depuis une quinzaine d’années, sous l’impulsion d’un "local" revenu de lointains voyages, la verdure prend le pas sur la pierre et les jardins se multiplient au cœur d’un paysage apparemment hostile, et pour le moins aride.

 

« Qu’est-ce qu’un développement qui ne serait pas durable ? », demandait en substance Monsieur Philippe Selz, Ambassadeur de France à Djibouti, dans un récent Bulletin édité par le service de Coopération Française à Djibouti… Et de relever trois principes auxquels cette notion fait appel : efficacité économique, durabilité écologique et équité sociale. La notion de développement "durable" ou "équitable" occupe en effet de plus en place dans le discours de nos "responsables", qu’ils aient en charge la gestion de questions politiques, économiques ou touristiques.

Cette problématique n’est pourtant pas une découverte récente, elle est même appréhendée depuis longtemps par certains acteurs en prise directe avec le terrain. Comme par exemple l’association ADDLA (Association de Développement Durable Local – Aser Jog) qui, depuis plus d’une dizaine d’années, au sud du territoire djiboutien, près du petit village d’Assamo, vit de cette idée concrète que l’avenir de chacun passe par une gestion intelligente, équitable et raisonnée des ressources locales. Au point de devenir à ce jour un modèle international dans son genre… Petit retour en arrière !

 

Homère et Voltaire en pays djiboutien…

 

En 1988, Daher Obsieh revient chez lui. Parti découvrir le monde pendant quelques années, heureux comme tout Ulysse qui a bien voyagé, ce djiboutien d’une quarantaine d’années retrouve après maintes traversées le pays de ses vertes années… Vertes années, peut-être, mais pas de vertes contrées, puisque la région d’Aser Jog semble n’être qu’un amas de rochers où seuls poussent les cailloux. A proximité du village d’Assamo où il s’installe, au milieu de l’oued sec, le puit creusé n’a pour seule vocation que d’alimenter les nomades de passage. Aussi le prend-on pour un fou lorsqu’il creuse son propre puit hors de l’Oued (cf photo de droite), et plus encore lorsqu’il déclare vouloir cultiver son jardin tout autour, tel un Zadig djiboutien. Quel nomade pourrait comprendre ce comportement saugrenu d’un utopiste qui veut travailler ce sol rocailleux pour en extraire quelques fruits ou légumes…? Un agronome français de passage s’intéresse cependant à son initiative, et donne à Daher, plutôt que du matériel, des conseils avisés : « ne cherche pas à acheter du grillage, fais un muret avec les cailloux … pour que les papayes poussent mieux, espace les arbres de 5 mètres, etc. »

Aussi l’opinion des « voisins » évolua-t-elle lors des premières récoltes, et le cas de Daher commença-t-il à faire école. Les habitants du voisinage se mirent à creuser leur puit et à cultiver leur lopin de terre… Nicolas Prévot, autre agronome, arriva pour s’installer "sur zone" afin d’apporter son soutien au projet. En 1993 fut créée une coopérative par la douzaine de jardiniers actifs sur la région d’Aser Jog, bientôt rejoints par quelques nouveaux émules, tant et si bien que ce sont aujourd’hui plus d’une vingtaine de jardins d’une superficie moyenne d’un hectare qui participent à la dynamique régionale, et alimentent tant la région que les marchés de la ville de Djibouti.

 

L’essor de l’éco-tourisme par la proposition de caravanes chamelières

 

Le tourisme est la troisième industrie mondiale, rappelle Nicolas Prévot, et 12% des emplois s’y rattachent. Face à ses effets néfastes (consommation excessive des ressources, folklorisation, rapports commerciaux déséquilibrés entre visiteurs du nord et prestataires du sud…), une réponse existe dans le tourisme responsable. C’est dans cette optique qu’a été fondée en 2002 l’association ADDLA évoquée plus haut.

Au développement agricole local s’est en effet rapidement greffé, sous l’impulsion de Nicolas, la proposition des caravanes chamelières. « Au début des années 90, la guerre dans les pays limitrophes bloquait de nombreux expatriés sur le territoire de Djibouti, explique-t-il. Nous avons donc eu l’idée de proposer des caravanes pour les sortir de leur quotidien et leur permettre de découvrir autrement les richesses du pays. » L’idée étant à la fois de mettre en avant les ressources naturelles tout en faisant bénéficier un maximum d’acteurs locaux de cette nouvelle activité.

 

Ainsi les personnes impliquées (guides, chameliers, vendeurs de cabris, de fruits et légumes…) tournent-elles systématiquement pour répartir les revenus. Dans le même esprit, les treks chameliers entraînent le versement automatique d’une somme forfaitaire au fond associatif pour financer les nouveaux projets.  Ceux-ci bénéficient non seulement aux participants des diverses activités qu’à leurs familles (10 actifs pendant une journée et demie font vivre de 100 à 150 personnes en brousse ou au village d’Assamo). Ils prennent enfin de multiples formes, destinées à servir tant l’association que l’ensemble de la communauté d’Assamo. En plus des reconstructions de puits, créations de barrages de surface visant à ralentir le ruissellement et ainsi favoriser la reconstitution  des nappes phréatiques, une éco-station et un gîte touristique permettent en effet d’accueillir sur place, pour une période plus ou moins longue, les visiteurs. Et de mettre ainsi en avant les productions locales issues de l’agriculture ou de l’élevage que fournissent tous les habitants de la région…

Et c’est ainsi que l’on retrouve exemplairement appliquées les notions évoquées par l’Ambassadeur de France à Djibouti : efficacité économique, durabilité écologique et équité sociale !

 

 

 

                       

                    Nicolas Prévot, Jean Pierre Galland (Responsable de Coopération de l'Ambassade) et Daher Obsieh                           Palabre avec les villageois et les divers acteurs du projet sous le "Sheraton" grande arbre du jardin de Daher

 

Pour visiter l’éco-station ou demander tout renseignement sur les caravanes chamelières proposées par l’ADDLA, n’hésitez pas à prendre contact avec Daher Obsieh ou Nicolas Prévot aux coordonnées suivantes :

 

ADDLA

BP 10198

République de Djibouti

Téléphone portable : (+ 253) 82 53 18

nicaddla@yahoo.fr

 

 


 

                                                        Reprendre le cours des étapes du Cortour ou aller au sommaire des Chroniques Solidaires

 

Copyright © cortour.com