L’espoir des femmes du Yémen est « entre leurs mains »

 

 

Hope in their Hands, l’association yéménite qui n’usurpe pas son nom... Ce pourrait être un slogan publicitaire. Il n’en est rien puisqu’il s’agit du juste reflet de la réalité… Mise en place depuis le mois de mai dernier, cette structure repose sur l’idée simple de donner aux femmes du Yémen la possibilité d’exposer et de vendre les produits qu’elles fabriquent, et d’ainsi tirer profit de leur travail et de la valorisation qu’il apporte à leur condition.

 

Relais de l’Association des Femmes d’Ambassadeurs

 

Tombée en amour… L’expression colle parfaitement au cas de Fanny Bieuzent, ex-accompagnatrice de voyage pour un organisme français de tourisme, littéralement incapable, un jour, de repartir avec son groupe pour l’hexagone… « Je me suis mise à pleurer au moment de reprendre l’avion, explique cette française au cheveux d’argents, aux yeux plissés par un sourire permanent… J’étais déchirée à l’idée de quitter le Yémen. J’ai fini par accepter de retourner en France, mais uniquement pour faire mes valises et revenir m’installer ici… » Depuis huit ans, non seulement Fanny ne regrette pas ce choix, mais en plus n’imagine-t-elle-même pas de faire un jour machine arrière !

Arrivée à San’a où elle s’installe d’abord, Fanny part au bout de quelques mois à Manakhah, ville des montagnes au sud ouest de la capitale, pour y monter un partenariat entre le Social Fund Yéménite et les femmes de la région. En résulte la création d’un centre au sein de l’école locale, servant à la fois d’atelier, de salle d’exposition et de point de vente pour l’artisanat produit par les femmes du pays.

Désormais autofinancée et bientôt indépendante (la construction annoncée par le gouvernement d’un foyer propre à cette association lui permettra de sortir de l’enceinte de l’école pour asseoir son autonomie et sa visibilité), la gestion de la structure de Manakhah a été confiée aux bons soins d’une yéménite formée par Fanny. « Sans pour autant la laisser complètement livrée à elle-même, explique cette dernière, je suis revenue à San’a en avril dernier pour travailler à la mise en place d’un projet à peu près similaire qui offre à un maximum de femmes du pays une vitrine pour les objets qu’elles produisent. »

C’est ainsi que l’idée, en gestation depuis plusieurs mois, a finalement pu voir le jour en plein cœur du souk Al-Milh, au centre de la vieille ville de San’a. « Hope in their Hands est le nom donné par les Femmes d’Ambassadeurs. Regroupées en association, elles organisent chaque année une vente de charité habituellement destinée à financer un projet ponctuel comme la réfection d’une école, la fourniture de matériel à un dispensaire, etc. Mais il y a deux ans,  à l’initiative notamment des épouses des ambassadeurs d’Italie, d’Allemagne, d’Egypte et d’Indonésie, certaines ont commencé à réfléchir une action plus durable. » En quelques sortes, pour reprendre des termes occidentaux très en vogue, propre à concilier économie solidaire et développement durable…!

Cette initiative d’épouses d’ambassadeurs s’est donc naturellement orientée vers une action en faveur des femmes du Yémen. Condition féminine objet de bien des attentions d’ailleurs à l’heure où l’actuelle Ministre des Droits de l’Homme Yéménite, Madame Amat Alaleem Al-Soswa, s'est vue remettre lors des festivités officielles du 14 juillet dernier la Légion d’Honneur à l’Ambassade de France de San’a, en hommage à son remarquable travail en faveur des Droits de la Femme notamment.

En collaboration avec le Maire de San’a et l’association de préservation du centre historique (GOPHCY), un local a donc été trouvé au centre de la vieille ville dans un hôtel traditionnel restauré, le Samsart Al Halaqah, en partage avec une association d’état, le Vocational Women’s Center. Sollicitée pour lancer cette structure, Fanny Bieuzent a vu là une nouvelle étape dans son aide à l’émancipation des femmes du Yémen.

 

Objets artisanaux, matériaux de récupération

 

« Hope in their Hands offre une vitrine aux femmes yéménites qui produisent des objets artisanaux, lesquels n’atteignent généralement pas les réseaux de distribution "grand public" » Car bien souvent, les femmes créent déjà depuis longtemps les produits référencés par l’association. Chez elles, seules ou en réunion, elles passent une grande partie de leur temps à façonner des objets qu’elles offriront à l’occasion des mariages, fêtes de familles, naissances… Issus de matériaux "nobles" (tissus pour les robes ou les nappes, bois pour les statuts, terre pour les poteries…) ou de récupération (papiers de bonbon tressés pour les panières, sacs de riz en plastique brodés pour les paillassons ou les sacs à mains…), tous ces objets passent de mains en mains lorsque les femmes se retrouvent et sont offerts ou vendus à chaque occasion.

Hope in their Hands joue alors un peu le rôle de dépôt vente. Les produits amenés par les associations ou femmes seules sont étiquetés en fonction du prix qu’elles désirent en tirer (parfois négociés pour tomber sur un prix raisonnable, mais toujours avec leur accord) plus une petite marge destinée à assurer l’autofinancement de l’association. Puis, toutes les trois semaines, est effectué l’inventaire afin de reverser à chacune le montant de ce qui a été vendu. « Au delà du revenu financier, évidemment appréciable, que cela procure, explique Fanny, il y a l’activité gratifiante que cela assure, la reconnaissance d’une utilité, d’une certaine indépendance, et ce n’est pas la moindre des qualités de ce projet. »

Utilité, gratification, indépendance, autant de mots qui s’appliquent tant aux femmes productrices qu’à l’association elle-même. Le but personnel de Fanny n’est pas de rester indéfiniment responsable de ce projet. Il importe qu’Hope in their Hands soit à terme directement géré par les femmes yéménites. Deux jeunes femmes salariées se partagent actuellement la journée pour tenir la boutique et se former petit à petit à sa gestion. Une troisième devrait prochainement être engagée pour apporter son soutien. Elles gagnent ainsi leurs premiers salaires et apprennent à gérer l’indépendance (la leur et celle de l’association). Dans l’optique de reprendre un jour les rennes du projet… Et c’est ainsi que l’espoir des femmes du Yémen est véritablement placé entre leurs mains !

 

 

 Une visite à San’a ne saurait passer à côté de la boutique de cette association, en plein cœur du Souk Al Minh, entre le quartier des étameurs et celui des menuisiers… N’hésitez donc pas à demander le Funduk Samsart Al Halaqah derrière la Grande Mosquée, à deux pas de la porte Bab el Yémen, ou à contacter l’association par téléphone : + 967 (0) 1 482 455

 

Pour plus d’information, vous pouvez également contacter Fanny Bieuzent par mail à l’adresse suivante : fbieuzent@hotmail.com ou par téléphone : +967 (0) 1 280 014

 

 

 

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