Chronique Solitaire, quant l’auteur se prend pour un penseur…
Neuf Chroniques Solidaires réalisées depuis le départ en janvier, presque toutes dans l’enthousiasme des premiers temps du Cortour, et de moins en moins pour finir par plus aucune ! Quelles peuvent être les raisons de ce revirement politique, quel était le but de cet « option de voyage » ? Deux questions auxquelles se propose d’essayer de répondre cette Chronique, Solitaire donc.
Thibault décide de partir en voyage. Oui mais pour quoi, pour qui, dans quel but et quel avenir pour un tel projet..? Ca, ce sont évidemment les questions qui se sont posées à l’époque où le Cortour n’avait pas encore de nom, où le voyage n’était qu’un phantasme longtemps repoussé aux calendes grecques. Mais les athéniens s’éteignirent, et le projet sans cesse repoussé commença à prendre forme. Voyager, c’est acquis, mais cela implique de ne plus travailler pendant un an, de mettre de l’argent de côté, ou de trouver des partenaires. Et pour trouver des partenaires, il faut construire un projet qui ait du corps.
Lorsqu’on aime le personnage de Corto, ce n’est pas très compliqué de se dire que c’était quand même un sacré bonhomme, un bon marin et, pardonnez moi l’expression, un putain de voyageur. Ca fait rêver, très clairement. Alors quand on a justement pris le parti d’y aller, à fond dans le rêve, voilà un thème tout trouvé pour commencer à construire son itinéraire. Et puisqu’on est un peu rédacteur, un peu photographe, ça pourrait être très sympa de se donner pour objectif de créer un lien entre la fiction dessinée et la réalité photographiée, entre l’histoire (et l’Histoire) d’il y a environ un siècle et la vie aujourd’hui.
Mais cela suffira-t-il ? Est-ce qu’il n’est pas un peu exagéré de pérégriner pendant une année au motif si futile de courir après une chimère de papier ?? Non, il faut que ça serve aussi. Alors on va donner dans la solidarité. D’abord parce que c’est un domaine qui nous intéresse, ensuite parce que c’est un domaine vendeur, enfin parce que si ça peut servir à une seule personne de parler de 10 associations sur un site de voyage, ce sera toujours ça de gagné. Voilà, c’est comme ça que la dimension "humaniste" du Cortour s’est forgée. Jean-François Deniau, que j’ai contacté pour lui présenter le projet, m’a répondu sans ambages que lui avait fait pas mal de truc dans sa vie, du voyage, de l’aventure, de l’humanitaire, et qu’un projet comme le mien, sur mes petites épaules, ça ne tiendrait jamais. Raison de plus pour s’y accrocher. Merci Jef !
Du projet de papier à sa mise en œuvre en vrai de vrai !
Le trajet a été découpé en plusieurs zones géographiques, cinq exactement, auxquels correspondront cinq thèmes de reportages solidaires. En Asie, il sera question de parler de la protection de l’enfant, en Afrique de la gestion des problèmes d’après guerre, en Amérique du Sud du commerce équitable, etc.
En Chine, ça part bien, puisque la première rencontre se fait dans un orphelinat pour enfants aveugles. C’est un magnifique projet, pile dans "la cible" et vraiment très bien réalisé par ce jeune couple qui donne tout pour le succès de Béthel. Après, c’est une rencontre avec le directeur d’une Alliance Française, qui voit dans sa mission une véritable dimension humaniste : comprendre une langue et sa culture pour que les peuples se comprennent mieux. Et c’est tout à fait dans cette optique qu’il travaille, ce qui mérite un reportage, même si l’on sort déjà du thème prévu… Puis viennent Shanghai, Hong Kong, Hanoï, Hué… autant de rencontres intéressantes, mais dont je commence à me demander si ce n’est pas un peu trop annexe par rapport au travail sur Corto. C’est hors cadre géographique, je ne suis pas forcément toujours aussi séduit par les projets dont je parle. Mais puisque j’ai pris le temps d’aller les voir, je ne vais pas le garder pour moi. D’autant que s’il cela peut rencontrer l’intérêt ne serait-ce que d’un seul lecteur, ce sera toujours ça. Mais parallèlement, je trouve que c’est trop léger : une rencontre d’une heure ou deux, et puis c’est fini, au revoir messieurs-dames, bravo pour tout ce que vous faîtes et bon courage. D’autres ont fait de cette ambition l’unique but de leur voyage, ils sont de plus en plus nombreux et bien mieux armés que moi pour mener à bien cette vocation : leur projet se limite souvent à cet aspect, ils sont généralement plusieurs, prennent le temps de mieux approfondir la rencontre, et finalement sont plus cohérents et peut-être plus efficaces que je ne le suis dans mon projet global.
Je ne dis pas que mes précédentes rencontres soient nulles et non avenues, puisqu’effectivement advenues… mais je ne trouve pas forcément l’enthousiasme de me tenir à l’intention initiale, et certaines des rencontres ont été réalisées plus comme un pensum auquel je me sentais tenu qu’avec le naturel allant qui devrait les accompagner. Voilà pourquoi il y en a eu de moins en moins. Si l’on ajoute à cela le fait déjà mentionné que cette forme de voyage "utile" fait l’objet d’un grand nombre de projets (cf une courte liste dans l’encadré ci-dessous), souvent bien mieux argumentés, je crois qu’il faut savoir se remettre en question intelligemment. Aussi cette Chronique Solitaire ne sera-t-elle peut-être pas la dernière de cette partie du site, mais s’il en est qui suit, elle sera uniquement motivée par l’enthousiasme de la rencontre fortuite. Le sentiment de Monsieur Deniau n’était peut-être pas complètement erroné, même si les bases de son raisonnement étaient quand même faussées… Non mais..!